N.B. : Les chiffres placés entre parenthèses (…) désignent une citation coranique, dont le premier chiffre, suivi d’un point, indique le numéro de la sourate, et le suivant, celui du verset (ex. 62.14). Lorsque le premier chiffre est précédé d’une abréviation lexicale, la citation est tirée de la Bible (ex. Jn 3.12), et lorsqu’il est précédé d’un seule lettre majuscule, il indique un article d’un des vingt six chapitres de cette série “Réponses aux musulmans” (ex. L 11).

— 1 Pour l’islam, croire que Dieu est Trinité (cf. 4.171 ; 5.116 ; 37.152 ; 112.3) est le seul péché qui ne peut être pardonné (4.48,116). Ne voulant pas croire que le dogme de la Trinité (Un seul Dieu en trois Personnes qui, tout en étant distinctes, sont chacune le même et unique Dieu qu’elles sont ensemble) a été divinement révélé, les musulmans avancent souvent qu’il aurait été imposé à la foi de l’Église par l’empereur Constantin au cours du concile de Nicée en 325. Du fait de ce dogme, la pure foi monothéiste aurait été pervertie par le polythéisme de l’Empire romain. Mais si la révélation du mystère de la Sainte Trinité est présente dans la Bible, aussi bien dans l’Ancien que dans le Nouveau Testament, depuis le livre de la Genèse jusqu’à celui de l’Apocalypse (Gn 1.1-3 [dès les premiers mots, Dieu Se manifeste et parle comme Parole et Esprit, tantôt à la première personne du singulier et tantôt à la première personne du pluriel] ; Gn 1.26,27 ; 3.5,22 ; 11.7 ; 18.1-15 [Abraham reçoit le Seigneur et accueille trois hôtes à qui il s’adresse tantôt au singulier et tantôt au pluriel !] ; Ps 2.7 ; Ps 32.6 ; Ps 110 ; Si 24 ; Pr 8 ; Is 6 [Saint ! Saint ! Saint ! Le Seigneur !] ; Is 48.16 ; Lc 1.35 ; Mt. 3.16 ; 17.1-10 ; 28.18 ; Jn 14.23-26 ; 19.30 ; Ac 2.5 ; Rm 8.11 ; 11.36 ; 1 Co 12.4-6 ; 2 Co. 13.13 ; Ga 4.6 ; 1 Jn 5.7 ; Ap 1.4 [Il est, Il était et Il vient] ; 22.1), n’est-ce pas que le concile de Nicée n’a pas inventé le dogme de la Sainte Trinité ?

— 2 Puisque pour les musulmans, Allah est inconnaissable  (2.255 ; 6.50,103 ; 7.188 ; 11.31 ; 20.110 ; 27.65 ; 72.26), comment peuvent-ils dire que Dieu est ou n’est pas Trinité ?

— 3 Il est très facile de se faire une idée de ce qu’est l’islam en faisant tout simplement attention à ce que dit le Coran. Par exemple : les chrétiens disent : “Le Messie est fils de Dieu !” […] Qu’Allah les anéantisse ! (9.30), ou encore au sujet de ceux qui ne veulent pas se convertir à l’islam : Qu’Allah les extermine ! (63.4). Qui parle ici ? Qui dit : Qu’Allah les extermine ! ? Allah peut-il parler de lui-même comme d’un autre ? Si Allah n’est que un, comment peut-il se dédoubler ? Le fait qu’Allah se dédouble pour parler de lui-même comme d’un autre, montre qu’il est capable de réflexivité, de relation avec lui-même. Or, reconnaître qu’Allah est relation avec lui-même, c’est reconnaître le fondement nécessaire à la confession de la nature trinitaire de Dieu. Si en effet Dieu est relation avec Lui-même, Il L’est de Lui-même et en Lui-même, c’est-à-dire qu’Il est Trinité. Cette phrase : Qu’Allah les extermine ! devrait donc, paradoxalement, mais logiquement, conduire les musulmans à abandonner l’islam, puisque l’islam nie que Dieu soit Relation, Trinité (4.171 ; 5.73). C’est ainsi que le mensonge ne peut se passer totalement de la vérité, et que Dieu Se sert même du Coran pour dénoncer l’islam ! De plus, comment penser qu’Allah soit le vrai Dieu puisque, de fait, en dépit de tous les efforts faits par les musulmans pour cela, il n’extermine toujours pas les chrétiens dont il dit pourtant vouloir l’extermination ? Ou bien Allah n’est pas sincère, ou bien il est impuissant, mais dans les deux cas, ne montre-t-il pas qu’il n’est pas le vrai Dieu, qui, Lui, n’est ni impuissant ni menteur ? Cette locution : Qu’Allah les extermine !, ne désigne-elle pas Allah comme le Démon, qui se caractérise précisément par la haine du Christ (Jn 8.42-44 ; Mt 10.25) ?

