ISLAM – Interview (première partie) – La parole est aux Salafistes !

Il n’est pas facile, assourdi par le chœur médiatique unanime qui inonde l’opinion publique d’assertions et de reportages divers condamnant le Salafisme et qui en dépeignent le tableau extrêmement négatif d’une doctrine partagée uniquement par des abrutis fanatiques, sans jamais ouvrir le débat, d’oser offrir un espace de parole aux tenants de la partie ainsi stigmatisée et de permettre la contradiction.

Il n’a pas non plus été aisé, dans le contexte répressif et hystérique du moment, de convaincre des personnalités religieuses partisanes du Salafisme de s’exposer ouvertement et d’avancer leurs arguments.

Mais il était déontologiquement nécessaire, à l’aune de la philosophie de notre média, de prendre le risque de détonner une fois encore, de déchirer le voile mainstream et de briser l’omerta, pour à la fois comprendre les motivations de ces dizaines de milliers de combattants qui, des quatre coins du monde, s’enrôlent dans les rangs de l’armée de l’État islamique et acceptent parfois de mourir dans des attaques-suicides –et qui ne peuvent pas, pas tous du moins, être des abrutis idiots en décrochage social, endoctrinés par des criminels ignorant absolument tout du Coran (et ignorant eux-mêmes tout de l’Islam), comme ils sont systématiquement présentés dans la presse à grand tirage-, et à la fois pour se rendre compte que, peut-être, l’Islam, dans ses fondements originels et dans ses principes intrinsèques, ne procède pas d’une philosophie « peace and love », ni de règles plutôt vagues et mouvantes, adaptables à toute circonstance et agréables à toute idéologie, fût-elle laïcarde ou même athéiste.

Le point de départ de ma démarche (ce qui m’a décidé à organiser cette interview), ce fut un reportage diffusé sur une chaîne publique française, qui annonçait avoir eu l’autorisation de filmer et d’interviewer des Salafistes incarcérés, accusés, notamment, d’avoir tenté de rejoindre l’État islamique en Syrie. Enfin ! Le téléspectateur allait entendre leur version des faits, leur vision du monde, leur conception de l’Islam ! Et pouvoir se faire une opinion… Il n’en fut rien : à aucun moment, les Salafistes n’ont eu la parole, qualifiés d’endoctrineurs fanatiques tout au long de l’émission. Le seul Musulman interviewé était l’imam de la prison (très politiquement correct) ; l’homme expliquait à son interlocuteur satisfait qu’il avait tenté de dialoguer avec un Salafiste emprisonné, mais que celui-ci, enfermé dans l’endoctrinement qu’il avait subi, avait refusé de poursuivre la conversation… De toute façon, ses arguments étaient sans consistance, car il ne connaissait l’Islam et le Coran que fort mal… Mais on n’entendra pas, dans le reportage, ces arguments à ce point « inconsistants »…

Ce fut ensuite un autre reportage, « exclusif », d’une chaîne franco-allemande, qui annonçait avoir interviewé « des combattants de l’État islamique ». Cependant, les « témoins » interrogés étaient tous des « repentis », à l’identité incertaine, rencontrés en Turquie, à la frontière syrienne (« Sans jamais prendre le risque d’entrer en Syrie ! », précisait, positivement, le directeur des programmes de la chaîne) ; et tous dénigraient (comme de bien entendu) l’État islamique, ses dirigeants (« nullement des Musulmans, mais des bandits et des criminels ») et ses méthodes… Absolument rien de positif, donc, qui expliquerait pourquoi ces milliers de personnes ne cessent d’affluer pour s’engager dans le djihad.

Bref, de « l’anti-journalisme » identique à celui qui, très méthodiquement, prévaut partout sur cette question.

Le journalisme, c’est, en effet, dans un premier temps, la neutralité ; et c’est, toujours, de donner la parole aux deux camps… Quand on ne donne la parole qu’à un seul des protagonistes, on produit de la propagande.

J’ai contacté plusieurs imams qualifiés de « radicaux », en France, en Belgique et en Grande-Bretagne, pour leur proposer de prendre la parole et de développer leur argumentaire. Même sous couvert de l’anonymat, presque aucun n’a voulu s’exprimer, manifestement méfiants à l’égard des médias, voire inquiets de parler dans le climat ambiant (craignant notamment la perspective d’une arrestation pour « apologie du terrorisme »).

Un imam (proche du Recteur de la Grande Mosquée de Paris, ce qu’il m’a autorisé à mentionner) a toutefois accepté l’entretien, à la condition que son nom ne soit pas révélé.

J’ai fidèlement retranscrit dans ce reportage ses réponses à mes questions et l’argumentaire sans concession qu’il oppose à « l’Islam de France ».

La seconde partie de cet entretien sera publiée dans l’édition d’avril 2016 du Courrier du Maghreb et de l’Orient.

Pierre Piccinin da Prata – Ma première question concerne votre exigence de conserver l’anonymat dans le cadre de cette interview. Pour quelle raison n’avez-vous pas accepté de vous exprimer à visage découvert ?

