N.B. : Les chiffres placés entre parenthèses (…) désignent une citation coranique, dont le premier chiffre, suivi d’un point, indique le numéro de la sourate, et le suivant, celui du verset (ex. 62.14). Lorsque le premier chiffre est précédé d’une abréviation lexicale, la citation est tirée de la Bible (ex. Jn 3.12), et lorsqu’il est précédé d’un seule lettre majuscule, il indique un article d’un des vingt six chapitres de cette série “Réponses aux musulmans” (ex. L 11).

— 1 Si, pour l’islam, Jésus n’est pas Dieu (3.59-61 ; 4.171), il en va de même pour nombre d’hérétiques qui dès la naissance du christianisme ont nié la divinité du Christ. Mentionnons : Cérinthe (fin du premier siècle ?) pour qui Jésus, conçu par Joseph et Marie, avait reçu une grâce spéciale lors de son baptême, avait été abandonné par Dieu au moment de la Passion, n’avait donc pas été ressuscité, mais le serait un jour, celui venu de son règne sur terre, parmi les voluptés charnelles, en attente de quoi le salut impliquait la circoncision et l’observance de semblables préceptes (cf. Saint Augustin, Des hérésies, §8) ; les ébionites ou nazaréens (ibid.. §10 ; voir Z 12+), qui ont vécu en Palestine et en Syrie entre le IIe et le IVe siècle, ils s’abstenaient de vin dans l’attente du retour du Messie ; Paul de Samosate, évêque d’Antioche (+ 272), pour qui Jésus n’était qu’un homme en qui la Parole de Dieu avait demeuré (Eusèbe de Césarée, Histoire ecclésiastique, VII, XXX) , condamné par le Concile d’Antioche (268) ; hérésie reprise par les pauliniens, et par Photin, évêque de Sirmium excommunié en 349, par Nestorius, patriarche de Constantinople déposé par le concile d’Éphèse (431), et le nestorianisme, pour qui Jésus n’était qu’un homme adopté par Dieu. Bref, quoi d’étonnant à ce que saint Jean Damascène ait placé l’islam à la centième place dans son catalogue d’hérésies (Liber Haeresorum) ?

— 2 Jésus ne serait pas Dieu du fait qu’Il priait, Dieu ne pouvant Se prier Lui-même. Il faut commencer par renvoyer celui qui fait cette objection à A 27, puis répondre que la prière du Christ n’est que la traduction en notre nature humaine du rapport ― certes inimaginable pour nous, que le Verbe de Dieu entretient avec le Père dans leur commune éternité. Le Fils incarné devait-Il cesser d’aimer Son Père, ou bien L’aimer humainement et ainsi enseigner à l’humanité comment L’aimer ?

— 3 Jésus ne pouvait pas être Dieu du fait qu’Il accomplissait ses besoins humains, considérés comme des actes indignes de Dieu, qui Lui, ni ne mange, ni ne boit et ni ne dort. A cela il faut répondre que tous les actes de la condition humaine présentés par le Coran pour nier la divinité du Christ (5.75) n’affectent pas la nature divine, et ne peuvent donc pas servir à nier la divinité du Christ, et que d’autre part, il n’y a d’indigne de Dieu que le péché. Si les hommes mangent, boivent, dorment et font d’autres choses inhérentes à leur condition de créature, c’est parce que Dieu l’a voulu ainsi, et Dieu devrait avoir honte de ce qu’Il a créé ‒ au point de refuser de l’assumer ? En jugeant indigne de Dieu la condition humaine, les musulmans méprisent la Création, et donc eux-mêmes (raison pour laquelle ils ne peuvent pas être heureux, ni rendre les autres heureux), et ils blasphèment le Créateur. La vérité est que la Création est digne de Dieu et que Dieu n’en a pas honte, et c’est pourquoi l’Incarnation du Fils de Dieu n’est en rien contradictoire avec la grandeur de Dieu, bien plutôt, en Se rendant proche de nous, Dieu nous a attirés à davantage Le connaître. Comment ne pas rappeler ici ce propos de saint Jude : Quant à eux, ils blasphèment ce qu’ils ignorent ; et ce qu’ils connaissent par nature, comme les bêtes sans raison, ne sert qu’à les perdre (Jude 10) ?

— 4 Comment les musulmans peuvent-ils ne pas croire que Jésus est Dieu puisque le Coran leur dit qu’Il est au Ciel (4.158), et que ce qui est adoré (Jésus est adoré par les chrétiens) en dehors de Dieu est en Enfer (21.98) ?

— 5 Comment serait plus réel que le Jésus des Évangiles le Issa coranique qui n’a pas d’autre crédibilité que les prétendues révélations privées de Mahomet, survenues plus d’un demi-millénaire après la vie et la mort du Jésus historique ?

— 6 Il est courant d’entendre les musulmans dire que les dogmes de la divinité de Jésus, de la Rédemption ou de la Trinité, ont été introduits dans la foi chrétienne par l’empereur Constantin au Concile de Nicée (voir H 1). Or, parce que tout scribe devenu disciple du Royaume des Cieux est semblable à un propriétaire qui tire de son trésor du neuf et du vieux (Mt 13.52), l’Église ne cesse pas de découvrir, tant elle est immense et profonde, la Révélation qui lui a été confiée. Si tous les dogmes sont contenus dans le dépôt révélé (1 Tm 6.20), ce n’est souvent que lorsqu’une vérité de Foi est contestée, qu’elle la définit officiellement, dogmatiquement, sous la conduite de l’Esprit-Saint (Jn 16.13), selon le principe qui veut qu’un dogme n’en contredise jamais un autre. Au Concile de Nicée, en 325, l’Église a défini dogmatiquement la divinité de Jésus et Ses deux natures parce qu’une partie importante des chrétiens, conduits par le prêtre Arius, s’étaient mis à en douter. Pour prouver que l’Église n’a pas commencé à croire ces dogmes à ce moment-là, ne suffit-il pas de lire la Bible, saint Ignace d’Antioche, saint Polycarpe, saint Irénée de Lyon, ou d’autres Pères de l’Église, qui ont beaucoup écrit sur ces sujets et qui ont vécu… bien avant l’an 325 ?

— 7 Si Jésus n’est pas Dieu, comment le Coran peut-il Lui reconnaître la prérogative proprement divine de créer (3.49 ; 5.110), ou celle de ressusciter les morts ? Que le texte s’empresse de préciser que Jésus faisait cela avec la permission de Dieu ne saurait remettre en cause l’affirmation de Sa divinité, puisque Jésus en Sa nature humaine était effectivement soumis à Dieu Son Père, et que d’autre part Dieu ne pouvant jamais rien créer que par Sa parole (6.73 ; 16.40), qui est Jésus (4.171 ; 19.34), l’interdépendance entre eux est totale… Chaque personne de la Trinité n’agit jamais qu’en parfaite communion avec les deux autres. Le terme créer n’implique-t-il pas en soi l’exercice d’une liberté absolue et d’une puissance divine ?

— 8 Comment Jésus peut-Il n’être qu’un mortel semblable à nous (3.84 ; 5.75 ; 9.30 ; 19.35) puisque le Coran, gardant des réminiscences de l’authentique prédication chrétienne à Son sujet, Le désigne comme la Vérité (6.73 ; 16.40), la Parole de Dieu (3.45 ; 4.171 ; 19.34), le Miracle de Dieu (3.47)[1] ?

— 9 Ô Marie ! Allah t’a choisie et t’a purifiée. Il t’a choisie parmi les femmes du monde (3.42). Pourquoi la mère de Jésus devrait-elle être préférée à toutes les femmes, sinon parce qu’elle est la Mère de Dieu fait homme ? Et si Marie a été choisie parmi les femmes du monde, comment Allah peut-il dire aux femmes de Mahomet : Vous n’êtes comparables à aucune autre femme (33.32) ?

— 10 Le Coran affirme très justement que tout a été fait par la Parole de Dieu (6.73 ; 16.40), laquelle il reconnaît être Jésus (4.171 ; 6.73). Or, si tout a été créé par la Parole de Dieu, qui est Jésus, alors, Jésus n’a pas été créé… ou Il S’est créé Lui-même. Ce qui revient à dire qu’Il est Dieu. Car, n’est-ce pas le propre de Dieu de ne dépendre de personne pour exister ?

— 11 Puisque le Coran reconnaît que Jésus est la Parole de Dieu par Qui tout a été créé (4.171 ; 6.73 ; 16.40), est-ce que le musulman peut adorer Dieu autrement que par Jésus ?

