N.B. : Les chiffres placés entre parenthèses (…) désignent une citation coranique, dont le premier chiffre, suivi d’un point, indique le numéro de la sourate, et le suivant, celui du verset (ex. 62.14). Lorsque le premier chiffre est précédé d’une abréviation lexicale, la citation est tirée de la Bible (ex. Jn 3.12), et lorsqu’il est précédé d’un seule lettre majuscule, il indique un article d’un des vingt six chapitres de cette série “Réponses aux musulmans” (ex. L 11).

— 1 Le judaïsme, le christianisme et l’islam confessent un Dieu unique, mais ils ne sont pas les seuls. On peut mentionner Mithra, divin « Soleil » ; Ahura, le « Vivant », Seigneur suprême de l’ancienne religion mazdéenne ; Asura, dérivé du sanskrit « asu », le souffle, la vie. C’est toi, Ahura Mazda (le Vivant Sage), que j’ai reconnu pour principe primordial, pour Père de l’Esprit bon, source de la vérité, auteur de l’existence, vivant éternellement dans tes œuvres. (Yaçna 31.8, in Émile Burnouf, Le Vase sacré, 1896). Mais aussi le zoroastrisme, le culte d’Aton (1370 av. J.-C.), celui de Zalmoxis (600 av. J.-C.), l’antique théosophie brahmanique pour qui le Tout, l’atman, est l’Un… Les métaphysiciens grecs, tels Anaximandre (500-545) et Anaximène (585-525), affirmaient que la substance qui est au fondement de tout est unique. Xénophane de Colophon (570-475) croyait en « un dieu unique […] qui n’est pas semblable aux mortels, ni par l’apparence ni par la pensée (Fragment DK 21 B 23) ». Zénon d’Élée (490-430), Melissos de Samos (470-430) et Aristote (384-322 av. J.-C.) partaient de l’existence du monde pour affirmer que ce qui existe ne peut pas venir du néant, puisque du néant rien ne peut venir, en sorte qu’existe l’être infini et éternel. Et unique, car s’il ne l’était pas, il serait limité, et donc ni infini ni éternel (cf. Claude Tresmontant, Les métaphysiques principales, François-Xavier de Guibert, 1995). Si l’Un n’existe pas, rien n’existe (Plotin, 203-270, Les Ennéades, Traité 9, (VI 9) chap. 4,25). Car il y a à la fois un seul Univers, composé de toutes les choses, et un seul Dieu immanent à toutes ces choses, et une seule substance, et une seule Loi, une seule raison commune à toutes les créatures intelligentes, et une seule vérité (Marc Aurèle, 121-180, Pensées, livre VII, 9). Spinoza et les Encyclopédistes ont fait le même raisonnement. Chacun peut, en effet, comprendre que, puisque rien ne s’est donné à soi-même l’existence, tout l’a reçu d’un autre, lequel existe donc par lui-même (sinon il ferait lui aussi partie de l’ensemble des êtres qui existent par un autre) et donne à tous d’être. Cet Autre, qui existe par Lui-même et qui donne à tous d’être, on l’appelle Dieu. Le fait qu’aucun être créé n’existe par lui-même témoigne que Dieu existe par Lui-même et donne à tous d’être. Tout ce qui existe rend donc gloire à Dieu, du seul fait qu’il existe sans l’avoir voulu. Quant au caractère unique de Dieu, il se prouve du fait que si Dieu est Dieu, Il est nécessairement parfait, et que donc rien ne Lui manque. Or, s’il y avait, par exemple, deux dieux, ils se distingueraient l’un de l’autre du fait que chacun aurait quelque chose que l’autre n’aurait pas, en sorte que l’on pourrait dire que l’un est Tel parce qu’il a ceci qui le distingue de l’Autre qui, lui, ne l’a pas. Donc aucun n’aurait tout, donc aucun ne serait parfait, donc aucun ne serait Dieu, donc Dieu est nécessairement unique (1 Co 8.4). Saint Paul ne s’est pas trompé en affirmant que les hommes sont inexcusables de ne pas reconnaître l’existence de Dieu (Rm 1.19 ; Sg 13.1-9). Puisque, comme nous venons de le voir, il n’est pas besoin absolument d’une révélation surnaturelle pour affirmer l’existence et l’unicité de Dieu, et que la religion hébréo-chrétienne les affirmait déjà, quelle est la nécessité de l’islam venant affirmer l’unicité de Dieu (14.52) ?