— 4 Si les musulmans reconnaissaient qu’en égrenant sur leur chapelet les 99 noms d’Allah[1], ils n’entendent pas, pour affirmer ainsi la multiplicité de ses attributs, nier l’unité de l’Essence divine, ne leur serait-il pas alors facile d’admettre que les chrétiens puissent connaître trois Personnes distinctes et consubstantielles à l’Essence divine ?

— 5 Le dogme trinitaire, que les musulmans assimilent au polythéisme des nombreuses triades divines (Odin, Thor et Freya pour les Vikings ; Amon, Ra et Ptah pour les Égyptiens ; Brama, Vishnu et Shiva pour les hindous ; Bouddha, Dharma et Sanga pour les bouddhistes ; Jupiter, Mars et Quirinus pour les Romains ; Bel, Éa et Anu pour les Babyloniens ; le dieu gaulois aux trois têtes, Cernunnos…) confesse un seul Dieu, et non trois dieux comme ces triades ! La Cabale hébraïque du livre Iétzira est basée sur la Trinité en reconnaissant en Dieu trois Splendeurs, ou Séphiroth (L’Infini, la Sagesse et la Prudence), qui se confondent dans la Splendeur suprême pour ne constituer avec elle qu’une Essence (Paul Drach, La Cabale des Hébreux, Via Romana, 2017, p.126), tandis qu’au livre du Zohar, on lit : Il y a deux auxquels s’unit un et ils sont trois ; et étant trois, ils ne sont qu’un. (Idem, IIIe, col. 307), et que le cerveau de l’Ancien des jours est formé de trois parties (Idra Rabba Kadisha, Zohar, III, 127b–145a)… Le christianisme, par l’originalité de son monothéisme trinitaire, se situe au point de rencontre entre la révélation de l’unicité de Dieu, propre au judaïsme, et l’intuition du polythéisme professant la diversité divine. Le christianisme conduit chacun de ces systèmes religieux à la plénitude de la Vérité qu’ils ont imparfaitement entrevue. Grâce au dogme de la Sainte Trinité, chacun de ces systèmes religieux voit reconnu ce qu’il contient de vrai, tout en étant corrigé et conduit à la vérité tout entière (Jn 16.13). Dieu aurait-Il pu faire à l’humanité en quête d’unité métaphysique et religieuse un don plus parfait que le christianisme ?
— 6 Savoir que Dieu existe n’est pas si difficile ; nous l’avons montré (voir B 1) : Il est l’être qui existe par Lui-même[2]. Sans cesser de considérer que Dieu est l’être absolument immuable, mais parce qu’Il ne dépend que de Lui-même pour exister, par analogie avec l’être créé, qui, lui, est en devenir, disons que Dieu S’engendre éternellement Lui-même. C’est pourquoi il est possible de dire qu’Il est son propre Père, mais en un sens absolu, c’est-à-dire qu’Il est Père de Lui-même et en Lui-même. S’il n’est donc pas contraire à la raison d’admettre que Dieu soit Père (Ml 1.6), en un sens absolu, il faut alors admettre que Dieu soit aussi nécessairement Fils, car il n’y a pas de père sans fils ![3] Et en effet, si Dieu est cet Être qui S’engendre éternellement Lui-même, on peut bien distinguer en Lui l’Être qui engendre et Celui qui est engendré… c’est Le même, mais il y a en Lui comme la place pour les deux termes du mouvement par lequel Il advient éternellement à Lui-même. On peut donc accepter de distinguer en Dieu l’Engendrant et l’Engendré, le Père et le Fils, ensemble un seul et même Dieu. La production par mon intelligence d’une pensée avec laquelle elle ne s’identifie pas ne remet pas en question son unicité, au contraire, elle la prouve ! Notre intellect ne cesse pas d’être un avec son acte de penser et l’espèce en laquelle il se pense. A fortiori, est-il possible d’accepter de penser que la procession des personnes en Dieu ne nie pas l’unicité de la nature divine. Dieu a un Fils comme l’intelligence engendre une pensée (Sg 7.22-30). Dieu pourrait-Il être dépourvu de conscience alors qu’Il nous en a donné une ? Si Dieu ne Se connaissait pas Lui-même, Il ne connaîtrait rien, et ne serait donc pas Dieu. Dieu Se pense Lui-même. La Pensée par laquelle Dieu Se connaît Lui est si parfaitement semblable qu’Elle est un même être avec Lui, de même nature que Lui, et est appelée Fils, parce que le Fils révèle le Père (Jn 12.45 ; 14.9), comme la pensée révèle l’intelligence. Dans la connaissance que Dieu a de Lui-même, le sujet connaissant et l’objet connu s’identifient, et en Se connaissant Lui-même, Dieu connaît aussi toute chose. Son Être est pure transparence à Lui-même, lumière (1 Jn 1.5 ; Jn 8.12), en qui tout est connu. La pensée que Dieu a de Lui-même est elle-même Dieu. Le Fils est la Pensée par laquelle Dieu Se connaît comme Père de Lui-même. Le Fils est le Verbe du Père, la Parole de Dieu. Dieu Se connaît donc en Se disant par un Verbe éternel qui, tout en Se distinguant de Lui comme Sa Pensée, ne fait cependant qu’Un avec Lui (Jn 10.30). Comme la rosée naît de l’aurore, Je T’ai engendré. (Ps 109.3b), éternel engendrement signifié encore par ce verset : Tu es prêtre à jamais selon l’ordre de Melchisédek. Aristote savait déjà que dans ce qui est séparé de la matière, le pensant et le pensé sont identiques (De l’âme, Livre III, 430a3-4, in saint Thomas d’Aquin, Somme contre les Gentils, II, 82). C’est parce que Jésus est le Verbe de Dieu, qui, en Dieu, dit Dieu, que seul Jésus peut nous révéler le Mystère de Dieu (Mt 11.27 ; Jn 7.29 ; 8.19).[4] Si Allah ne peut imaginer la génération spirituelle et éternelle du Fils de Dieu (39.4), le Coran n’a-t-il pas cependant gardé trace de la Révélation chrétienne en confessant que Jésus est la Parole de Dieu (3.39,45 ; 4.171 ; 6.73) ?