– Je suis convaincu qu’il est inutile que les Musulmans, en France (ou ailleurs en Occident), qui partagent la foi en l’Islam vrai se mettent en danger sans raison valable. Or, ce que je vais dire pourrait me valoir plus que des ennuis, me réduire définitivement au silence… Je pense à une arrestation… C’est très possible… Beaucoup de personnes ont été arrêtées, dans ce pays, simplement pour avoir voulu vivre l’Islam et pour avoir parlé en Musulmans. La presse n’en parle pas, mais ils peuplent les prisons de cette « démocratie » où prévaut la « liberté d’expression », comme tout le monde sait…

Depuis l’attaque qui a frappé Paris, la première, il y a plus d’un an, la communauté musulmane fait l’objet d’une véritable chasse aux sorcières : ministres, journalistes… C’est à qui criera le plus fort. Un des chefs de la rédaction de France 2, juste après l’attaque, avait demandé que l’on repère et que l’on « traite » tous ceux qui « n’étaient pas Charlie ». Vous comprendrez, dans ce contexte, que nous devons depuis lors nous montrer extrêmement prudents. La ministre de l’Éducation, Najat Belkacem, bien que d’origine musulmane (peut-être « parce que » d’origine musulmane ; voulaient-elle apparaître plus « blanche » ?) s’était indignée, publiquement, que des écoliers, dans les quartiers à forte immigration, posaient des questions à leurs professeurs ; parce qu’ils demandaient pourquoi ils devaient « être Charlie » alors que personne n’était les Musulmans tués dans les guerres d’invasion menées par l’Occident au Moyen-Orient, ni les enfants Palestiniens massacrés par Israël à Gaza… Au contraire, il y a quelques semaines, toute la classe médiatique et politique française était au dîner annuel du CRIF [ndlr : Conseil représentatif des Institutions juives de France], comme chaque année, d’ailleurs ; jusqu’au président de la république lui-même, qui devrait pourtant être neutre. Non ? Être le président de tous les Français… Or, le CRIF défend tant qu’il peut la politique meurtrière d’Israël…

La liberté d’expression, en France, est aujourd’hui à géométrie très variable…

Même au sein de la Fédération [ndlr : la Fédération nationale de la Grande Mosquée de Paris], je fais très attention à ne pas me dévoiler et je reste prudent ; je ne me livre pas à tout le monde… Certains « imams » qui veulent montrer patte blanche sont tout prêts à dénoncer leurs frères. Certains, depuis les attaques, l’ont fait, déjà. Ils n’ont pas hésité à s’abaisser jusqu’à la délation, à dénoncer des fidèles de leur mosquée au poste de police de leur quartier, et à trahir ainsi l’Oumma [ndlr : la communauté des croyants, des Musulmans], pour se faire bien voir des autorités et conserver leurs prérogatives.

Après les attaques, les journaux ont titré : « Dans toutes les mosquées de France, on condamne la violence ! ». Mais bien évidemment ! Tous les corrompus se sont empressés de donner des gages ! C’était à qui en ferait le plus !

Le mois dernier, la Fédération a organisé un colloque, sur ce thème : « Le rôle de l’imam dans le maintien de la paix et de la stabilité sociale ».  L’imam comme agent de la « stabilité sociale » ! Tout un programme…

C’est très triste de devoir se méfier de ses propres frères.

Toi-même, quand nous avons préparé l’entretien, tu m’as dit à quel point tu avais eu du mal à trouver des Musulmans d’accord de s’exprimer honnêtement sur cette question… Les imams qui prêchent la vérité de l’Islam se cachent ; et ils ont raison. On n’entend plus nulle part un discours honnête. Mais la vérité continue de se transmettre, désormais sous le manteau, dans les caves où s’organisent les mosquées de la résistance…

PPdP – Ma deuxième question, pour en venir droit au but : comment définiriez-vous le « Salafisme » ? En quoi peut-on le qualifier de « radicalisme » ?

– Le Salafisme, c’est la pratique de l’Islam à l’identique du Prophète –paix et bénédiction sur lui- et de ses compagnons [ndlr : le terme « salaf », en arabe, signifie « celui qui précède » et désigne les compagnons du Prophète Mohamed et leurs descendants immédiats, sur deux générations].

Comment, dès lors, s’agirait-il de « radicalisme » ?

Ce sont plutôt ceux qui ne pratiquent pas l’Islam comme le Prophète qui se radicalisent. Ils se radicalisent dans le dévoiement, dans l’imperfection, dans le mensonge… Ils se radicalisent dans leurs perversions et plient l’Islam et ses règles à leurs dépravations, à leur paresse, à leurs désirs qu’ils ne peuvent s’empêcher d’assouvir au détriment de leur vie de Musulmans.

Contrairement à ce que prétendent nos détracteurs, la renaissance salafiste n’est pas une « réinvention » de l’Islam. Les Salafistes ne créent pas un « nouvel Islam » ; ils restaurent, en revanche, l’Islam enseigné par le Prophète et s’y conforment exactement. Les « inventeurs » de nouveaux Islams ou plutôt de « faux » Islams, ce sont les auteurs de fatwas [ndlr : « avis » prononcés par des religieux sunnites] ou ceux qui interprètent et innovent inconsidérément.