— 12 Les musulmans croient que le Coran est la Parole de Dieu, qu’il est donc immuable et éternel. Or, si Jésus est la Parole de Dieu (3.45 ; 4.171 ; 19.34), comment ne serait-Il pas éternel, et donc Dieu Lui-même ?

— 13 Le Coran fait dire à Jésus : Et je confirme ce qu’il y a dans la Thora révélée avant moi, et je vous rends licite une partie de ce qui était interdit (3.50). Qui peut changer la Loi de Dieu sans être Dieu ?

— 14 Nier que Jésus soit Dieu tout en affirmant qu’Il est la Parole de Dieu (3.45 ; 4.171 ; 19.34) revient à introduire en Dieu une division. N’est-ce pas piquant pour une religion qui se présente comme le héraut de l’unicité divine ?

— 15 Le Coran reconnaît que Jésus a fait des miracles (2.87 ; 3.46,49 ; 5.110,112-115 ; 43.63 ; 61.6 ; 19.24-26,30), et que Mahomet n’en a point fait (6.37 ; 7.203 ; 13,38 ; 20.133), ainsi témoigne-t-il que la mission de Jésus a été divinement attestée, et pas celle de Mahomet… A celui qui avance que saint Jean-Baptiste n’a pas fait non plus de miracle, tout prophète qu’il fût (Jn 10.41), il faut rappeler que le Messie l’a désigné comme étant plus qu’un prophète (Mt 11.9), en sorte que saint Jean-Baptiste n’a pas eu besoin de faire des miracles pour attester de l’origine divine de sa mission : ceux du Messie lui suffisaient ! De plus, reconnaître Jésus comme l’Agneau de Dieu qui enlève les péchés du monde (Jn 1.26-36), puisque telle a été la mission de saint Jean-Baptiste (Jn 1.31), n’est-ce pas en soi un miracle (Mt 16.17 ; Jn 6.44 ; 1 Co 12.3) ?

— 16 Attendent-ils qu’Allah leur vienne sous l’ombre d’un nuage avec les anges et que l’affaire soit décidée ? (2.210). Le Coran annonce ici la venue de Dieu lui-même pour le Jugement Dernier, qui verra reconnue par tous la seigneurie de Jésus (4.159). La tradition musulmane affirme elle aussi le rôle déterminant de Jésus à la fin du monde (Bukhari 3,43,656 ; 4,55,657 ; Muslim 1,287,289,291,292) ; Allah dépêchera Jésus fils de Marie qui apparaîtra sous la forme d’Orwa Ibn Massoud et il se lancera à la recherche de l’Antichrist et le fera périr (Muslim n°5223 ; Voir Q 17-21). Pourquoi est-ce Jésus qui doit revenir vaincre l’Antichrist et non Mahomet ? Pourquoi l’ennemi final est-il l’Antichrist et non pas l’Antimahomet ?

— 17 L’islam a gardé de la Révélation chrétienne la foi dans le Retour de Jésus comme Juge des vivants et des morts (Mt 25.31-46 ; Lc 18.8 ; Ac 3.20-21) : Il n’y aura personne, parmi les gens du livre, qui n’aura pas cru en lui [Jésus] avant sa mort. Au jour de la résurrection, il sera témoin à leur encontre (4.159) ; Abu Huraira a rapporté que Mahomet a dit : ‘Le Messager d’Allah a dit : “Par Celui qui détient mon âme entre ses mains, le fils de Marie descendra bientôt parmi vous et il jugera l’humanité avec justice.’ (Bukhari 4.55,657 et Muslim 2.58)’’[2] ; Le prophète a dit : ‘Je jure par Allah, ‘Issa Ibn Maryam descendra jugeant (l’humanité) avec la justice.’ (Bukhari 2222 & 3448 ; Muslim 155). Affirmer que Jésus doit revenir juger les hommes, alors que Dieu seul peut juger, n’est-ce pas dire que Jésus est Dieu ?

— 18 Si la sainteté du Christ prouve Sa crédibilité : Qui de vous Me convaincra de péché ? (Jn 8.46 ; Coran 19.19), il en va autrement pour Mahomet à qui Allah reproche sa dureté de coeur (80.1-4), sa cupidité (80.5), sa veulerie (80.6), sa lubricité sans bornes (33.52), le désignant comme pécheur (cf. 33.56 ; 40.55 ; 47.19 ; 48.2). Qu’est-ce qui est le plus logique, que Dieu Se révèle par Lui-même, ou par un pécheur ?

— 19 Bien que le Coran rejette par endroits la divinité du Christ, qu’il imagine ne pouvant que s’ajouter à celle de Dieu (4.171-172 ; 5.17,75,76,116-119 ; 10.68), il garde cependant des affirmations de la divinité de Jésus comme par exemple Sa conception sans le concours d’un père humain (19.15-21). Or, si Jésus n’était qu’un prophète comme un autre (3.84), pourquoi a-t-Il été conçu ainsi ? L’islam n’apporte pas de réponse à cette question, mais ne retire pas pour autant de leçon de ce miracle. Interrogés à son sujet, les musulmans se contentent d’assimiler la conception virginale de Jésus à la création d’Adam, en sorte que Jésus ne serait rien de plus que ce que pouvait être Adam : un homme (3.59). Or, la conception virginale de Jésus ne peut pas être assimilée à celle d’Adam, puisqu’Adam étant le premier homme, il ne pouvait pas être engendré par un autre homme, tandis que Jésus, s’Il n’avait été qu’un homme comme les autres, aurait pu l’être… C’est pourquoi la comparaison de la conception virginale de Jésus avec la création d’Adam ne vaut pas. Celle de Jésus est non seulement un miracle unique, mais LE miracle.[3] La comparaison de Jésus avec Adam, tout à fait légitime et déjà évoquée par saint Paul (Rm 5.12-21), amène à reconnaître que, de même qu’Adam est principe de l’humanité soumise par son péché à la mort, de même, Jésus est principe, mais principe d’une humanité nouvelle (Col 1.18 ; sinon à quoi bon un nouvel Adam ?). Ainsi, alors que l’humanité dont Adam est le principe a en partage le péché et la mort, celle dont le Christ est le principe a en partage le salut et la vie éternelle : Car le salaire du péché, c’est la mort ; mais le don de Dieu, c’est la vie éternelle en Jésus-Christ notre Seigneur (Rm 6.23). Cette nouvelle humanité douée de vie éternelle se reçoit dans le baptême par la foi en Jésus-Christ, objet de la promesse d’une descendance que Dieu fit à Abraham (Gn 17.15-17 ; Jn 8.56). Les musulmans devraient ici se demander : Si la naissance du Christ est au-delà des lois régissant la Création, qu’y a-t-il au-delà de la Création, sinon Dieu ? Et si Dieu n’est pas le père de Jésus, qui donc l’est (19.21) ?

— 20 Comment les musulmans peuvent-ils nier que Jésus soit Dieu, alors que parmi les 99 noms qu’ils reconnaissent à Allah, ils citent : Le Saint (Al-Quddùs), La Résurrection (Al-Baeth), La Paix (Al-Salàm), La Vérité (Al-Haqq), La Lumière (Al-Nùr), Le Premier (Al-Awwal), Le Dernier (Al-Akhir), Le Roi (Al-Malek), Le Clément (Al-Halim), ce que précisément Jésus avait déjà affirmé être : Le Saint (Mc 1.24 ; Lc 1.35), La Résurrection (Jn 11.25-26), La Paix (Mi 5.4 ; Ép 2.14), La Vérité (Jn 14.6), La Lumière (Jn 8.12), Le Premier et le Dernier (Ap 2.8 ; Is 44.6 et 48.12), Le Roi (Mt 25.34,40 ; 27.11,37 ; Lc 19.38 ; Jn 18.37 ; 1 Tm 6.15 ; Ap 15.3), Doux et humble de cœur (Mt 11.29) ?

— 21 Dieu a préparé le peuple juif à accueillir Son incarnation par des apparitions (Gn 18.1-15 ; Dn 3.49…). Ainsi apparaît-Il à Abraham en trois personnes (Gn 18) ; à Jacob, dans un corps à corps, précisément (Gn 32.29-31) ; à Moïse, en un buisson en feu qui ne se consumait pas (Ex 3.2+), image de l’union des deux natures du Christ ; etc. Aussi, pourquoi nier que Jésus puisse être l’Image du Dieu invisible (Col 1.15), qu’avait déjà vu Moïse (Nb 12.8) ?