— 7 Entre le Père et le Fils, il n’y a pas rien, il y a l’Amour par Lequel le Père engendre le Fils et par Lequel le Fils renvoie au Père Son image. Le Saint-Esprit est la relation qui unit l’Engendrant et l’Engendré, l’Engendrement, « la Personne Amour », qui permet au Père et au Fils de Se distinguer et d’être unis. Seul l’amour unit. Dieu est un parce qu’Il est Amour. Comment Dieu pourrait-Il ne pas S’aimer Lui-même ?

— 8 Dieu existant par Lui-même, rien n’est en Lui à l’état de potentialité : Il est Acte pur. Or tout acte est constitué de deux termes et de leur relation ; par exemple : celui qui donne, celui qui reçoit et le don qui les unit. En tant qu’Il est Acte pur d’exister, comment Dieu ne serait-Il pas nécessairement trinitaire ?

— 9 La distinction des notions de nature et de personne est essentielle pour entrer aussi bien dans le mystère de la Sainte Trinité (une nature et trois personnes) que dans celui de Jésus-Christ (une personne et deux natures). Parce qu’il n’y a pas de nature humaine sans personne humaine, ni de personne humaine sans nature humaine, il est possible de considérer que l’affirmation de la nature divine ne soit pas niée par l’affirmation de la trinité de ses personnes, dans la mesure où ce qui chez nous n’est pas puisse être chez Dieu, à savoir l’identité entre nature et personne. Si déjà pour nous, nature et personne sont absolument indissociables, pourquoi nier qu’elles puissent non pas seulement être indissociables en Dieu, mais s’identifier, tout en restant distinctes ? En effet, en Dieu, chaque personne est l’essence divine elle-même. Dès lors, que l’islam légitime son existence par le refus du dogme de la Sainte Trinité peut-il raisonnablement se justifier ?

