I) LE MOINDRE MAL DANS LA PRÉVENTION DU SIDA

Abordons la difficile question morale tant controversée actuellement : le préservatif en vue de la prévention du Sida. Tous les moralistes qui connaissent “Humanae Vitae” et les enseignements de Jean-Paul II savent que le Magistère s’est prononcé sur le caractère intrinsèquement mauvais du préservatif en tant que contraceptif. Peut-on tolérer son emploi pour éviter la contagion du Sida ? Le Magistère a été clair pour la loi générale : le préservatif ne peut pas être considéré comme moyen de prévention du Sida. Tous les moralistes devraient être d’accord pour dire que l’enseignement du Magistère est explicite pour dire que le préservatif ne peut pas être admis comme moyen de prévention du Sida. Jean-Paul II a été clair en plusieurs occasions. On a bien compris qu’il considérait que l’on ne pouvait jamais considérer qu’il était moral d’utiliser le préservatif, puisque certains l’ont accusé d’être assassin, parce qu’en refusant l’usage du préservatif il serait responsable de l’expansion du Sida du fait que les personnes ne se “protégeraient” pas. Rome a été très explicite lors de la Conférence du Caire et de Pékin pour dire que le Saint-Siège ne saurait en aucun cas approuver la contraception ou l’usage de préservatifs comme mesure de planification familiale ou dans les programmes de prévention du H.I.V/Sida (Réserves et déclaration d’interprétation du Saint-Siège n°5).

II) LE MAGISTÈRE A ÉTÉ CLAIR POUR DIRE QUE LE PRÉSERVATIF EN TANT QUE “MOINDRE MAL” NE POURRA JAMAIS ÊTRE ADMIS MORALEMENT

Le préservatif pourrait être, même en demeurant un moyen intrinsèquement désordonné et donc un mal grave, un “moindre mal” pour celui qui ne voudrait absolument pas suivre les règles morales et qui poserait de toutes manières un acte sexuel désordonné si – et uniquement si – il était fiable. Or les scientifiques compétents sont obligés de constater qu’il ne l’est pas. Voici ce que disait Monseigneur Sgreccia, après la présentation du texte de Rome sur l’éducation sexuelle des enfants : “Mais qui donc publie les résultats les plus récents des recherches scientifiques internationales sur le préservatif et le sida dont les plus optimistes concluent à un taux d’échec de 16% et les plus pessimistes à un taux de d’échec de 30%” (Famille Chrétienne 942, 1-2-1996). L’important texte du Conseil Pontifical pour la Famille, du 8 décembre 1995 dit explicitement au numéro 139 : “Les parents doivent refuser la promotion de ce soi-disant “sexe sûr” ou “sexe plus sûr”, qui vient d’une politique dangereuse et immorale, basée sur l’illusion que le préservatif donne une protection adéquate contre le Sida”. Rome n’a pas écrit cela à la légère mais après consultation des spécialistes en la matière. Le préservatif est donc, pour le Magistère ordinaire actuel, une imparfaite protection parce qu’il n’est pas fiable. Le professeur Lestradet, dans la Conférence aux moniteurs Billings à Antony, en avril 1995, avait affirmé catégoriquement qu’il n’y avait qu’un seul moyen totalement efficace pour un sidéen de ne pas transmettre le sida : la continence absolue. La Tradition morale et spirituelle de l’Eglise demande d’être “tutioriste” = c’est-à-dire de choisir le parti le plus sûr dans tous les cas graves. Or, ici nous nous trouvons dans un cas grave, puisqu’il s’agit de conséquence catastrophique et particulièrement grave : la transmission du virus mortel. Il faut donc absolument être “tutioriste”. Il n’est absolument pas moral de poser un acte qui risque de transmettre la mort, même s’il n’y a que 16% de risques de la transmettre. S’il n’y avait qu’1% de risque de la transmettre, la morale nous exigerait de ne pas transmettre la mort. L’opinion morale : “Tu ne dois pas tuer”, donc tu dois prendre un préservatif si tu as décidé de faire un acte immoral, ne vaut pas pour ce cas puisque le préservatif, de fait, transmettra la mort dans certains cas ! La prudence morale nous interdit, en tant que conseiller spirituel, de conseiller à un sidéen de poser un acte sexuel avec préservatif. Nous ne pouvons pas lui conseiller de faire un mal intrinsèquement désordonné du point de vue de la morale sexuelle et du point de vue du 5ème commandement. En outre que dirons-nous aux parents du jeune qui aurait été contaminé par le Sida à la suite de notre conseil ?

III) QUELS CONSEILS DEVONS-NOUS DONNER ?