— 22 Puisque Dieu a déjà habité le Temple de Jérusalem (Is 6.1 ; 2 Ch 7.1), pourquoi n’aurait-Il pas pu habiter le corps de la Vierge ? Aurait-il pu y avoir un plus beau temple pour Lui ? La nature humaine n’a-t-elle pas été créée dans la forme la plus parfaite (95.4), en sorte que l’Incarnation de la Divinité est espérée par le Coran lui-même (43.81) ?

— 23 Les musulmans refusent de croire que Jésus a deux natures, la nature divine et la nature humaine, parce qu’au lieu de les penser simplement différentes, ils les imaginent contraires, antagonistes. Or, la nature humaine ayant été créée par la Nature divine ne peut pas avoir été créée antagoniste à celle-ci, sans quoi Dieu Se serait opposé à Lui-même en la créant. Pourquoi Dieu a-t-Il créé, sinon pour que Sa gloire demeurât dans Sa création ? Aussi, en sortant de Lui-même pour S’incarner en ce qui n’est pas Lui, Dieu reste le même en ce qu’Il a créé. N’est-ce pas là tout le sens du Temple, contenant la Présence de Dieu, et de la beauté incomparable de la Vierge Marie ?

— 24 Les musulmans veulent croire qu’en confessant l’engendrement du Fils de Dieu nous abaisserions Dieu à l’acte d’une génération charnelle (39.4). Ainsi se croient-ils justifiés de repousser la foi en la divinité de Jésus. Il faut donc leur expliquer que de même que lorsque l’esprit formule une pensée, il y a bien génération de la pensée, de même n’est-il pas absurde de comprendre que Dieu, qui est Esprit, puisse engendrer une Pensée, la Pensée de Lui-même, qui est un autre Lui-même, Dieu comme Lui, le Fils de Dieu (Jn 1.1). Les chrétiens professent chaque dimanche : Il est Dieu né de Dieu, Lumière née de la Lumière. La personne du Fils de Dieu ne commence pas à exister lorsqu’Il S’incarne : Avant qu’Abraham existât, Je suis. (Jn 8.58). En S’incarnant grâce à la foi et à l’amour de la Vierge Marie, Il ne reçoit d’Elle que la nature humaine, non pas la nature divine, qu’Il ne pouvait pas ne pas avoir. Il naît temporellement d’une mère, sans père, comme Il naît éternellement d’un Père, sans Mère. Comment un médiateur pourrait-Il ne pas participer des deux termes qu’il unit ?

— 25 Puisque les musulmans sont déjà capables de croire que Dieu a parlé par l’humanité des Prophètes (2.87,213), pourquoi ne pourraient-ils pas croire que Dieu ait voulu conduire Sa Révélation à sa perfection définitive en nous parlant non plus par l’humanité d’emprunt des prophètes, marquée par le péché, mais par la Sienne propre, reçue de la Vierge Marie ?

— 26 La venue du Christ a été annoncée par les Écritures hébraïques. Par exemple, Gn 49.10 annonce qu’à la venue du Christ la tribu de Judas n’aura plus le commandement, et, de fait, lors de la naissance de Jésus, l’Empereur Auguste avait destitué la dynastie hasmonéenne au profit d’Hérode 1er ; Mi 5.4 annonce que la naissance du Messie aura lieu durant un temps de paix, et, de fait, Jésus est né durant la période de paix de vingt-cinq ans que connut le règne d’Auguste ; Dn 2.39-45 annonce que la venue du Messie se produira lors du quatrième royaume après Nabuchodonosor, et Dn 9 que ce sera soixante-dix semaines d’années à partir du temps du prophète Daniel… C’est ainsi que Jésus pourra proclamer : Les temps sont accomplis ! (Mc 1.15). Dieu a encore donné d’autres signes pour aider à reconnaître Son Messie (Gn 3.15 ; 49.8,10 ; Nb 21.9 ; 24.17 ; Dt 7.13 ; 18.15 ; 2 Sm 7.12-16 ; Ps 2.8 ; 24.7 ; 85.10-14 ; 89.27-30 ; 132.11 ; 144.5 ; Is 4.2 ; 7.14 ; 9.5 ; 19.20 ; 25.8 ; 45.8 ; 53.1-12 ; 62.5 ; 63.19 ; Ct 4.7 ; Jr 23.6 ; 31.31 ; Ba 3.36-38 ; Ez 34.10-11 ; Dn 7.14 ; 2.44 ; So 3.14,17 ; Jl 3.1 ; Mi 5.1-4 ; Za 2.14 ; 9.9 ; Ml 4.5 ; Lc 1.68-79 ; Jn 6.14 ; Ac 7.34, 52…), disant ouvertement qu’Il sera Dieu (Is 7.14 ; 9.6 ; Jr 23.5-6) selon le mystère même de la Sainte Trinité (Voir H 1). A qui d’autre qu’à la Sainte Trinité fait référence la triple répétition dans la chahada vétéro-testamentaire : Ecoute Israël, le Seigneur notre Dieu, est le Dieu unique (Dt 6.4 ; Mc 12.29) ?

— 27 La venue de Jésus n’avait pas seulement été annoncée chez les Juifs (Lc 3.15 ; 7.19) mais le monde non-juif témoigne lui aussi de l’attente d’un Dominateur du monde venant de Judée. Ainsi de Tacite (Historiae), ou de Virgile annonçant qu’un enfant nouveau-né apportera l’âge d’or sous le règne de l’Empereur Auguste (Prophétie de la Sybille de Cumes, 4e Églogue des Bucoliques). Attente universelle portée encore par la vénération de la Virgini Pariturae, la Vierge qui doit enfanter, comme ce fut le cas en France par exemple à Longpont, Chartres, Nogent-sous-Coucy… Les astrologues babyloniens eux-mêmes n’avaient-ils pas calculé avec précision la venue du Messie (Mt 2.1-12) ?

— 28 A la différence des fondateurs de religion, Jésus présente le mystère de Sa propre personne comme objet et centre de Sa prédication (Jn 8.24,28,58 ; 13.19). Étant la seule personne à n’avoir pas eu besoin de rédemption, Il a librement pris sur Lui le péché de chacun afin de nous en décharger et procurer ainsi à l’humanité le salut éternel : Qui est-il celui-là qui va jusqu’à remettre les péchés ? (Lc 7.49). La prétention à pardonner les péchés (Mc 2.1-12 ; Lc 7.48-49 ; Mt 9.1-7), œuvre proprement divine (Is 43.25 ; Lc 5.20 ; 7.48), a valu à Jésus d’être condamné à mort pour blasphème (Jn 10.33). Quel intérêt Jésus aurait-Il eu à mentir en Se disant Dieu ? A-t-Il cherché le pouvoir pour la possession duquel les Césars se déclaraient eux-mêmes d’origine divine ? Si la prétention à la divinité devait Lui amener le pouvoir, pourquoi l’a-t-Il toujours fui (Jn 6.15) ? Pourquoi a-t-Il préféré la Croix (Mt 17.22 ; 20.18 ; 26.2) et invité chacun à la porter pour régner par le service (Mc 9.35) ? Si Jésus avait menti, comment expliquer la qualité hautement morale de Son enseignement, reconnue même par ses ennemis ? Et si Jésus n’a pas menti en Se disant Dieu, mais qu’Il ait été simplement fou, comment expliquer tout le bien fait en Son Nom ?

— 29 Au jeune homme riche Le saluant ainsi : Bon Maître, que dois-je faire pour avoir en héritage la vie éternelle ?, Jésus répondit : Pourquoi M’appelles-tu bon ? Il n’y a de bon que Dieu seul (Mc 10.17-18). Ce texte est souvent utilisé par les musulmans pour tenter de prouver que Jésus Lui-même aurait refusé d’être reconnu Dieu. Or, dans cet échange Jésus ne dit pas qu’Il n’est pas Dieu… mais place son interlocuteur devant ce dilemme : soit renier ce qu’il vient de dire de la Bonté de Jésus, en reconnaissant que si Dieu seul est bon, et si Jésus n’est pas Dieu, alors Jésus n’est pas bon… soit continuer à reconnaître que Jésus est bon, et alors, Dieu seul étant bon, confesser que Jésus est Dieu… N’est-ce pas ce que Jésus attendait ?  