— 10 Puisque déjà les musulmans croient qu’Allah parle aux hommes, comment pourraient-ils ne pas reconnaître qu’en parlant, Dieu Se révèle aussi nécessairement Lui-même ? Et si Dieu Se révèle, c’est qu’Il est Relation. Or Dieu n’est pas moins Dieu lorsqu’Il Se révèle que lorsqu’Il ne Se révèle pas. Si Dieu est relation, alors on peut comprendre qu’Il soit l’Être qui Se donne (le Père), Celui qui Se reçoit (le Fils) et Celui qui, donné et reçu, est le Don en personne (le Saint-Esprit). Pourquoi Dieu Se révèle-t-il en nous adressant la Parole, sinon pour que nous entrions dans le jeu des relations trinitaires : Dieu a envoyé dans vos cœurs l’Esprit de son Fils, qui crie : Abba ! Père ! (Ga 4.6) ; Que tous soient un ! Comme Toi, Père, Tu es en Moi et Moi en Toi, qu’eux aussi soient en Nous (Jn 17.21). Que ce soit dans l’Ancien Testament : Dieu d’Abraham, Dieu d’Isaac et Dieu de Jacob (Ex 3.15), ou dans le Nouveau : Baptisez-les au Nom [singulier] du Père et du Fils et du Saint-Esprit (Mt 28.19), le Nom de Dieu ne nous dit-il pas que Dieu est Relation ?

— 11 Voilà, en quelques mots esquissés, pourquoi le mystère de la trinité des personnes en Dieu n’est pas absurde. Mais reconnaître que pour n’être pas absurde ce mystère est encore réel, excède les possibilités de la raison, et c’est ici qu’apparaît la nécessité de la foi. La foi donne à l’intelligence créée d’accueillir des vérités qui sont hors d’atteinte de ses capacités naturelles. Au-delà, mais non pas en contradiction avec les exigences de rationalité inhérentes à son fonctionnement. Si les chrétiens disaient qu’ils croient en un Dieu et en trois dieux ce serait effectivement contradictoire et donc irrecevable, mais ils ne disent pas cela. La foi chrétienne affirme un seul Dieu en trois Personnes dont chacune est Dieu tout en étant distincte des autres. N’est pas non plus affirmé qu’il y a en Dieu une nature et trois natures, ou une personne et trois personnes. Ce qui serait, en soi, contradictoire. Non, nous confessons une seule nature et trois personnes. C’est incompréhensible mais ce n’est pas contradictoire, et c’est pourquoi nous pouvons accepter cette révélation du Mystère divin. Est-ce finalement étonnant que Dieu ne révèle pas aux prétendus sages et savants Ses mystères (Mt 11.25) ?

— 12 Si Dieu ne nous aimait pas, nous aurait-Il créés ? S’Il nous aime, n’est-Il pas Amour ? En donnant sa vie pour nous pécheurs, sur une Croix, pouvait-Il mieux nous montrer jusqu’où va son Amour ? Son Cœur transpercé a laissé couler du sang et de l’eau, comme pour nous dire que même après sa mort Il ne cessait pas de nous aimer, de nous laver de nos fautes, et de nous donner la vie, Sa vie ! Pourrait-on trouver plus belle révélation ? Comment une telle révélation pourrait-elle ne pas bouleverser totalement nos vies et les transformer elles-mêmes en réponses d’amour à Son amour ?! Dieu ne nous a pas créés pour autre chose que pour que nous Le connaissions et L’aimions, comme Il Se connaît et S’aime Lui-même et qu’ainsi nous partagions Sa vie intérieure et spirituelle, bienheureuse et éternelle, que nous nous réjouissions éternellement avec Lui, en Lui et de Lui ! Quelle plus belle destinée pourrait avoir notre existence ?