Nous sommes tenus de rappeler les commandements de Dieu et l’interprétation authentique qu’en donne l’Eglise. Les commandements formulés négativement ne peuvent pas être transgressés, si l’on veut demeurer dans la Grâce de Dieu et faire son salut. Un sidéen qui voudrait poser un acte homosexuel gravement désordonné est tenu, en conscience, d’obéir à 2 commandements qui l’obligent absolument : le 5ème : “Tu ne commettras pas de meurtre” et le 6ème : “Tu ne commettras pas d’adultère”. L’Eglise déclare que l’acte d’homosexualité est gravement désordonné et que tout acte sexuel en dehors du cadre du mariage est intrinsèquement mauvais. Nous devons dire également que le salut éternel de celui qui choisit délibérément un acte gravement désordonné est compromis s’il ne se convertit pas. Nous pourrions rappeler que la petite Jacinthe a dit que c’était le péché d’impureté qui entraînait le plus d’âmes en enfer. Jacinthe n’avait que 7 ans lorsque le Sainte Vierge lui est apparue en 1917 à Fatima. Elle ne savait pas ce que signifiait le mot impureté. Nous pouvons enfin essayer de demander à celui qui vient nous rencontrer de regarder, contempler Jésus dans sa flagellation. Sainte Thérèse d’Avila s’est définitivement convertie en contemplant ainsi Jésus. Notre interlocuteur pourra comprendre, lui-aussi, combien Jésus nous a aimés pour accepter de souffrir tout ce qu’Il a souffert à la Passion et particulièrement dans sa flagellation. Il comprendra aussi qu’Il est aimé personnellement, tel qu’il est, par Jésus et que, s’il prie et d’ouvre à sa grâce, il pourra vivre selon ses commandements. Il est possible pour tous de vivre la chasteté. Le texte de Rome le dit clairement au numéro 19. Cela est conforme à la Tradition de l’Eglise comme le rappelait Pie XII dans un discours à des sages-femmes (DC n°1109 du 2-12-1951) : pour les cas graves où toute maternité est absolument à proscrire, une seule voie restait ouverte : “l’abstention de toute activité complète de la faculté naturelle” (38). Le Saint-Père était conscient de l’objection : une telle abstention est impossible et nul n’est tenu à l’impossible ! Dieu n’oblige pas à l’impossible. Mais Dieu oblige les époux à la continence si leur union ne peut s’accommoder selon les règles de la nature. Donc, en ce cas, la continence est possible. Nous avons comme confirmation de ce raisonnement la doctrine du Concile de Trente : “Dieu ne commande pas de choses impossibles, mais en commandant, il exhorte, et à faire ce que tu peux et à demander ce que tu ne peux pas, et il t’aide afin que tu puisses le faire“” (10).

CONCLUSION

Le mal du préservatif en tant que moindre mal ne peut pas être moralement admis :
– puisque les études scientifiques récentes montrent qu’il n’est pas fiable,
– car le Magistère ordinaire enseigne qu’il est possible à tout homme de vivre la chasteté.

Annexe :

Ceux qui défendent le “moindre mal” sont des assassins, par Mgr Michel Schooyans (Docteur en philosophie et en théologie)
Suite de l’article de Mgr Schooyans : « En raison de sa gravité, le Sida est aussi une maladie qui incite à la compassion. (…) En mars 2009, dans l’avion qui le conduisait en Afrique, le pape Benoît XVI s’est fait harponner par des journalistes parce qu’il avait osé déclarer que le préservatif n’était pas la solution au problème. (…) Des cardinaux très médiatisés, dont les noms sont bien connus, ont curieusement recommandé l’usage du préservatif en présentant celui-ci comme un moindre mal, le mal plus grand à éviter étant le danger de contagion mortelle en cas de non recours à cette précaution. Le motif invoqué est donc la compassion. L’argumentation se développe habituellement comme suit : la pulsion sexuelle étant irrésistible et incontrôlable, l’usage du préservatif est le seul moyen efficace d’éviter le Sida. Il s’en faut de peu pour que certains “moralistes” aillent jusqu’à invoquer le Vème commandement de Dieu, “Tu ne tueras pas”, pour présenter le port du préservatif comme une obligation morale ! D’autres moralistes ou pasteurs développent une variante de cette argumentation : ils enseignent à pécher sans risque. (…) Rappelons qu’il suffit de consulter les magazines de consommateurs pour apprendre que les préservatifs ne sont pas fiables à 100% (+). S’il n’est pas sûr à 100% pour la contraception, pourquoi le serait-il pour empêcher la transmission du Sida ? (…) Lorsque le port de la ceinture de sécurité est devenu obligatoire en Angleterre, on a constaté avec surprise que le nombre d’accidents et de victimes avait augmenté. Une étude attentive a révélé que les automobilistes croyaient trouver une plus grande sécurité dans le port de la ceinture. Mais ils prenaient plus de risques, roulaient plus vite qu’avant. Le bénéfice qu’on attendait du port de la ceinture a été compensé par des prises de risque accrues. Cela s’observe aussi dans l’utilisation du préservatif et dans l’incidence de cette utilisation sur l’extension de la maladie. Les éminents moralistes devraient tenir compte de ce phénomène. Le matraquage médiatique incitant à recourir au préservatif pour limiter l’expansion du sida a un effet pervers : le préservatif donne un sentiment faux de sécurité. En y recourant, les utilisateurs tendent à compenser le risque amoindri par le préservatif en multipliant les rapports hasardeux plus qu’ils ne le faisaient habituellement, en changeant de partenaires, en variant les rapports et en ayant les premières relations sexuelles de plus en plus tôt. Remarquons que c’est ce qu’a expliqué le Dr Edward C. Green le 19 mars 2009, après le lynchage médiatique dont le pape a été l’objet lors de son voyage en Afrique : « Nos meilleures études […] mettent en évidence une association constante entre une plus grande disponibilité et un plus grand usage de condoms et un taux plus élevé (non pas plus bas) d’infection par HIV. Cela peut être dû en partie à un phénomène connu comme compensation du risque, ce qui signifie que quand on utilise une ‘technologie’ qui réduit le risque, telle que les condoms, on perd souvent le bénéfice (la réduction du risque) en ‘compensant’ ou en prenant de plus grands risques que ceux que l’on prendrait sans la technologie qui réduit le risque ». Voilà encore, à propos du sida, un exemple remarquable de “compassion” mensongère et violente. Mensongère parce que reposant sur des assertions dont quelqu’un d’un peu informé peut démasquer la fausseté. Violente, parce qu’au nom de prémisses fausses on pousse objectivement à prendre le risque de mourir et de donner la mort (…) ».