— 30 Le terme hébreu de Messie qui se traduit en grec par Christ signifie Oint, du verbe oindre, en raison de l’onction d’huile qui consacrait prêtres et rois en Israël. Pour accomplir sa mission (Jg 9.18 ; 1 S 9.16 ; 10.1-10 ; 16.10), l’élu était investi de l’Esprit du Seigneur par l’onction (Is 61.1). Chaque roi jouissait ainsi de la protection et des bénédictions divines, et par lui Dieu prenait soin de son peuple. Mais devant les insuffisances, les échecs et les péchés des différents messies, les Prophètes orientèrent peu à peu l’espérance d’Israël vers un Messie à venir, capable de donner enfin le salut et la prospérité tant désirés (Ac 10.43). Cette attente (Jn 4.29) portait pour certains sur la restauration temporelle d’Israël, et pour d’autres sur l’instauration du Royaume même de Dieu. Le Messie est alors présenté sous la figure d’un Fils d’homme, kvar ènosh (Dn 7.13), expression araméenne n’ayant rien à voir avec l’hébreu ben Adam, fils d’Adam, qui désigne tout simplement un être humain mortel, tels les Prophètes (Éz 2 ; Dn 8.17). C’est parce que l’expression en Dn 7.13 désigne un être mystérieux venant sur les nuées, que Jésus Se désigne par cette figure apocalyptique. Elle Lui permet d’éviter que soit donnée à sa mission, d’ordre spirituel, une interprétation d’ordre politico-religieux. Ce nom codé de Dn 7.13 était d’autant plus pertinent pour les Juifs qu’il annonçait la venue d’un Prince Messie, un messie supprimé (Dn 9.24), en écho aux prophéties du Serviteur souffrant (Is 49.1-7 ; 50.6-7 ; 52.13-15 ; 53.1-12 ; Dn 9.26 ; Jon 2.1 ; Za 12.10 ; 13.1) apportant le Salut non pas seulement à Israël, mais au monde entier (Is 2.3-4 ; 11.10 ; 42.6 ; 45.22 ; 49.1,5-7 ; 51.4-5 ; 56.3-7 ; 60.3-9 ; 62.2,11 ; 65.1 ; 66.1,18-23 ; Jr 4.1-2 ; 12.16 ; Am 9.7 ; So 3.9 ; Mi 4.1-3 ; Ml 1.11 ; Ps 22.28-29 ; Ps 71 ; Ps 96 ; Ps 98.4-9 ; Ps 102.23). Les choses n’étaient pas très claires jusqu’à ce que la sainteté, l’autorité et la puissance de Jésus amènent ses contemporains à se demander : N’est-il pas le Messie ? (cf. Mt 12.23 ; Jn 4.29 ; 7.26,42 ; 10.24)… Pour déjouer les attentes d’une espérance toute terrestre (Jn 6.15 ; Mt 22.41), Jésus recommande de ne pas dire qu’Il est le Messie (Mt 16.20 ; Lc 4.41) jusqu’à ce que Lui-même le confesse lors de son procès religieux dans une perspective toute transcendante (Mt 26.63), ce qui entraînera sa condamnation à mort. Ce n’est qu’après Sa résurrection que ses disciples comprendront que le salut consiste en tout autre chose que la gloire terrestre. En effet, selon les Écritures : Ne fallait-il pas que le Christ souffrît toutes ces choses pour entrer dans Sa gloire ? en sorte que le repentir et la rémission des péchés soient prêchés en Son Nom à toutes les nations, à commencer par Jérusalem (Lc 24.26 ; 24.46) ? Aussi, lorsque les chrétiens ajoutent au nom de Jésus le terme Christ, ils affirment leur foi que Jésus de Nazareth EST le Christ, le Messie, promis par l’espérance d’Israël (Ac 5.31 ; 17.3), le Sauveur du monde (Jn 4.29,42 ; 1 Jn 4.14 ; Ac 5.31). Pourquoi le Coran dit-il de Jésus, et de Lui seul, qu’il est Le Messie ?

— 31 Le nom de Jésus, Yéshou’a en hébreu et Yasou’a pour les Arabes chrétiens, qui signifie YHWH sauve, est changé dans le Coran en Issa (Voir N 19), qui ne veut rien dire, parce que l’islam, en vrai antichrist (18.4-5 ; 1 Jn 2.21-22), ne veut pas du Sauveur Jésus, et s’il garde à Jésus le titre de Messie (3.45 ; 4.171-172 ; 5.72,75 ; 9.31), mais le vide de signification (voir N 20). Les musulmans ont beau inventer toutes sortes de significations au mot Messie, ils ne peuvent cacher que, ce faisant, ils falsifient les données de la Révélation hébréo-chrétienne, aussi vrai que le sens du mot Messie est déjà donné par les juifs et les chrétiens, eux qui ont en commun les mêmes prophéties à Son sujet. Or, le témoignage de deux témoins suffit… C’est pourquoi, venant après le judaïsme et le christianisme et s’opposant de surcroît si fortement à eux, l’islam ne peut jouir d’aucune crédibilité. Le mot Messie est conservé dans le Coran à la seule fin d’en détourner la gloire pour la mettre au service de Mahomet, dont Jésus aurait été le prophète (61.6). Ce procédé de dépersonnalisation, typique de la magie, est utilisé pour d’autres personnages bibliques mis pareillement dans le Coran au service de l’islam (voir I 7). Pour s’affirmer comme sauveur, l’islam ne devait-il pas nier le Salut donné par Jésus (Ac 4.12), en effaçant jusqu’à la signification de Son Nom ?

— 32 Du commencement à la fin de l’Évangile (Jn 8.25), Jésus a affirmé, sans équivoque possible, qu’à la différence de tous les autres hommes, Il n’avait pas une origine humaine : Vous, vous êtes d’en bas ; Moi, Je suis d’En-Haut ; vous, vous êtes de ce monde, Moi, Je ne suis pas de ce monde (Jn 8.23). Qu’y a-t-il d’impossible à ce que Dieu aime sa Création jusqu’à descendre du Ciel pour l’épouser, comme l’humanité l’a toujours désiré, et comme Il l’avait annoncé (Ex 3.4-10 ; 2 Ch 6.18 ; Is 30.20 ; 35.4 ; 54.5-7 ; 62.4-5 ; 63.19 ; Jr 14.8-9 ; Ba 3.38 ; Ez 34.11 ; Os 2.21-22 ; Ps 18 (17).10 ; Sg 1.1 ; Mi 1.3 ; Za 2.9,14-15 ; Jb 9.32-33) ?

— 33 Jésus a revendiqué le Nom divin révélé à Moïse, JE SUIS (Ex 3.14) : Lorsque vous aurez élevé le Fils de l’homme, alors vous connaîtrez que JE SUIS (Jn 8.28)[4] ; En vérité, en vérité, Je vous le dis, avant qu’Abraham existât, JE SUIS (Jn 8.58) ; Je vous le dis dès maintenant, avant que la chose n’arrive, afin que, lorsqu’elle arrivera, vous reconnaissiez que JE SUIS (Jn 13.19) ; Si vous ne croyez pas que JE SUIS, vous mourrez dans vos péchés (Jn 8.24). Le salut implique donc, d’après le Christ, la reconnaissance de Sa divinité. Et de fait, si Jésus n’était qu’un homme, Il ne pourrait pas nous sauver. C’est pourquoi les chrétiens ne mettent pas leur foi en un homme, comme les musulmans le font avec Mahomet, mais en Dieu fait homme. Jésus a si bien affirmé Sa divinité que les Juifs voulurent Le lapider à cause de cela même : Ce n’est pas pour une bonne œuvre que nous te lapidons, mais pour un blasphème : parce que toi, qui n’es qu’un homme, tu te fais Dieu ! (Jn 5.18 ; 10.33 ; 19.7). Imagine-t-on quelqu’un accepter sa condamnation à mort sur la base d’une mauvaise interprétation qu’un mot de sa part suffirait à dissiper ?[5]