— 13 Voici un exposé parfait de la foi de l’Église au sujet de la Trinité :

La sainte Église romaine, établie par la parole de notre Seigneur et Sauveur, croit fermement, professe et enseigne un seul vrai Dieu, tout-puissant, immuable et éternel, Père, Fils et Saint-Esprit, un dans son essence, trine dans ses personnes : le Père inengendré, le Fils engendré du Père, le Saint-Esprit procédant du Père et du Fils. Le Père n’est ni le Fils ni le Saint-Esprit ; le Fils n’est ni le Père ni le Saint-Esprit ; le Saint-Esprit n’est ni le Père ni le Fils. Mais le Père n’est que le Père ; le Fils que le Fils ; le Saint-Esprit que le Saint Esprit. Seul le Père a engendré le Fils de sa substance ; seul le Fils est engendré du Père ; seul le Saint-Esprit procède du Père et du Fils. Ces trois Personnes sont un seul Dieu et non trois dieux. 

Les trois ont une substance, une essence, une nature, une divinité, une immensité, une éternité et tout est un [en eux], là où l’opposition constituée par les relations le permet. À cause de cette unité, le Père est tout entier dans le Fils, tout entier dans le Saint-Esprit ; le Fils est tout entier dans le Père, tout entier dans le Saint-Esprit ; le Saint-Esprit tout entier dans le Père, tout entier dans le Fils. Aucun ne précède l’autre en éternité, ne dépasse l’autre en grandeur, ne surpasse l’autre en puissance. De toute éternité et sans commencement, le Fils a son origine du Père ; de toute éternité et sans commencement, le Saint-Esprit procède du Père et du Fils. 

Tout ce qu’est ou a le Père, il ne l’a pas d’un autre, il est principe sans principe. Tout ce qu’est ou a le Fils, il l’a du Père, il est principe du principe. Tout ce qu’est ou a le Saint-Esprit, il l’a à la fois du Père et du Fils. Mais le Père et le Fils ne sont pas deux principes du Saint-Esprit, mais un principe. De même que le Père et le Fils et le Saint-Esprit ne sont pas trois principes, mais un principe des créatures. (Bulle Cantate Domino d’Eugène IV, Décret pour les Jacobites, 1442)

Comment ne pas être rempli de gratitude envers Dieu pour S’être ainsi révélé à nous ?

— 14 L’islam a beau rejeter la Trinité pour prétendre affirmer le Tawhid*, l’unicité divine (14.52 ; 23.32), vérité qui remplit déjà la Bible (Mc 12.29 ; 1 Co 8.4 ; 1 Tm 1.17…), d’où vient que le Coran ne peut s’empêcher de glorifier la Trinité : Nous avons donné à Jésus, fils de Marie, des preuves évidentes, fortifié par l’Esprit de sainteté. (2.253) ; Ô Jésus, rappelle-toi […] quand Je Te fortifiais du Saint-Esprit. (5.110) ? Allah se décrit lui-même comme trinité en se comparant à une lampe de verre dont l’huile provient d’un arbre béni (24.35). Puisqu’Allah (la lampe) doit trouver en dehors de lui-même (l’arbre béni) ce dont il a besoin (l’huile) pour produire la lumière, il n’est donc ni autosuffisant ni la lumière. Allah peut-il être alors le vrai Dieu ? Et ne condamne-t-il pas l’interdiction de l’usage des images (voir H 14), puisque lui-même les utilise ? Pourquoi presque chaque sourate commence-t-elle par trois noms de lettres mystérieuses (voir L 9) et continue-t-elle par cette formule trinitaire : Au nom d’Allah, le Clément et le Miséricordieux, que les musulmans ont l’habitude de répéter ? Et pourquoi invoquent-ils Allah en disant : Allah-houma (Allah-Eux) ?