Ils nous accusent de créer un nouveau courant, dit « littéraliste ». Mais quoi de plus absurde ? Ils inversent les rôles et jouent sur les mots. Un courant « littéraliste », ça n’existe pas. L’application littérale des écritures, ce n’est pas un « courant » dans l’Islam. C’est l’Islam. Les « courants », dévoyés, ce sont ceux auxquels, eux, ils adhèrent.

PPdP – D’aucuns, parmi les autorités religieuses de l’Islam, considèrent pourtant qu’il existe plusieurs voies, plusieurs manières de mettre en œuvre les enseignements du Prophète. C’est ainsi que se sont constituées plusieurs écoles, au cours des siècles, dont les quatre grandes écoles sunnites, ces « courants dévoyés » que vous dénoncez : l’Hanafisme, le Chaféisme, le Malékisme, et le Hanbalisme, sans oublier un mouvement très particulier, le Soufisme, qui réprouve toute forme de violence.

– Je n’épiloguerai pas sur le Soufisme, qui n’est qu’hérésie.

En ce qui concerne les « écoles », je les réprouve sans hésitation ! Cette idée que plusieurs chemins mènent à l’accomplissement des enseignements du Prophète –la paix et la bénédiction sur lui- procède d’une construction sophistique malhonnête.

Elle a pour origine le fiqh, c’est-à-dire la compréhension de la loi islamique, qui est sans équivoque, telle qu’elle a été donnée par Dieu par l’intermédiaire de son Prophète. Le fiqh ne doit pas servir les intérêts personnels dévoyés.

C’est pourtant ce qui s’est passé : des madhhab [ndlr : « écoles »] se sont formées en fonction de la manière dont la loi a été « comprise » ; ou, plus exactement dont certains ont « bien voulu la comprendre », en abusant du fiqh.

L’Islam est un, comme Dieu est un. Comment se pourrait-il qu’il existe « plusieurs Islams » ?

Ces écoles se contredisent sur de nombreux points. L’une permet ceci, alors que l’autre l’interdit, et vice-versa. C’est la preuve simple et irréfutable qu’elles sont pétries d’erreurs et de perversions. Comment l’Islam pourrait-il permettre une chose et son contraire ? Plusieurs de ces écoles sont donc forcément hérétiques.

Ces écoles se sont construites au fil du temps et des aléas de l’histoire, des perversions politiques et sociétales que les uns et les autres ont voulu justifier en pervertissant dès lors l’enseignement du Prophète et en étirant le fiqh pour faire dire à la loi ce qui les arrangeait. Je l’ai dit : inutile de pérorer et d’échafauder des mensonges en multipliant les biais rhétoriques pour justifier tout et son contraire et la permissivité, le relativisme le plus total. De prétendus « savants » de l’Islam ont ainsi utilisé à la légère de faux hadiths ou des hadiths douteux à tout le moins, pour appuyer telle ou telle de leurs positions [ndlr : les Hadiths rassemblent plusieurs milliers de témoignages rapportés par les compagnons du Prophète, à propos de paroles prononcées par le Prophète ou d’actes accomplis par lui]. Quand un hadith est douteux, quand la chaîne de transmission du témoignage n’est pas certaine et que le témoignage est peut-être inventé, il faut l’écarter, ne pas prendre de risque. Il faut s’en tenir aux écritures qui sont sans ambiguïté et n’ont pas besoin de cette corruption-là. C’est ce que prône ce que tu appelles l’école hanbaliste, la seule qui respecte les écritures, mais pas parfaitement encore ; les autres pervertissent complètement les croyants et les conduisent dans l’erreur.

Seul le Salafisme évite les erreurs en limitant le fiqh à l’entendement du Prophète et de ses compagnons et en rejetant toutes les hérésies qui ont été édifiées après leur mort : le Coran est limpide ; il n’est pas sujet à spéculation et à la dialectique.

Ceux qui affirment le contraire sont soit des sots, soit des personnes malhonnêtes qui cherchent sciemment à justifier un mode de vie lascif qui leur convient mieux que la vertu islamique.

L’Islam est exigeant ! Oui, bien sûr que l’Islam est exigeant ! Dieu et son Prophète –la paix et la bénédiction sur lui- sont exigeants !

Même ses compagnons le trouvaient très exigeant !

Sais-tu que, dans ses premiers enseignements, le Prophète aurait ordonné que l’on fasse plusieurs fois dix fois la prière dans une journée ?! S’il ne lui avait été dit : « Messager de Dieu, tu ne peux pas imposer cela à des hommes simples et qui travaillent tout le jour ; c’est un effort trop grand. » Et le Prophète –la paix et la bénédiction sur lui- a demandé à Dieu de limiter à cinq le nombre des prières quotidiennes.

Mais, ce que le Prophète a laissé comme enseignements à sa mort, il faut le respecter et s’y conformer. Aucun Musulman n’a le droit de s’y soustraire, de le contourner ou de l’amender, de le transformer, d’aucune manière.

PPdP – Comment pouvez-vous être certain de ne pas mésinterpréter l’enseignement du Prophète ? Qu’est-ce qui vous garantit que vous n’exagérez pas dans la pratique des règles de l’Islam et que, par là, vous ne tombez pas dans l’excès et, précisément, le radicalisme ?