— 34 Pour justifier leur refus de croire à la divinité de Jésus, certains font valoir que Jésus n’aurait jamais dit : Je suis Dieu. Et lorsqu’on leur cite Jn 10.33 où les Juifs accusent précisément Jésus de Se faire Dieu, ils répondent que Jésus ne Se prétendait pas Dieu puisque aussitôt après Il argumente en citant l’Écriture qui nomme les Juifs fils de Dieu, de sorte que cette appellation ne saurait signifier la relation singulière que les chrétiens attribuent à Jésus. A cela il faut répondre que pour faire passer les Juifs de l’incrédulité à la foi en Sa divinité, Jésus S’est servi de la médiation de l’Écriture, qui ne peut être récusée (Jn 10.35), comme d’un palier entre la négation de la filiation divine de Jésus et son affirmation. Comment désigner en effet une réalité unique en son genre, comme l’est le mystère du Christ, sinon en usant d’un vocabulaire analogique ? C’est pourquoi Jésus parlait en paraboles (Mt 13.10-17). Ce que ne veulent pas comprendre ici les musulmans est que dans la relation à Dieu, comme en toute relation, la totalité du chemin ne peut pas être parcourue que par un seul, et que dans sa relation à Dieu l’homme doit faire sa part, laquelle est la Foi, lui permettant d’aller au-delà de ce qu’il voit. Pourquoi Jésus devrait-Il dire : Je suis Dieu, adorez-Moi ! ? Si un fou venait le leur dire, le croiraient-ils ? Pourquoi dès lors devraient-ils croire Jésus s’Il le leur disait ? Est-ce à l’homme d’imposer à Dieu la façon dont Il doit Se révéler ? En vérité, seul un cœur humble et reconnaissant peut reconnaître Dieu, tandis que l’orgueilleux n’aura jamais assez de preuves (Mc 8.11-12)… De plus, Jésus n’a pas dit qu’Il n’était pas Dieu, en sorte que les musulmans ne peuvent Le citer pour nier qu’Il Le soit… Par contre, Jésus a appelé Dieu Son propre Père (Jn 3.16,18), Se déclarant Le Fils unique de Dieu (Jn 8.19 ; Mt 11.27) en fonction de qui seul s’opère le salut : Celui qui croit au Fils a la vie éternelle ; celui qui ne croit pas au Fils ne verra pas la vie, mais la Colère de Dieu demeure sur lui (Jn 3.36). Jésus a toujours témoigné avoir une relation incomparable avec Dieu : Je monte vers Mon Père et votre Père, Mon Dieu et votre Dieu. (Jn 20.17 ; cf. Jn 5.22-23 ; 10.33-36 ; Mt 11.25-27 ; 12.39-41 ; 21.37 ; 24.36 ; 25.31 ; Lc 20.9-16). Il revendiquait si bien une relation particulière avec Lui qu’Il récusa aux Juifs le droit d’appeler Dieu leur Père (Jn 8.41) ! Comment expliquer que l’appellation fils de Dieu ne choquait pas les Juifs (Ex 4.22 ; Dt 14.1 ; 2 Sm 7.14 ; Os 2.1 ; 11.1), mais les fâchait si Jésus Se l’attribuait, sinon, précisément, parce que Jésus Se l’attribuait non au sens figuré mais au sens propre ? Les Juifs cherchaient avec encore plus d’ardeur à Le faire mourir, parce que, non content de violer le sabbat, Il disait encore que Dieu était Son Père, Se faisant égal à Dieu (Jn 5.18 ; cf. 8.59 ; 10.33). Pour sceller le destin de Jésus, le Grand Prêtre ne posa qu’une seule question : Es-tu le Christ, le Fils du Béni ? (Mc 14.61). C’est dire si le titre de Fils de Dieu ne s’entendait pas pour lui de façon ordinaire ! Et lorsque Jésus expiera leurs péchés sur la Croix, ils diront à Son sujet : Il S’est confié en Dieu ; si Dieu L’aime, qu’Il Le délivre maintenant ; car Il a dit : Je suis Fils de Dieu (Mt 27.42-43). À l’inverse donc de ce que veulent croire les musulmans, les Juifs ne doutaient pas de la prétention de Jésus à se dire Dieu : Nous avons une Loi et d’après notre Loi, Il doit mourir, parce qu’Il S’est fait Fils de Dieu (Jn 19.7). L’attitude des musulmans n’est-elle pas semblable à celle des Juifs incrédules ? A eux aussi, Jésus dit : Vous Me voyez, mais vous ne croyez pas (Jn 6.36). Pourquoi ? Parce que vous n’êtes pas de mes brebis. Mes brebis entendent Ma voix ; Je les connais, et elles Me suivent. Je leur donne la vie éternelle. (Jn 10.26-28 ; 6.40). L’islam n’est pas le premier à nier la divinité de Jésus : la plupart des Juifs du temps de Jésus ont fait la même chose, et beaucoup à leur suite se sont pareillement damnés : Pourquoi ne reconnaissez-vous pas Mon langage ? Parce que vous ne pouvez entendre Ma parole. Le père dont vous êtes issus, c’est le diable (Jn 8.43-44 ; 3.18 ; cf. Coran 5.18 ; 10.33). Les musulmans voudraient croire et faire croire qu’ils aiment Jésus-Christ, mais puisqu’en ne gardant pas Sa parole ils montrent qu’ils ne croient pas en Lui, n’est-il pas évident qu’ils mentent (1 Jn 2.3-6) ?

— 35 Outre qu’il appartient à Dieu de Se révéler comme Il l’entend et non comme les hommes le voudraient, Jésus a clairement affirmé Sa nature et filiation divines à plusieurs reprises. Par exemple : Dieu n’a pas envoyé le Fils dans le monde pour juger le monde, mais pour que le monde soit sauvé par Lui. Celui qui croit en Lui n’est pas jugé ; mais celui qui ne croit pas est déjà jugé, parce qu’il n’a pas cru au Nom du Fils unique de Dieu (Jn 3.17-18). Apprenant que Lazare était malade, Jésus dit : Cette maladie ne va pas à la mort, mais elle est pour la gloire de Dieu, afin que Le Fils de Dieu soit glorifié par elle (Jn 11.4). Avant sa Passion, Il prie ainsi : Et maintenant, Père, glorifiez-Moi auprès de Vous, de la Gloire que J’avais auprès de Vous avant que le monde fût (Jn 17.5). Ou encore, aux Juifs qui voulaient Le lapider, Jésus dit : “J’ai fait devant vous beaucoup de bonnes œuvres venant de Mon Père : pour laquelle voulez-vous Me lapider ?” Les Juifs Lui répondirent : “Ce n’est pas pour une bonne œuvre que nous te lapidons, mais pour un blasphème ! parce que toi, qui n’es qu’un homme, tu te fais Dieu !”. Jésus leur répondit : “Comment pouvez-vous dire à Celui que le Père a envoyé dans le monde : ‘Tu blasphèmes !’, parce que J’ai dit : Je suis le Fils de Dieu ? Si Je ne fais pas les œuvres de Mon Père, ne Me croyez pas. Mais si Je les fais, lors même que vous ne voudriez pas Me croire, croyez à Mes œuvres, ainsi reconnaîtrez-vous que le Père est en Moi et que Je suis dans le Père” (Jn 10.31-38 ; Quelques autres témoignages scripturaires relatifs à la divinité de Jésus : Mt 14.33 ; 16.15-20 ; 17.24-27 ; 26.63-64 ; Lc 10.22 ; 22.70 ; Jn 1.1,14 ; 7.37-38 ; 9.35-38 ; 14.6 ; 16.15 ; 18.36-37 ; 20.22-23,28-30…). Jésus sait qu’Il est le Fils de Dieu et Dieu même (Jn 8.14), aussi acquiesce-t-Il quand on Lui rend ce témoignage (Mt 14.33 ; Mc 1.24 ; Jn 20.29). Ce qu’Il veut, n’est-ce pas que les hommes L’aiment et L’adorent librement, sous l’inspiration de l’Esprit Saint (Jn 15.26 ; 16.8-15) ?

— 36 Pour guider, avec quelque chance de succès, la pensée de ses contemporains vers la reconnaissance libre et personnelle de Sa divinité, Jésus Se devait de citer l’Ancien Testament (Mt 12.41-42). Ainsi, lorsqu’Il annonce qu’Il jugera les vivants et les morts (Mt 25.31-46), pour un Juif de l’époque, cela signifiait clairement que Jésus S’identifiait à Dieu. Jésus accomplira bien des actions et prononcera bien des paroles qui, pour la culture de l’Ancien Testament, Le présentaient à l’évidence comme Dieu. Par exemple lorsqu’Il rappela à ses interlocuteurs incrédules le psaume 110(109), Jésus a montré que le Messie est aussi Dieu, car aucun homme n’est supérieur au roi, or le roi David confesse que le Messie est son Seigneur : Comment les scribes peuvent-ils dire que le Christ est fils de David puisque David, par l’Esprit-Saint, dit : Le Seigneur a dit à mon Seigneur : Asseyez-vous à Ma droite jusqu’à ce que Je fasse de vos ennemis l’escabeau de vos pieds ? Si David lui-même l’appelle Seigneur, comment peut-il être son fils ? (Mc 12.35-37). Lorsque les musulmans confessent que Jésus est le Messie, quelle leçon en tirent-ils ?