— 15 Si c’est bien le Dieu Trinitaire qui est le vrai Dieu et donc le Créateur du monde, alors, aussi vrai que le potier laisse ses empreintes sur le pot de terre qu’il façonne, et que chacun de nous imprime sa marque dans son agir, il doit certainement être possible de retrouver les traces du Dieu Trinitaire dans la Création. Dieu a créé l’homme pour l’immortalité et l’a fait à l’image de Sa propre nature (Sg 2.23), aussi l’a-t-Il créé homme et femme, pour qu’ensemble, par l’amour, ils ne fassent qu’un, et que un fasse trois. Par leur amour, qui prend le visage de leur enfant, l’homme et la femme sont unis tout en restant distincts. Ni le père, ni la mère, ni l’enfant n’existent sans les deux autres. L’homme n’existe qu’en famille, à l’image de Dieu qui est Famille, Trinité. L’homme évolue au sein de relations filiale, fraternelle et paternelle. N’est-ce pas alors le même qui est à la fois fils, frère/époux[5] et père ? Et pourtant, fils, frère/époux et père ne sont pas synonymes. Notre visage est constitué de deux profils semblables et d’une face qui les unit, un seul visage en trois dimensions, comme le Père et le Fils se font face, unis par le même Esprit. De même que la face n’est pas la simple addition des deux profils mais possède sa propre réalité, de même l’Esprit-Saint est une personne divine à part entière, procédant des deux autres personnes divines avec lesquelles Il forme un seul et même Dieu. L’être humain est composé de trois réalités différentes et pourtant indissolublement unies : l’esprit, l’âme et le corps.[6] Le corps est composé de la tête, du tronc et des membres ; les membres supérieurs sont composés de l’avant-bras, du bras et de la main, les membres inférieurs de la cuisse, de la jambe et du pied, et chaque doigt a trois phalanges. L’âme humaine se divise en puissances végétative, sensitive et intellectuelle, tandis que l’esprit a trois facultés : l’intelligence, la mémoire et la volonté, lui permettant de connaître le vrai, le beau et le bien, chacun de ces transcendentaux étant réglé par la mesure, l’espèce et l’ordre. Penser, aimer et faire structurent l’activité de l’homme, dont l’intelligence distingue le fait, l’idée, et le mot, le mot se rapportant à l’idée de façon univoque, équivoque ou analogue ; pour penser en trois temps : l’appréhension, le jugement et le raisonnement. Le raisonnement comprend la thèse, l’antithèse et la synthèse ; et utilise le syllogisme composé de la prémisse majeure, de la prémisse mineure et de la conclusion. La grammaire distingue le mot, la phrase et le paragraphe. La phrase est formée du sujet, du verbe et de l’objet. La structure de la connaissance est : sujet, média, objet. Il n’y a pas de pensée sans apprentissage de la parole, ni donc d’homme sans communauté, à l’image du Dieu unique qui n’existe que dans la trinité de ses personnes (Gn 1.27). La loi naturelle s’exprime en trois tendances fondamentales : se perpétuer, connaître la vérité et vivre en société. Nous inspirons (nous sommes aimés) et nous expirons (nous aimons), c’est ainsi que nous respirons, à l’image du mouvement de l’Esprit-Saint unissant le Père et le Fils (c’est d’ailleurs le même mot en hébreu qui signifie vent et esprit, esprit/respirer). Le flux et le reflux de la marée, l’été et l’hiver, la diastole et la systole de notre cœur, comme l’inspiration et l’expiration de notre souffle, scandent notre existence et, avec la vie qu’ils engendrent, proclament la gloire de la Sainte Trinité, un seul Dieu qui existe en toutes choses par Son essence, Sa présence et Sa puissance. La structure du temps est trinitaire : passé, présent et futur. Tout mouvement implique dynamisme, direction et pesanteur. Tout changement implique pour un même sujet un terme initial, un terme final et sa permanence. Les espèces du changement accidentel de toute substance sont le lieu, la quantité et la qualité. Nous vivons dans un espace à trois dimensions (devant/derrière, haut/bas, droite/gauche) dont la perception est liée aux trois plans perpendiculaires formés entre eux par les trois canaux