– J’obéis tout simplement aux enseignements du Prophète -la paix et la bénédiction sur lui. Sans interpréter (ou mésinterpréter). Nous nous référons à ce qu’il a transmis et qui est écrit dans le Coran, mais nous basons notre vie aussi sur ce que lui et ses compagnons ont fait, sur ce que la tradition rapporte de la manière dont ils se comportaient ; et nous essayons de conformer notre propre comportement à ce que nous savons du leur.

Quand nous doutons, quand nous nous interrogeons sur l’attitude à adopter par rapport à un fait de société, par rapport tout simplement, aussi, au quotidien, à la vie de tous les jours, nous nous demandons : « Comment le Prophète et ses compagnons auraient-ils agi ? » Et nous recherchons, dans la tradition, dans le Coran ou dans les hadiths authentiques, un enseignement pour nous comporter comme le Prophète l’a commandé.

Ce qu’ils appellent « fondamentalisme », « radicalisme », « extrémisme »… c’est en réalité et tout simplement l’Islam pur, véritable, qui se conforme sans la moindre corruption, sans le moindre écart aux enseignements du Prophète – la paix et la bénédiction sur lui.

Leur « Islam modéré », ce n’est pas l’Islam. C’est autre chose… Un Islam partiel… Qui s’est en partie dissout dans le bruit du monde… C’est un islam que ses promoteurs ont amputé de tout ce qui dérange les athées, les laïcs, les mécréants… De tout ce qui les dérange eux-mêmes aussi… De tout ce qu’ils trouvent trop contraignant, trop exigeant, et qu’ils n’ont pas envie de faire, par paresse, par manque de foi.

Pourquoi qualifier les véritables Musulmans « d’islamistes » ? C’est inutile de trouver un autre nom que celui-ci : « Musulmans ». Ils sont les seuls Musulmans, ceux qui appliquent et accomplissent les enseignements du Prophète.

Ou bien on peut dire les choses autrement : tous les Musulmans sont des islamistes. Puisqu’ils accomplissent l’enseignement du Prophète et combattent pour l’hégémonie de l’Islam.

Ceux qui ne se conforment pas aux enseignements du Prophète et disent « C’est dépassé ; c’étaient des pratiques de l’époque, mais ce n’est plus à suivre aujourd’hui… », ceux-là ont tourné le dos à l’Islam et n’ont pas le droit de se dire musulmans.

PPdP – Je comprends bien la démarche. Mais nous vivons au XXIème siècle… Plus de treize siècles après l’époque du Prophète. Le monde s’est transformé, des technologies nouvelles sont apparues… Les civilisations se sont rencontrées, mélangées… Les Musulmans vivent dans des pays où leur religion n’est pas majoritaire… Vous ne pouvez ni vivre comme on vivait au VIIème siècle dans les milieux bédouins de la Péninsule arabique, ni imposer un mode de vie à toute la société, y compris aux non-musulmans.

– Ta remarque appelle deux réponses. Elle pose deux questions différentes et très importantes.

La première concerne cet argument, qu’on nous oppose souvent et de manière absurde. « Vous voulez vivre comme au VIIème siècle ? Alors, pourquoi avez-vous des automobiles et l’électricité ? » Combien de fois n’ai-je pas entendu ces inepties…

Je dois répondre sur deux points.

D’abord, non, bien sûr, les Salafistes ne veulent pas vivre en élevant des chèvres et en habitant sous la tente sans l’électricité. C’est ridicule, et je sais que ta remarque n’allait pas dans ce sens ridicule ; mais je profite de la question pour mettre les choses au point à ce propos… Quand nous disons que nous essayons de nous comporter comme le Prophète, de l’imiter, ce n’est pas en voulant « ramener le monde au Moyen-Âge », comme on l’entend souvent dire, malhonnêtement, par nos contradicteurs –c’est en effet très malhonnête, car ils savent que ce n’est pas de cela qu’il s’agit, mais, hélas, leur discours frauduleux arrive à convaincre l’opinion publique qui adhère à cette croyance à propos des Salafistes, sans se poser plus de question. Il ne s’agit pas pour nous de revenir à la civilisation matérielle du VIIème siècle, bien sûr. Il s’agit de vivre dans notre temps, mais en respectant les commandements du Prophète et, par rapport à notre environnement, en nous comportant suivant ses enseignements.

Je prends un exemple très simple, à dessein de rendre plus concret ce que je viens de te dire : ce n’est pas parce que le Prophète ne connaissait pas la télévision, cette technologie, que nous devons la rejeter et nous en passer. Mais ce n’est pas parce que les programmes de télévision se succèdent non-stop toute la journée qu’il faut renoncer aux cinq prières quotidiennes que le Prophète –la paix et la bénédiction sur lui- a ordonné à tous les Musulmans de pratiquer scrupuleusement. Je regarde la télévision, de temps en temps ; mais, quand vient l’heure de la prière, j’éteins le poste et je me recueille pour accomplir ce qui est l’un des devoirs fondamentaux des Musulmans.

Ensuite, mon deuxième point : ce n’est pas parce que nous vivons au XXIème siècle que nous devons cesser d’appliquer les enseignements du Prophète et de nous y conformer fidèlement. Le Prophète n’a jamais dit que ses enseignements ne devaient être suivis qu’un temps, durant son vivant ou quelques années seulement après sa mort. Non. Les enseignements du Prophète son toujours en vigueur, au XXIème siècle.