— 37 Lorsque Jésus a justifié ses disciples de transgresser la Loi aux yeux de Pharisiens en affirmant que Le Fils de l’homme est maître du sabbat (Lc 6.5), ne S’est-Il pas placé Lui-même au-dessus de la Loi, et donc au rang de Dieu ? Déclarer n’être pas assujetti au paiement de l’impôt du Temple parce que les impôts sont acquittés non par les enfants des rois mais par les étrangers, n’est-ce pas confesser être d’une autre nature que le commun des mortels (Mt 17.22-27) ? Et lorsqu’Il dit : Tout M’a été remis par Mon Père, et nul ne connaît le Fils sinon le Père, comme nul ne connaît le Père sinon le Fils, et celui à qui le Fils veut Le révéler (Mt 11.27), ne Se désigne-t-il pas de nature divine ?

— 38 Si notre Évangile est encore voilé, c’est pour ceux qui se perdent qu’il reste voilé, pour ces incrédules dont le dieu de ce siècle a aveuglé l’intelligence (2 Co 4.3-4). Ce verset vise en particulier les musulmans, puisque, malgré le témoignage que Lui rendent les Écritures (Dt. 18.15 ; Is 26.19 ; 35.4-7 ; 42.1-4 ; 49.1-6 ; 50.4-9 ; 52.13-15 ; 53.1-12 ; Za 12.10 ; 13.1)[6], et Ses miracles, hier (Mt 11.2-6 ; Jn 3.2 ; 5.36 ; 11.25-26 ; 1 Jn 3.18) comme aujourd’hui, ils ne voient pas (Mt 13.15) briller en Jésus la plénitude de la Divinité (Col 2.9). Ils ne veulent pas de la délicatesse de Dieu Se révélant comme l’humble aurore d’un jour nouveau, le sourire d’un nouveau-né, qui attend d’être accueilli et aimé (Ap 3.20). A l’instar des Juifs préférant Barabbas à Jésus, ils préfèrent Allah et sa brutalité : Quant à ceux qui n’ont pas cru, je les châtierai d’un dur châtiment, ici-bas et dans l’au-delà ! (3.56). Pourtant, le fait que les incrédules ne soient pas spécialement châtiés ici-bas, n’est-ce pas une preuve de plus qu’Allah ment ?

 — 39 La raison humaine a non seulement le pouvoir de démontrer avec certitude l’existence d’un Dieu personnel mais encore de prouver victorieusement par les signes divins les fondements de la foi chrétienne elle-même, d’exprimer exactement la loi que le Créateur a inscrite dans l’âme humaine et enfin de parvenir à une certaine intelligence des mystères, qui nous est très fructueuse (Pie XII, Humani Generis, n°22). Ainsi, au sujet de Jésus, l’union de la crédibilité rationnelle et de la foi s’enracine dans des signes : signes intérieurs à la conscience (satisfactions des plus nobles aspirations de l’humanité et paix profonde que le monde ne peut pas donner) et signes extérieurs (miracles, prophéties, sublimité de la doctrine du Christ et fécondité de l’Église). Pour rendre compte de la conscience qu’avait Jésus de Sa divinité, quel témoignage peut être plus éloquent que celui de la guérison et de l’absolution du paralytique, que Jésus a données comme preuves de Sa divinité (Lc 5.17-26) ? Quel plus grand signe de la vérité du Christ et de l’amour de Dieu peut-être reçu ici-bas que celui du réconfort donné avec l’absolution des péchés ?

— 40 Puisque sous l’instigation de Satan, l’homme a voulu se faire Dieu, pour faire contrepoids au péché, le réparer et sauver sa créature, Dieu S’est fait homme ! Il est important de se rappeler qu’il n’y a pas de temps pour Dieu et que tout ce qui allait survenir dans le cours du temps Lui était présent au moment de la Création, en sorte que Dieu a créé l’homme en fonction de son rachat à venir. Ce rachat allait être possible en vertu de la parenté qui lie l’image au modèle : si le modèle se réfléchit en son image et si l’homme est créé à l’image de Dieu (Gn 1.27), qu’y a-t-il a priori d’impossible à ce que Jésus, l’Image éternelle de Dieu (2 Co 4.4 ; Col 1.15), assume la nature humaine, pour qu’aussi librement qu’il a été créé, l’homme soit appelé à la vie éternelle ?

— 41 Parce que le péché avait été commis par l’homme, il fallait que l’homme réparât. Or, la révolte de l’homme contre Dieu étant d’une infinie gravité, l’homme, de par sa nature finie, et de plus corrompue par le péché, était incapable d’offrir une compensation à la mesure de l’outrage. Dieu seul pouvait réparer cette faute. Il fallut donc que Dieu Se fît homme. C’est ainsi que Dieu décida de révéler Sa miséricorde, de manifester Son cœur de Père et Sa responsabilité de Créateur : Il envoya Sa Parole assumer notre humanité. Dieu ne pouvait regarder Son œuvre partir à la dérive et Se croiser les bras ! Il conçut le dessein de la sauver, d’aller la chercher aussi bas qu’elle était tombée. Que l’on songe à la situation de l’humanité au sortir du Paradis terrestre, aux temps préhistoriques où les hommes vivaient presque comme des bêtes, et l’on comprendra que Dieu ne pouvait que progressivement relever l’humanité jusqu’à incarner la sainteté du Christ : il eût été vain de leur demander, par exemple, d’aimer leurs ennemis (Mt 5.44).[7] Après l’alliance avec Adam et Ève (Gn 3.15), avec Caïn (Gn 4.15), Dieu fit alliance avec Noé (Gn 6.18), avec Abraham (Gn 15.1), avec Moïse (Ex 19) à qui Il donna la loi du talion œil pour œil, dent pour dent (Ex 21.24), qui nous paraît aujourd’hui barbare, mais qui représentait à l’époque un grand progrès : elle limitait la vengeance. Tout n’était plus possible ! Il y avait une loi… Dans ce contexte, parce que le trésor de la promesse dont était porteur le peuple juif devait être protégé des contaminations idolâtriques venant du contact avec des peuples encore soumis au pouvoir du Démon (cf. 2 Ch 36.14-16), Dieu voua ces peuples environnant à l’anathème en raison de leurs péchés (Dt 18.12 ; Voir L 102 ; U 25-26). Dieu prépara ainsi le salut qui allait être donné aussi gratuitement que cette vie d’ici-bas dans la Nouvelle et Éternelle Alliance (Jr 31.31 ; Is 4.2 ; 11.1-10 ; 55.3 ; Ez 36.25-27 ; Ml 3.1), que scella le Verbe incarné au prix de Son sacrifice volontaire (Lc 22.19-20). Désormais, cette vie d’ici-bas ne nous est plus donnée que pour que nous la vivions dans la communion au Christ mort et ressuscité (Ga 2.20) et échappions ainsi à la Justice révélée par l’Ancienne Alliance. En attendant le Jugement Dernier, Dieu veut que nous méritions notre salut en étant miséricordieux comme Il est miséricordieux (Mt 5.7 ; Lc 10.37). Est-ce que tout ne se résoud pas dans la Mort et la Résurrection du Fils de Dieu (Jn 1.29) ?

— 42 Certes, Dieu est le Très-Haut, absolument transcendant, sans rien de commun avec ce que nous sommes par nous-mêmes. Mais peut-on dire que Sa grandeur ne peut s’abaisser jusqu’à notre misérable bassesse, lorsqu’en Dieu grandeur et petitesse s’identifient en Son unité ?[8] C’est la raison pour laquelle rien n’est petit dans l’amour… Si les savants découvrent chaque jour davantage aussi bien les grandeurs démesurées de l’infiniment grand que les profondeurs insoupçonnées de l’infiniment petit, qui ira dire que Dieu cesse d’être infini en S’incarnant ?