 

— 2 Si, grâce à l’analogie et au principe de causalité, il est possible à chacun de comprendre que Dieu existe et qu’Il est un, cela ne nous dit pas pour autant ce que Dieu est, Dieu n’étant pas contenu dans un même genre avec ses créatures. Parce que le péché originel obscurcit notre intelligence, nous ne parvenons que difficilement à cette connaissance élémentaire (Rm 1.20). Or, comment aimer Celui que nous ne connaissons pas ? Et comment ne pas L’aimer alors que nous Lui devons tout ? Aussi affirmer qu’Allah est un n’est pas suffisant pour partager la vie de Dieu. Saint Jacques avait déjà souligné cette insuffisance : Tu crois qu’il y a un seul Dieu, tu fais bien ; les démons le croient aussi… et ils tremblent ! (Jc 2.19). Reconnaître que Dieu est unique n’est pas la même chose que Le connaître tel qu’Il Se connaît Lui-même. Si par personne d’autre que par Lui-même Dieu peut Se donner à connaître tel qu’Il est en Lui-même, comment Son Verbe ne serait-Il pas Fils et Dieu ?

 

— 3 Pour le Coran, les chrétiens ne croient pas au Dieu unique (2.135 ; 3.70-71 ; 4.116 ; 9.5, 30-32 ; 21.24-26 ; 72.2), et toute la raison d’être de l’islam serait de rappeler l’unicité divine (6.90 ; 7.158 ; 9.31 ; 14.52 ; 21.24 ; 29.51 ; 38.87 ; 54.17 ; 80.11 ; 109.1-6 ; 112.1), comme voudrait en témoigner la profession de foi musulmane : Il n’y a pas d’autre divinité qu’Allah et Mahomet est son envoyé (voir I 19). Or, jamais, ni le judaïsme ni le christianisme n’ont cessé de confesser l’unicité divine ! Leurs Écritures en témoignent : « Tournez-vous vers Moi et vous serez sauvés, vous tous habitants de la terre, car Je suis Dieu et il n’y en a point d’autre (Is 45.22) ; Écoute, Israël, le Seigneur notre Dieu est l’unique Seigneur (Mc 12.29 ; Dt 6.4 ; Ga 3.20 ; 1 Tm 2.5 ; 1.17 ; Jn 5.44 ; 1 Co 8.4…) », ainsi que leur antique profession de foi : Écoute Israël, le Seigneur notre Dieu est le seul Seigneur (Dt 6.4) ; Je crois en un seul Dieu (Credo de Nicée, 325)… Saint Thomas d’Aquin commence la Somme Théologique en affirmant précisément que la simplicité est le premier des attributs divins dont dépend la cohérence des autres attributs et l’intelligence correcte du mystère trinitaire (1a, q.3, a.4). « La sainte Église catholique romaine croit et professe qu’il y a un seul Dieu vrai et vivant, créateur et Seigneur du ciel et de la terre, tout-puissant, éternel, immense, incompréhensible, infini en intelligence, en volonté et en toute perfection ; vu qu’Il est une substance spirituelle unique et singulière, absolument simple et immuable, il faut affirmer qu’Il est distinct du monde en réalité et par essence, qu’Il est parfaitement heureux en Lui-même et par Lui-même et qu’Il est ineffablement élevé au-dessus de tout ce qui est et peut se concevoir en dehors de Lui (Concile Vatican I, can. 1-4) ». Puisque la religion hébréo-chrétienne a toujours affirmé l’unicité divine, la mission de l’islam est-elle d’enfoncer une porte ouverte ? Prêcher le monothéisme lui sert-il à autre chose qu’à prêcher le refus du christianisme ?

 

— 4 Allah a beau valider la prière adressée aux saints (4.1), les musulmans infèrent de ce que les chrétiens prient Jésus, Marie et les saints, qu’ils ne prient pas Dieu seul (ce qui rapproche musulmans et protestants[1]). Or, les catholiques n’ignorent pas la différence entre le Créateur et les créatures, mais croient, d’une part, que la Parole de Dieu, Jésus, ne fait qu’un avec Dieu, et d’autre part que tous ceux qui sont unis au Christ mort et ressuscité, vivent substantiellement de la même vie divine que Lui (Jn 15.1-17 ; 17.21), en sorte que lorsque les saints vont en Paradis, leurs relations ne cessent pas avec leurs frères encore sur terre. Les chrétiens peuvent donc continuer à faire part aux habitants du Ciel de leurs nécessités. A la différence d’Allah, le Dieu chrétien n’est pas un mégalomane exigeant le garde-à-vous, ne souffrant pas que l’on s’adresse à d’autres qu’à Lui, mais Il est un Père qui se réjouit de voir ses enfants partager les dons qu’Il leur a faits. Les prières adressées à Marie et aux Saints n’occultent en rien le fait que tout vient de Dieu, mais disent la Bonté de Dieu nous associant à Sa joie de donner. Autrement dit, Dieu ne Se réserve pas la gloire d’être bon, mais Il veut que nous soyons bons comme Il est bon (Mt 5.48 ; Jn 13.34). Le Dieu de Jésus-Christ n’est pas le Dieu des morts, mais des vivants (Mc 12.27) ; tous en effet sont présents à Son éternité. La foi en la victoire de Jésus sur la mort pourrait-elle s’exprimer d’une façon plus éclatante que dans la Communion des Saints, qu’ils soient encore sur terre ou déjà au Ciel ?