Par exemple, le Musulman qui gère un commerce… Il dit qu’il ne peut pas faire les cinq prières quotidiennes, car il ne peut pas fermer son commerce, il doit recevoir ses clients… C’est comme cela, ici, en France, au XXIème siècle… C’est un autre discours frauduleux. Il place son intérêt, son confort matériel, ses « petites affaires » au-dessus de ses devoirs de Musulmans et au-dessus des enseignements du Prophète. Celui-là est-il dès lors encore musulman ? Il ne respecte pas les enseignements du Prophète et fait montre de son peu de foi. C’est un « musulman à mi-temps », alors ? Plutôt, il n’est pas musulman et, s’il dit l’être, il se ment à lui-même et ment aussi aux autres.

Ce n’est pas les règles de l’Islam qui doivent s’adapter aux habitudes du XXIème siècle. C’est le Musulman du XXIème siècle qui doit adapter ses habitudes aux règles de l’Islam.

Je réponds maintenant à la deuxième question que tu as soulevée : faut-il imposer le mode de vie enseigné par le Prophète à toute la société ?

C’est un autre devoir, pour tous les Musulmans, de défendre l’Islam et de le porter à tous les peuples, partout dans le monde.

C’est le devoir de tout Musulman de se mettre entièrement au service de l’Islam et de diffuser son enseignement et de combattre ceux qui lui font obstacle d’une manière ou d’une autre. Nos contradicteurs peuvent danser sur leur tête, dans ce débat, ils seront toujours perdants, car le Coran lui-même est éloquent à ce propos et sans appel.

Donc, ceux qui se disent musulmans et qui osent condamner le djihad –je parle bien du djihad armé- sont des mécréants, tout simplement des hommes qui pervertissent l’Islam. Ce sont des paresseux ou des lâches, qui se trouvent des excuses pour ne pas accomplir leur devoir. Ceux qui prétendent que le djihad armé n’est pas une obligation des Musulmans mentent, trahissent l’enseignement du Prophète –la paix et la bénédiction sur lui- et maltraitent les écritures pour essayer de prouver qu’ils ont raison. Pourquoi continuent-ils de se prétendre musulmans, puisque l’enseignement du Prophète, manifestement, ne leur plaît, qu’ils ne le reconnaissent pas et ne s’y conforment pas ?

Ils ne peuvent pas prendre de l’Islam uniquement les aspects qui leur conviennent ; ils doivent en respecter tous les enseignements et devoirs.

Mais, bien souvent, quand je discute avec eux, je me rends compte qu’ils n’ont qu’une connaissance très superficielle de l’Islam. Ils connaissent l’Islam par ce qu’ils en entendent à la télévision, où l’on en donne cette image revue et corrigée, « politiquement correcte », adaptée à l’air du temps… Où quelques imams qui veulent se faire bien voir des autorités racontent leur petite version proprette et consensuelle et montrent patte blanche… Et, quand je leur demande s’ils ont lu et appris le Coran, ils me répondent généralement que non ; qu’ils n’en ont pas le temps. Et, quand je leur lis alors les passages du Coran qui contredisent leur vision simpliste de l’Islam, celle d’un Islam débarrassé de tout ce qui gêne la société française du XXIème siècle, je peux voir l’incrédulité transformer les traits de leur visage… Ils sont alors bien désemparés ; ils ne savent plus quoi me dire, me répondre, et beaucoup s’en vont, rompent le dialogue, en se réfugiant dans l’erreur de leurs convictions et en me déclarant : « De toute façon, tu es un intégriste, un radical, et tu racontes n’importe quoi ! »

Confrontés au Coran, ils perdent pied… J’essaie de leur faire comprendre que ne suis pas un « radical » ; je suis un Musulman, tout simplement, en accord avec l’enseignement du Prophète, et, eux, ils sont sortis du chemin de l’Islam. Pour eux, être « radical », c’est suivre l’enseignement du Prophète –la paix et la bénédiction sur lui- ; et être un « Musulman normal », c’est se comporter selon l’air du temps.

Mais qu’est ce que cela veut dire, être un Musulman « modéré » ? Il y aurait des Musulmans « légers », des « modérés », des « lourds » ? Qui se conformeraient aux enseignements du Prophète « un peu », « beaucoup » ou « pas du tout » ? Cela n’a bien évidemment aucun sens.

C’est pour cette raison qu’aucun média n’ose nous donner la parole publiquement. C’est –je crois bien- la première fois qu’on pourra entendre nos arguments dans un média officiel comme le tien. Et c’est pour cette raison que ces « imams de la République » refusent toujours le débat public avec nous : ils savent que, si nous confrontions nos argumentaires, leur dévoiement et leur corruption de vaniteux seraient mis au grand jour… En même temps que leur ignorance et la pauvreté de leur foi : ce n’est pas le monde et ses errances qui nous commandent ; ce sont les enseignements du Prophète qui nous commandent, et nous devons résister aux errances du monde.

Pour terminer, sur cette question importante que tu m’as posée, j’ajouterai qu’il est aussi de notre devoir d’imposer l’Islam partout dans le monde, en montrant aux peuples le chemin vers Dieu, en leur expliquant les justes enseignements du Prophète ; mais aussi en combattant ceux qui se dressent contre l’Islam.