— 43 La pensée musulmane qui entend affirmer l’absolue transcendance divine sans commune mesure avec notre humaine finitude, devrait cependant reconnaître que les chrétiens ne la nient pas lorsqu’ils affirment l’Incarnation de Dieu, car celle-ci n’implique pour eux aucune modification, aliénation ou altération de la Substance divine. En Jésus-Christ, Dieu ne S’est pas mué en un être humain, n’est pas devenu un mélange de nature mi-humaine mi-divine. Avec saint Thomas d’Aquin (Somme Théologique, III, Q.19, a.1) nous pouvons considérer qu’un instrument a une double action : celle qu’il tient de sa forme propre, et celle qu’il reçoit de l’agent qui l’utilise. Ainsi le ciseau par sa forme coupe, et, utilisé par le sculpteur, produit une statue. L’opération qu’une chose possède par sa forme lui est propre, mais peut devenir celle de l’agent qui l’utilise pour sa propre opération. Faire une statue n’est pas pour le ciseau une opération séparée de celle du sculpteur ; chacun d’eux agit en communion avec l’autre : le ciseau participe de l’opération du sculpteur tandis que le sculpteur utilise l’opération du ciseau. De même, chez le Christ, Sa nature divine et Sa nature humaine ont chacune une forme propre qui est principe d’opération. La nature humaine possède une opération distincte de l’opération divine, et de même pour la nature divine qui se sert de l’opération de la nature humaine à la manière dont l’artisan utilise l’opération de son instrument. La nature humaine participe alors à l’opération de la nature divine. La nature divine et la nature humaine accomplissent ce qui leur est propre en communion l’une avec l’autre, étant entendu que dans le Christ la nature humaine n’est pas séparée de la personne du Verbe comme l’est le ciseau du sculpteur, mais lui est unie, comme la main est unie à l’âme. Le Verbe opère ce qui appartient au Verbe, et la chair exécute ce qui est propre à la chair, et ainsi la main du Christ touche un malade, tandis que Sa puissance divine le guérit. Il y a deux opérations distinctes relevant des deux natures dont la seule personne du Christ est l’auteur. Dire qu’il n’y aurait chez le Christ qu’une seule opération attribuable à la fois à la divinité et à l’humanité serait nier que la nature humaine a une forme et vertu propres. Il s’ensuivrait qu’il n’y aurait chez le Christ que l’opération divine, ou que la vertu divine et la vertu humaine se fondraient en une seule. Or, ces deux hypothèses sont inadmissibles, car dans le premier cas la nature humaine du Christ serait imparfaite, et dans le second cas les deux natures feraient de Jésus un monstre, mélange de Dieu et d’homme, qui ne serait donc ni l’un ni l’autre, en sorte que Jésus n’aurait pas assumé une vraie nature humaine et n’aurait donc pas pu nous sauver. La vérité est qu’il y a dans le même Seigneur Jésus-Christ deux opérations naturelles, sans division, sans changement, sans confusion, sans séparation : l’opération divine ET (Voir W13) l’opération humaine. Une image traditionnelle des deux natures du Christ unies en Son unique personne divine est celle du fer en fusion : le métal et le feu sont si unis qu’ils se communiquent leurs propriétés : le métal perd sa couleur, devient malléable et brûle, tandis que le feu prend la forme du métal. De la même façon, Dieu, qui est un feu dévorant (Ex 3.2 ; Dt 4.24 ; Is 33.14 ; He 12.29), a aimé la nature humaine jusqu’à l’assumer pour la purifier et diviniser. A l’instar du fer transformé en feu, pourquoi l’homme ne pourrait-il pas devenir participant de la nature divine (2 P 1.4) ?

— 44 Les musulmans ne veulent pas être chrétiens parce que le Coran leur enseigne que la foi en la divinité de Jésus est le plus grand des péchés (4.48). Or, puisque déjà au seul plan humain, Jésus est un maître de sagesse incomparablement supérieur à Mahomet, le seul fait qu’ils préfèrent ce dernier, ne suffit-il pas à les condamner (3.55) ? Même Napoléon en est convenu : Le plus grand miracle du Christ a été de fonder le royaume de la charité : Lui seul a été jusqu’à élever le cœur de l’homme à des hauteurs inimaginables, à l’annulation du temps ; Lui seul, créant cette immolation, a établi un lien entre le Ciel et la terre. Tous ceux qui croient en Lui, ressentent cet amour extraordinaire, supérieur, surnaturel ; phénomène inexpliqué et impossible à la raison. […] Je connais les hommes et je vous dis que Jésus n’était pas [qu’] un homme. Les esprits superficiels voient une ressemblance entre le Christ et les fondateurs d’empires, les conquérants et les dieux des autres religions. Cette similitude n’existe pas : entre le christianisme et les autres religions, il y a la distance de l’infini. Tout du Christ m’étonne ; Son esprit me dépasse et Sa volonté me confond. Entre Lui et quoi que ce soit au monde, il n’y a pas de terme possible de comparaison. […] Dans toute autre existence que celle du Christ, que d’imperfections, que de vicissitudes ! Quel est le caractère qui ne fléchisse abattu par certains obstacles ? Quel est l’individu qui ne soit modifié par les événements ou par les lieux, et qui ne transige avec les mœurs et les passions, avec quelque nécessité qui le surmonte ? Je défie de citer aucune existence semblable à celle du Christ, exempte de la moindre altération de ce genre, qui soit pure de toutes ces souillures et de ces vicissitudes. […] Qu’Il parle ou qu’Il agisse, Jésus est lumineux, immuable, impassible. Le sublime, dit-on, est un trait de la divinité. […] Jésus ne pactise pas davantage avec les autres faiblesses humaines. Les sens, ces tyrans de l’homme, sont traités par Lui en esclaves faits pour obéir et non pour commander. Les vices sont l’objet de Sa haine implacable. Il en parle en maître à la nature humaine dégradée, en maître courroucé qui exige une expiation. Sa parole, tout austère qu’elle est, s’insinue dans l’âme comme un air subtil et pur ; la conscience en est pénétrée et silencieusement persuadée. […] Ceux qui examinent les Évangiles ne trouvent rien à critiquer dans Sa vie. Si le titre d’imposteur s’accole facilement au nom de Mahomet, il répugne tellement avec celui du Christ, que je ne crois pas qu’aucun ennemi du christianisme ait jamais osé l’en flétrir ! Et cependant il n’y a pas de milieu : le Christ est un imposteur ou Il est Dieu. […] Il n’y a pas de Dieu dans le Ciel, si un homme a pu concevoir et exécuter, avec plein succès, le dessein gigantesque de dérober pour lui le culte suprême, en usurpant le nom de Dieu. […] Il bâtit Son culte de ses mains, non avec des pierres mais avec des hommes. On s’extasie devant les conquêtes d’Alexandre ! Eh bien, voici un conquérant qui confisque à son profit, qui unit, qui incorpore à Lui-même, non pas une nation, mais l’espèce humaine. Quel miracle ! L’âme humaine avec toutes ses facultés devient une annexe de l’existence du Christ. Et comment ? Par un prodige qui surpasse tout prodige. Il veut l’amour des hommes, c’est-à-dire ce qui est le plus difficile à obtenir : ce qu’un sage demande vainement à quelques amis, une épouse à son époux, un frère à son frère, en un mot le cœur : c’est là ce qu’Il veut pour Lui, Il l’exige absolument, et Il y réussit tout de suite. J’en conclus Sa divinité. (Napoléon Bonaparte, Conversations sur le Christianisme, Le Rocher, 2014, p.51-53) Une autre raison qu’avait Napoléon de glorifier Jésus-Christ, n’était-elle pas, sur le tard de sa vie et dans la retraite forcée de son exil, à l’instar de saint Paul et de tant de grands pécheurs repentis, la gratitude pour sa propre conversion ?