semi-circulaires de l’oreille interne, tandis que la vision est actualisée dans l’œil par trois images du même objet, dites images de Purkinje. Chacun de nos deux yeux voit parfaitement, et cependant ils ne voient ensemble qu’une seule et même image… deux yeux et une vision qui procède des deux. Les trois ordres de la Création sont la matière, la vie et l’esprit. Sur terre se trouvent les règnes minéral, végétal et animal. Dieu a créé trois sortes d’intelligence : animale, humaine et angélique. La vie se développe en trois éléments : l’eau, la terre et l’air. La chaleur n’est pas la lumière ni la combustion et cependant on ne peut les séparer, elles sont un même feu. Les états de la matière sont au nombre de trois : gazeux, liquide et solide. Trois métaux existent sous forme naturelle, élémentaire et non-combinée : le cuivre, l’argent et l’or. Le carbone, qui est à la base de toute la chimie organique, se présente sous trois formes cristallisées : le graphite, le diamant, et la lonsdaléite. Les composants de l’atome sont : l’électron, le neutron, et le proton. La lampe s’éclaire grâce à la phase (+) qui apporte l’électricité et au neutre (-) qui la reprend. À partir des trois couleurs primaires (bleu, jaune et rouge) on obtient toutes les couleurs. Pas d’épure sans trois figurations : plan, profil et élévation. La circonférence du cercle, symbole d’unité, de totalité, de perfection et donc de la divinité, s’obtient à partir de la connaissance de trois éléments : son centre, son diamètre, et le mystérieux chiffre P. Le triangle équilatéral, dont chaque angle se distingue des autres par sa relation à eux, est un symbole bien connu de la Trinité, comme les deux plateaux et l’aiguille de la balance figurent la Justice. L’Église est formée de trois catégories de fidèles : les prêtres, les religieux et les laïcs, dont chacun d’entre eux, par le baptême, est prêtre, prophète et roi. Elle existe en trois conditions : sur terre, au Purgatoire et au Ciel, auquel on parvient par l’exercice des trois vertus théologales de foi, d’espérance et de charité, suivant les phases purgative, illuminative et unitive de la vie spirituelle* (Nb 19.6 ; 1 Co 13.13), dans la méditation de la Parole de Dieu dont le sens littéral s’interprète de façon symbolique, mystique et anagogique, tandis que la contemplation est nécessairement rectiligne, circulaire ou spirale. On pourrait découvrir ainsi à l’infini la structure trinitaire de tout ce qui existe. Comme le disait Aristote : Le nombre 3 est le nombre de toute réalité, puisqu’il a un commencement, un milieu et une fin (De Coelo, I 2, 268 a 11). Pour terminer ce bref constat, remarquons encore comment la racine des mots hébreux est généralement constituée de trois lettres, en sorte que le tétragramme sacré, le Nom divin révélé à Moïse, יהוה (Ex 3.14), est Lui-même composé de trois lettres différentes, dont la forme et la répartition représentent si étonnamment les Personnes divines et le jeu de leurs relations. Ainsi le ה (hé, /h/) répété entre les deux autres lettres, figure l’inspiration et l’expiration de l’Esprit qui unit le Père, י (yod, /i/), simple point figurant l’Origine de tout, en haut, comme le Père est aux Cieux, et le Fils, ו (waw, /v/), un point descendant d’auprès du Père pour s’incarner.[7] Comme nous y invite l’Ecclésiastique : considère toutes les œuvres du Très-Haut : elles vont deux à deux, l’une en vis-à-vis de l’autre (Si 33.15 ; 42.24-25).[8] Et de fait, la substance de toute créature se répartit en deux parties identiques, de façon symétrique, autour d’un axe invisible… en sorte qu’Amour et Vérité se rencontrent, que justice et paix s’embrassent (Ps 84.11), et que la vie en jaillit ! Des indices ne sont certes pas des preuves, mais lorsqu’ils sont tous convergents et aussi nombreux que ce qu’il y a de créatures, la cause paraît entendue. Dieu n’ayant pu trouver qu’en Lui-même le modèle de ce qu’Il a créé (Sg 2.23), quelle autre signature que la structure trinitaire de la Création, de l’uni-divers, faudrait-il pour identifier son Créateur et la Sainte Trinité ?[9]