PPdP – Ce combat, c’est celui que mène en ce moment l’État islamique ? Considérez-vous l’État islamique comme légitime, selon les principes de l’Islam ? Cet État terroriste est-il en adéquation avec les enseignements du Prophète ?

– Pourquoi qualifier d’emblée l’État islamique de « terroriste » ? Le terrorisme n’est pas une idéologie. Ce n’est ni le fondement ni le but de l’État islamique. Le terrorisme, c’est pour l’État islamique une stratégie de guerre…

D’autres mouvements, dans le monde, ont fait usage du terrorisme pour faire avancer leur cause. C’est parfois le seul moyen de combattre un ennemi plus puissant, mieux équipé militairement, qui n’a, lui, qu’à appuyer sur un bouton pour détruire des villes entières.

Celui qui ne dispose pas de cet armement puissant frappe différemment.

PPdP – En visant sciemment des civils ?

– Que font d’autres États ? Les Américains, les Européens et leurs alliés israéliens quand ils bombardent Bagdad, Tripoli ou Gaza ? Tu ne vas pas m’insulter en me répondant qu’ils ne font pas exprès de tuer des civils… Ils savent très bien quels effets auront leurs frappes ! Ce qu’ils enveloppent de la dénomination technique de « dégâts collatéraux »…

Pourquoi, quand Israël tue 2.000 civils palestiniens en un été, c’est « la guerre » ? Et, quand des combattants de l’État islamique tuent 200 civils français, c’est un acte « terroriste » abjecte ?

Mais ne perdons pas notre temps, je te prie, avec ce très vieux débat, déjà ressassé maintes fois et entendu, et qui n’intéresse plus que les personnes malhonnêtes qui jouent sur les mots pour justifier l’injustifiable ou pour se donner bonne conscience…

PPdP – Vous ne voyez donc aucune objection à ce que des citoyens belges, français, britanniques, tunisiens, marocains, égyptiens… choisissent de quitter leur pays pour se rendre dans l’État islamique ? Certains ont été arrêtés avant d’atteindre les frontières de l’EI, en Turquie notamment, dont le gouvernement les a extradés vers leur pays d’origine. Ils sont aujourd’hui en prison…

– Parce qu’ils ont voulu vivre dans un État où ils pourraient accomplir leur foi sans entrave et sans être stigmatisés pour cela… Arrêtés pour avoir voulu se rendre en Syrie… Toi-même, ne te rends-tu pas en Syrie régulièrement ?

PPdP – En tant que reporter… Pas pour y combattre contre mon pays.

– Et si ces personnes souhaitent aller vivre ailleurs ? Changer de nationalité ?

PPdP – Selon les gouvernements des pays cités, ils partent pour apporter leur soutien à une organisation terroriste.

– Nous y revoilà !

Comme il est commode d’étiqueter ses ennemis de la sorte. Ça permet tous les excès et ça excuse tout.

L’État islamique est un pays. C’est plus que cela ; c’est la communauté des Musulmans dans le monde, mais c’est en même temps un territoire déterminé, qui s’étend. Le gouvernement de ce pays se défend de ses ennemis, et il utilise le terrorisme. Ce n’est pas une religion, le terrorisme, ni une idéologie…

Je te l’ai demandé : quel État ne l’utilise-t-il pas ? Faut-il rappeler comment les services secrets français ont fait exploser le Rainbow Warriror, un bateau de l’organisation écologiste Greenpeace qui les gênaient dans leur politique nucléaire militaire ? Ce n’est pas du terrorisme ? Et la torture en Algérie, pendant des années de guerre ? Au début, les Français cherchaient des informations ; très vite, c’est devenu un moyen de répression, de « terroriser » la population arabe dans le but de la maintenir sous domination française. Les coupables de cette terreur ont tous été amnistiés…

Encore une fois : si l’État islamique est une organisation terroriste, alors, l’État français est aussi une organisation terroriste.

Et Israël, toute cette politique de tuerie permanente contre les civils palestiniens ? Il ne se passe pas une semaine sans qu’il y ait un mort, des maisons détruites… Ce n’est pas du terrorisme ?

Faut-il d’autres exemples ?

PPdP – Très concrètement, que disent les écritures ? En matière de djihad notamment ? Quels sont exactement les enseignements du Prophète que les « Musulmans modérés » ne respectent pas ?

– Les textes coraniques sont des écrits très simples à comprendre. Il ne comporte rien d’ésotérique, aucun message caché, aucune imagerie fabuleuse à interpréter.

Le Prophète –la paix et la bénédiction sur lui- a donné à ses compagnons un certain nombre de consignes, simples, d’ordres, très directs, auxquels ils devaient se conformer. Le Coran, en somme, c’est un ensemble de règles de vie auxquelles le Musulman se soumet et qu’il met en pratique, quotidiennement. Elles ne varient pas avec les époques ; elles ont été données à l’humanité pour être toujours suivies.