— 45 Noël, fête de la naissance de Jésus, ou bien de Mithra, ou bien encore du solstice d’hiver ? Pâques, fête de la résurrection de Jésus, ou bien de l’équinoxe de printemps ? Autant de prétendus arguments, parmi d’autres du même tonneau, pour nier l’historicité et l’originalité du christianisme. La correspondance de la Révélation chrétienne avec des mythes païens est présentée comme preuve du caractère idolâtre du christianisme[9], alors qu’elle est une preuve de la justesse de la réponse apportée par Jésus à l’attente universelle d’un Sauveur[10] promis à l’aube de l’humanité (Gn 3.15), dont toutes les cultures et civilisations ont gardé le souvenir. L’Église sait lire dans les paganismes la Tradition Primordiale révélée à Adam et Ève, et elle a la joie de leur en annoncer l’accomplissement ! Quel meilleur jour pour la naissance de Celui qui est la Lumière venant dissiper les ténèbres de ce monde actuel et mauvais (Jn 8.12 ; Ga 1.4), que celui de l’équinoxe d’hiver ? Aussi le pape Libère imposa-t-il en 354 la date du 25 décembre comme date anniversaire de la naissance du Christ[11], même si ce faisant il évacuait celle de la naissance de Mithra et de Sol Invictus (Soleil invaincu). Et qui peut dire que Jésus n’est pas réellement né le 25 décembre ? Il y a cette différence entre le Christ et les autres hommes que ceux-ci naissent soumis à la nécessité du temps, et que le Christ, comme Seigneur et Créateur de tous les temps, a choisi la date à laquelle Il naîtrait, ainsi que Sa mère et le lieu de Sa naissance. Et parce que ce qui vient de Dieu est parfaitement ordonné et merveilleusement disposé, il s’ensuit que le Christ naîtrait au moment le mieux choisi. (St Thomas d’Aquin, ST, III, Q 35, a.8). Quoi d’étonnant à ce que les événements de la Rédemption coïncident avec des événements cosmiques si le Rédempteur est aussi le Créateur ?

— 46 Le mystère du Christ se décline en quatre affirmations, aussi unies entre elles que les quatre directions de la Croix sont accordées à jamais dans le Cœur du Crucifié :

a)     Jésus est vrai Dieu. Les prophéties, Son enseignement, Sa sainteté, Ses miracles le montrent ;

b)     Jésus est vrai homme. L’Histoire en témoigne : c’est ainsi qu’Il est apparu à tous ceux qui L’ont connu. Les musulmans n’en doutent pas ;

c)     La nature divine et la nature humaine sont en Lui ni confondues ni séparées, mais distinctes et unies (Voir G 23 ; 43). Tantôt Jésus S’exprime selon Sa nature divine et tantôt selon Sa nature humaine. Si l’on ne sait pas cela, alors on ne peut rien comprendre à la lecture de l’Évangile, car on ne saurait jamais comprendre qu’un Dieu puisse avoir faim, dormir, mourir ou dire : J’ignore la date de la fin du monde (cf. Mc 13.32), ni qu’un homme puisse ressusciter les morts, marcher sur l’eau, dire Tes péchés sont remis (Mc 2.1-12 ; Lc 5.17 ; 7.49) ou Se ressusciter (Jn 10.17-18) ;

d)    Ces deux natures appartiennent non à une personne humaine, mais à une Personne divine, la deuxième Personne de la Sainte Trinité, faite chair. En sorte que c’est le même Je qui peut dire à la fois : Je suis Dieu et Je suis homme.

Pourrait-il y avoir plus parfait médiateur entre Dieu et l’humanité ?

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[1] Les traductions musulmanes en français du Coran ne manquent pas de traduire ici par un prophète, une parole, une vérité…
[2] Ces hadiths ont pour degré d’authenticité celui de mutawatir, c’est-à-dire le plus haut qui soit.
[3] Miracle dont n’a point bénéficié Mahomet, réputé pourtant le dernier et le sceau des Prophètes (33.40)…
[4] Attention, il arrive que des traducteurs ajoutent le Messie après JE SUIS, tel le chanoine Crampon dans la Bible qui porte son nom, tandis que d’autres pensent devoir paraphraser encore autrement.
[5] Certains qui certes ne sont pas musulmans, avancent que Jésus, en revendiquant le Nom divin, n’aurait rien fait d’autre que revendiquer faire partie de Dieu, comme nous ferions tous partie de Dieu. Or, une telle conception est totalement étrangère à la foi hébraïque pour laquelle Dieu est absolument transcendant, totalement étranger à ce monde, lequel n’est que son œuvre, et non pas Dieu, comme le croit le panthéisme extrême-oriental du New-Age.
[6] Pourquoi ne pas citer aussi Les Testaments des Douze Patriarches (retrouvés dans les grottes de Qumran et rédigés en araméen entre 200 et 174 av. J-C), dont voici un extrait : Après cela, se lèvera pour vous le Seigneur Lui-même, lumière de justice, la guérison et la compassion seront dans ses ailes. C’est Lui qui délivrera de la captivité de Béliar les fils des hommes et tout esprit d’égarement sera foulé aux pieds ; et il convertira toutes les nations pour qu’elles le servent avec zèle. Et vous verrez Dieu sous la forme d’un homme qu’aura choisi le Seigneur dans Jérusalem, à cause de son Nom. (Testament de Zabulon 9.8) ; [Vous serez dans la dispersion] jusqu’à ce que le Très-Haut visite la terre et vienne Lui-même et qu’il écrase la tête du dragon sur l’eau. C’est Lui qui sauvera Israël et toutes les nations, Dieu parlant par l’intermédiaire d’un homme. (Testament d’Aser 7.3) ; Alors, un signe sera glorifié, car le Seigneur Dieu, le Grand d’Israël, paraissant sur terre, viendra comme un homme et sauvera par lui le genre humain… Car Dieu a pris un corps et, mangeant avec les hommes, il a sauvé les hommes. (Testament de Siméon 6. 5,7)…
[7] Deux mille ans après la venue du Christ, c’est encore si difficile pour la plupart… Il faut répondre à ceux qui nient la Bonté de Dieu au motif des massacres commandés par Lui au peuple juif, que cette attitude s’inscrit dans la mentalité d’alors (voir A 26 ; E 12).
[8] Si seulement ceux qui se plaisent à crier Allah est le plus grand ! comprenaient que cela n’a pas de sens, tant la création nous montre que Dieu est aussi grand que petit…
[9] Par exemple encore, la relation de Jésus et de Marie est souvent présentée comme la reprise de celle de la déesse égyptienne Isis et de son fils Horus… Or, contrairement à ce que veulent croire les calomniateurs de la foi chrétienne, Horus n’est pas né d’une vierge, sa naissance n’a pas été annoncée par des anges, il n’est pas né dans une grotte, et il n’avait pas non plus douze disciples…
[10] A cet égard est stupéfiante la révélation aztèque de Quetzalcoatl, le Serpent à plumes (ayant donc, comme le Christ, deux natures…), qui, changé en homme blanc, porterait une grande croix, et dirait : Vous observerez ce signe. Cet Arbre est la Vérité et la Vie. La branche centrale unit le Ciel et la terre. Un de ses bras est l’amour et l’autre est la douleur..
[11] Certains se font un devoir de dénigrer la fête de Noël au motif qu’elle ne serait que la christianisation des Saturnales. Or, les Saturnales étaient célébrées le 17 décembre, puis, sous l’empire romain, du 17 au 23 décembre et ce jusqu’en 380 ap. J.-C., année où le christianisme devint religion d’État à la place du paganisme. Si donc Noël n’avait été placé le 25 décembre que dans le but d’inciter les païens à abandonner les Saturnales au profit de la Nativité du Christ, le Christ aurait dû naître du 17 au 23 décembre… Quant à ceux qui veulent n’y voir que la reprise de la fête de la naissance du Soleil Invaincu (Dies Natalis Solis Invicti), il faut leur rappeler que cette fête fut créée par l’empereur Aurélien en 274 ap. J.-C.… Certes, nous n’avons pas retrouvé de trace écrite de la célébration de Natalis Dies (Noël) avant l’an 336, mais cela ne signifie pas pour autant que Noël n’était pas célébré auparavant. Rappelons encore qu’en 221 l’historien chrétien Sixte Jules l’Africain dans ses Chronographiai nous apprend que les catholiques célébraient déjà l’Annonciation le 25 mars. Le fait que selon l’Évangile de saint Luc, au moment de la Nativité, les bergers vivaient aux pâturages ne désigne pas le printemps pour autant, car le climat à Bethléem en hiver est chaud et tempéré, avec un minimum de +7e en hiver, et permet donc de vivre dehors, à l’abri de quelque étable de circonstance. Les contradicteurs de cette date ne peuvent donc pas prouver que Jésus n’est pas né un 25 décembre… De plus, selon le savant israélien Shermanyahu Talmon ayant retrouvé le calendrier liturgique de la secte de Qumran, il apparait que la famille d’Abias à laquelle appartenait le prêtre et père de saint Jean Baptiste (Lc 1.5), devait accomplir son service aussi du 24 au 30 septembre. Ce n’est donc pas sans raison que les “six mois” annoncés par l’ange à la Vierge Marie coïncident avec la fête liturgique du 25 mars, trois mois avant la naissance du Baptiste le 24 juin, et neuf mois avant le 25 décembre…