— 16 Comme nous l’avons vu (voir D 3-4), seul le Dieu Trinité est capable de rendre compte de l’existence du monde et du monde tel qu’il est, c’est-à-dire incluant de la différence. Parce qu’Il est en Lui-même liberté, mouvement, fécondité, vie, et cela en raison de la différence constitutive de la pluralité de ses Personnes, le Dieu Trinité a en Lui-même de quoi produire quelque chose qui soit différent de Lui. Non seulement le monde est différent de Dieu, mais le monde contient en lui-même de la différence. Le principe de la différence témoigne que Dieu est à la fois le même ET différent. Voilà un mystère vraiment digne de Dieu ! Sans le Mystère de la Sainte Trinité, serait-il possible de comprendre le TOUT ?

— 17 Pour ne pas errer au sujet de la foi en la Trinité, il est nécessaire de garder en mémoire les cinq affirmations suivantes[10].

Il y a en Dieu :

1) Une nature.

2) Deux processions : Celle du Fils à partir du Père (appelée engendrement) et celle de l’Esprit-Saint à partir du Père et du Fils, étant ensemble son unique et même Principe (spiration[11]).

3) Trois Personnes : Le Père, le Fils et l’Esprit-Saint.

4) Quatre relations : Celle du Père vers le Fils ; celle du Fils vers le Père ; celle du Père et du Fils vers le Saint-Esprit ; et celle du Saint-Esprit vers son unique et même Principe : le Père et le Fils.

5) Cinq notions : Que sont les quatre notions que l’on vient d’énoncer : celles de nature, de procession, de personne et de relation, auxquelles on ajoute celle d’innascibilité pour dire que si le Fils a son origine dans le Père, et l’Esprit-Saint la sienne dans le Père et le Fils, le Père, et Lui seul, n’a pas d’origine.

Que pourrait-on ajouter ou retrancher à cette révélation ?

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[1] Le chapelet musulman des 99 (3×33) noms de Dieu est la reprise du chapelet des moines orientaux composé de 33 grains en l’honneur des 33 ans de la vie de Jésus.
[2] Même le Coran ne peut pas ne pas reconnaître cela de Dieu : 2.255,263,267 ; 3.2 ; 20.111.
[3] Ce disant nous ne nous opposons pas à la formule du concile de Trente affirmant que cette réalité n’engendre pas, n’est pas engendrée et ne procède pas, mais c’est le Père qui engendre, le Fils qui est engendré et le Saint- Esprit qui procède, en sorte qu’il y a distinction dans les personnes et unité dans la nature (DS 804), puisque le concile condamne l’engendrement de Dieu hors de Lui-même, par un autre que Lui-même, alors que nous parlons de l’engendrement de Dieu à l’intérieur de Lui-même et par Lui-même. La reproduction des êtres unicellulaires par division de la cellule initiale donne une image de l’auto-engendrement…
[4] Dieu étant immatériel, son existence ne s’impose pas aux sens, pour  autant elle s’impose à la raison (Rm 1.20). De même, la Révélation de Dieu ne s’impose pas à notre raison, parce qu’Il est l’Amour S’offrant à notre amour, et donc à notre liberté, pour autant, la raison n’est pas justifiée de la refuser, car non seulement rien ne s’y oppose raisonnablement, mais tout y porte, c’est pourquoi aussi seront condamnés avec raison ceux qui auront méprisé l’Amour de Dieu (2 Th 2.10).
[5] Le suppôt frère/époux représente les deux spirations de l’Esprit-Saint.
[6] Dans l’Ancienne Alliance, le prêtre et l’homme justifié étaient sanctifiés par trois onctions : Ex 12.7 ; Lv 14.14,17.
[7] Cf. Jean-Marie Mathieu, Le Nom de gloire, Éd. Désiris, 1992 ; P. René Laurentin, La Trinité, Fayard, 1999. Cf. encore les trois clous de la crucifixion de Jésus, par laquelle Il a offert la révélation ultime de Son être…
[8] D’aucuns objecteront qu’il existe une foule d’exemples où la réalité laisse voir une structure non pas trinitaire, mais binaire, ainsi du jour et de la nuit, du haut et du bas, etc. A ceux-là il faut faire remarquer qu’entre les deux termes de chacun de ces exemples se situe toujours un troisième terme qui les relie (le temps pour le premier, l’espace pour le second).
[9] Comme disait Jean Scot Érigène (IXe siècle) : Deus forma omnium summa est, Dieu est la forme suprême de toutes choses. J’ajoute qu’il n’est nul besoin d’imaginer une évolution des espèces pour expliquer la ressemblance structurelle des créatures. Les évolutionnistes sont partis des ressemblances entre elles pour forger la théorie de l’évolutionnisme, selon laquelle les nageoires seraient devenues des pattes palmées, et les pattes palmées des pattes, et ainsi pour tout le reste. Or, l’évolutionnisme est une hypothèse qui n’a jamais été démontrée, la différence des espèces s’y opposant… spécifiquement ! Pour expliquer les ressemblances entre les créatures, il suffit de les rapporter toutes à leur Créateur pour voir se réfléchir en elles toutes l’image trinitaire…
[10] Cf. Jean Daujat, Doctrine et vie chrétienne, Éd. Téqui, 1996, p.157.
[11] Manière propre dont le Saint-Esprit procède du Père et du Fils. Mot dérivé du latin spiratio (souffle).