Je disais qu’elles ne sont pas sujettes à interprétation : le Prophète a énoncé ces règles, simples et sans ambiguïté, en s’adressant à des gens simples, à ses disciples qui n’étaient pas de grands lettrés. Le Prophète ne finassait pas avec ses compagnons ; il ne les piégeait pas ; il ne les induisait pas en erreur par un enseignement confus ou équivoque. Pourquoi, dès lors, certains veulent-ils « interpréter » l’enseignement simple et précis du Prophète et lui faire dire autre chose que ce qu’il a dit ?

Le Coran n’est pas comparable à la Bible des Juifs ; il s’agit là de paroles prononcées par des prophètes « inspirés » par Dieu, mais pas de la parole exacte de Dieu. Il n’est pas non plus comparable à la Bible des Chrétiens : les Évangiles ont été rédigés par des hommes, parfois plusieurs dizaines d’années après la mort du prophète Jésus, pour en raconter l’histoire, en fonction de ce dont ils se souvenaient ou de ce qu’ils en avaient entendu dire. Ces livres sont emplis d’erreurs et d’imprécisions. En revanche, le texte sacré de l’Islam, le Coran, c’est la parole de Dieu directement dictée à Mohamed et transmise littéralement à l’humanité. C’est pour cela qu’il est le dernier et l’ultime Prophète envoyé par Dieu aux hommes : il a reçu les mots de Dieu par l’intermédiaire de l’Archange Gibril et les a rapportés fidèlement sans rien en retrancher ni rien y ajouter.

On doit être prudent avec l’enseignement des Hadiths, comme les Chrétiens devraient être prudents avec ce qu’enseignent les Évangiles. Mais, le Coran, c’est la vérité pure et toute simple.

Ceux qui veulent en déformer le sens ou la signification, pour « l’adapter » à d’autres mœurs, sont des mécréants qui salissent l’Oumma et souillent le nom de « Musulman » qu’ils usurpent.

PPdP – Par exemple ?

– Je prendrai l’exemple de la prière.

Certains imams « modernes » enseignent à leurs disciples qu’il n’est pas important de respecter les heures précises de la prière. D’autres vont encore plus loin : ils enseignent qu’il n’y a rien d’inconvenant à ne pas respecter les cinq prières quotidiennes… Se rendre à la mosquée une fois par semaine, pour la prière de la mi-journée du vendredi, est, selon eux, déjà suffisant. Ce sont de faux imams !

Ne savent-ils pas que le Prophète lui-même a recommencé une prière parce qu’elle avait été mal dite ? Le Prophète –la paix et la bénédiction sur lui- s’était distrait alors qu’il dirigeait la prière. Ses compagnons n’ont pas osé l’interrompre ; mais, quant il eut achevé de prier, l’un d’eux s’approcha du Prophète et lui dit : « Messager de Dieu, tu as omis tel rakaat [ndlr : les rakaat sont des parties constitutives de la prière]. » Et le Prophète lui a répondu : « Alors, la prière n’est pas valable. Il faut la compléter. » Et le Prophète salua deux fois de plus pour sa distraction.

Quelle présomption que d’oser prétendre qu’on peut déplacer les heures de la prière ou s’en dispenser, même partiellement, quand le Prophète lui-même faisait si grand cas du moindre détail !

Le Prophète a dit : « Le premier devoir dont l’homme sera appelé à rendre compte le jour de la Résurrection, c’est la prière. Dieu, auquel rien n’échappe, s’adressant aux anges leur dira : ‘Voyez si la prière de mon serviteur est parfaite. Si elle l’est, inscrivez-la lui parfaite.’ » Et le Prophète a dit encore : « Succéderont des générations qui délaisseront la prière pour suivre leurs passions. Ceux-là se trouveront en perdition. »

L’accomplissement des cinq prières est la règle laissée par le Prophète après son ascension. Ne pas respecter même une seule des cinq prières, c’est rejeter l’Islam et en sortir. Ne pas respecter les temps de prière, c’est commettre un effroyable péché car c’est manquer de respect à Dieu.

C’est un exemple sans appel, comme tu le vois : les règles que le Prophète a reçues de Dieu et qui ont été rassemblées dans le Coran pour être enseignées aux générations de Musulmans sont ainsi précises et ne sauraient en aucun cas être dévoyées par une prétendue « interprétation ».

PPdP – Cependant, le Prophète lui-même a commandé la pratique de l’ijtihad.

– Mais l’ijtihad, ce n’est pas du tout la permissivité. Ce n’est nullement la porte ouverte au dévoiement de l’enseignement du Prophète, à l’interprétation abusive qui n’a d’autre but que d’accommoder l’Islam à une situation politique conjoncturelle ou aux aléas des errements sociétaux. Il en est de l’ijtihad comme nous l’avons dit du fiqh…

L’ijtihad, c’est strictement l’effort de réflexion que doit faire tout Musulman (encore faut-il pour ce faire qu’il ait acquis une très bonne connaissance de l’Islam par la pratique des écritures) quand il est confronté à une situation face à laquelle il ne sait pas comment il doit se comporter parce que cette situation n’est évoquée ni dans le Coran, ni dans les Hadiths, nulle part dans ce que l’on sait de la vie du Prophète ou de ses compagnons. L’ijtihad, c’est strictement l’effort de réflexion dans ce cas-là et uniquement dans ce cas-là. Il n’est absolument pas question de remettre en cause les enseignements du Prophète ou les actions de ses compagnons que l’on connaît.

L’ijtihad a été et est mise en œuvre de manière très abusive, souvent, par de prétendus oulémas [ndlr : théologiens ou juristes, savants de l’Islam], qui se reconnaissent et s’adoubent entre eux, alors même qu’ils bafouent notoirement les enseignements du Prophète, et s’érigent en docteurs de l’Islam, pour justifier des comportements contraires à ces enseignements, et ce en triturant, malmenant et détournant les écritures.

Cette perversion de l’Islam ne date pas d’aujourd’hui. Sous certains Califes, déjà, de prétendus oulémas ont plié les enseignements du Prophète aux volontés politiques des souverains ou aux nécessités d’alliances contre-natures ou de pratiques sociétales. Il existe de nombreux exemples de ces dérives dans l’histoire d’al-Andalus [ndlr : la Péninsule ibérique], lorsque les Califes pactisaient avec les royaumes chrétiens pour attaquer d’autres souverains musulmans ; ou lorsqu’ils frayaient sans aucune réserve avec les Juifs et les Chrétiens.

Aujourd’hui, les discours absurdes et hérétiques de nombreux imams autoproclamés font croire aux fidèles que toutes les permissivités sont autorisées par le Coran. C’est bien sûr un mensonge. Il suffit de lire le Coran pour le savoir et savoir quels sont les devoirs et les obligations d’un Musulman.

Les Hadiths ne laissent aucun doute à ce sujet. Le Prophète a dit – la paix et la bénédiction sur lui- : « Crains Dieu ! Et tu seras le plus savant des hommes. »

PPdP – Donc, selon vous, il ne peut y avoir qu’un seul Islam. « L’Islam de France », si je vous suis bien, serait une imposture ?

– C’est plutôt une « posture ». Un Islam édulcoré, mou, superficiel… qui n’a plus beaucoup à voir avec l’Islam. Donc, en effet, ce n’est pas l’Islam. C’est un mensonge.

PPdP – Ainsi, le Coran doit être respecté et les règles édictées par le Prophète doivent être appliquées. Alors, je répète ma question : très concrètement, l’enseignement du Prophète autorise-t-il ou ordonne-t-il le djihad armé ? L’usage de la violence est-il licite, selon les écritures, le Coran, les Hadiths ? Le Prophète et ses compagnons ont-ils pratiqué le djihad armé ? Et dans quelles circonstances ? Les Musulmans, aujourd’hui, doivent-ils prendre les armes pour promouvoir l’Islam ?

La seconde partie de cet entretien sera publiée dans l’édition d’avril 2016

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ISLAM – Interview (deuxième partie) – La parole est aux Salafistes !

Le monde médiatique unanime promeut un tableau exclusivement négatif du Salafisme, généralement considéré comme une « déformation » de l’Islam. Une approche qui ne donne jamais la parole aux principaux intéressés, dont l’argumentaire est totalement absent du débat ; une approche qui, dès lors, ne permet pas d’appréhender les motivations de ces dizaines de milliers de combattants, qui s’enrôlent dans les rangs de l’armée de l’État islamique (en Irak, en Syrie, dans le Sinaï égyptien, en Lybie, dans les capitales européennes…) –qualifiés de « terroristes » qui « salissent l’Islam »- ; une approche qui ne permet pas non plus de s’interroger sur le fait que, peut-être, l’Islam, dans ses fondements originels et dans ses principes intrinsèques, n’est ni adaptable à toute forme de société , ni agréable à toute idéologie.

Il était déontologiquement nécessaire, à l’aune de la philosophie de notre média, de prendre le risque de détonner une fois encore et de déchirer le voile mainstream, pour donner la parole à « l’autre camp ».

Le journalisme ne devrait jamais avoir d’autre préoccupation que celle des moyens de faire éclater la vérité. Et, pour cela, il est parfois nécessaire de prendre le risque de déranger, de désorienter un lectorat habitué au consensus, voire de lui déplaire : le journaliste doit savoir résister au confort qu’il peut trouver à se conformer au leitmotiv dominant et à s’autocensurer afin de produire des contenus sans histoire, lisses et politiquement corrects.

Aujourd’hui, écouter un prédicateur salafiste (l’ennemi !) et aller ainsi à la rencontre de celui que tout le monde, uniformément, hait (sans pour autant le connaître), c’est incontestablement la mission d’un journalisme d’investigation honnête et soucieux de la vérité.

Toutefois, dans le contexte actuel de « chasse aux sorcières », même sous couvert de l’anonymat, presque aucun des imams salafistes contactés en France, en Belgique et en Grande-Bretagne n’a voulu s’exprimer, (à juste titre) méfiants à l’égard des médias.

Un imam (proche du Recteur de la Grande Mosquée de Paris, ce qu’il m’a autorisé à mentionner) a toutefois accepté l’entretien, à la condition que son nom ne soit pas révélé.

J’ai fidèlement retranscrit dans ce reportage ses réponses à mes questions, sans rien en retrancher, et l’argumentaire sans concession qu’il oppose à « l’Islam de France ».

(La première partie de cet entretien a été publiée dans l’édition de mars 2016 du Courrier du Maghreb et de l’Orient)

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