 

— 5 Puisqu’Allah vous met en garde contre lui-même (3.28), peut-on lui faire confiance ? Puisqu’il est divisé en lui-même et contre lui-même, il n’est donc pas un, et donc pas Dieu non plus. Combien de temps va-t-il pouvoir encore se maintenir dans l’esprit de ses adorateurs (Mt 12.25) ?

 

— 6 Refuser toute association avec Dieu, confesser une divinité non-relationnelle, un monothéisme non-trinitaire, comme le veut l’islam, implique un Dieu à la fois inaccessible et indifférent à notre condition humaine, et rend donc la religion sans objet. En effet, Dieu est dans l’immuable perfection et l’homme dans le perpétuel changement, en sorte que s’il n’y avait rien de commun entre le temps et l’éternité, Dieu ne pourrait pas plus s’impliquer dans le temps, que l’homme ne pourrait influencer l’éternité. Il n’y aurait pas de médiation possible entre eux. Quel avenir peut avoir la religion d’une divinité séparée de l’homme par l’abîme infranchissable de leur différence ?

 

— 7 Comment un dieu qui ne connaît pas la différence en lui-même parce qu’il n’est que lui, pourrait-il donner l’être à ce qui n’est pas lui ? Seul le Dieu qui est à la fois le même ET différent, est capable d’engendrer un autre que Lui-même. Or, la foi chrétienne reconnaît que le Père n’est pas le Fils, ni le Saint-Esprit, et que le Fils n’est ni le Père ni le Saint-Esprit, pas plus que le Saint-Esprit n’est le Père ou le Fils, mais que cependant chacun d’eux et tous ensemble sont l’unique et même Dieu… Peut-il y avoir un autre Créateur que le Dieu qui est à la fois le même et différent ?

 

— 8 Les musulmans accusent les chrétiens de ne pas croire qu’en Dieu, du fait qu’ils croient en Sa parole incarnée et en Leur amour donné. Or ils incluent Mahomet dans leur profession de foi au seul Dieu… S’ils affirment qu’ils ne croient cependant pas à Mahomet comme en Allah, pourquoi ne veulent-ils pas croire que les chrétiens croient bien en un seul Dieu ?

 

— 9 Comment les musulmans peuvent-ils professer : J’atteste qu’il n’y a pas de divinité si ce n’est Allah et Mahomet est l’envoyé dAllah (Cf. 4.59,61,64,80 ; 5.111 ; 7.158), puisque ce faisant ils désobéissent à Allah qui commande : N’invoquez personne avec Allah ! (72.18) ?

 

— 10 Si Allah suffit comme témoin (4.79,166), pourquoi a-t-il envoyé Mahomet ?

 

— 11 L’islam assimile la foi en la Sainte Trinité à un polythéisme (9.31), alors même que les chrétiens, depuis deux mille ans, commencent leur Credo par : Je crois en un seul Dieu (Mc 12.32)… Ainsi, le très médiatique anthropologue Malek Chebel n’avait pas honte d’écrire à propos de la Trinité : Le Coran invite fermement à ne point y recourir, le trithéisme étant un associationnisme de fait (Dictionnaire des symboles musulmans, Albin Michel, 2005, p.425). Affirmer que le christianisme est un trithéisme après deux mille ans de foi chrétienne peut-il se faire sans mauvaise foi ? Le péché des chrétiens est même pire que celui d’idolâtrie, puisque Allah pardonne celui-ci (2.51) mais ne pardonne pas celui-là (4.48,116 ; 9.113 ; 3.90). Pourquoi l’islam calomnie-t-il ainsi la foi chrétienne ?

 

— 12 En instituant la polygamie (4.3), non seulement Allah ne rétablit pas la religion originelle (4.1) contrairement à ce qu’il prétend (5.48 ; 6.90 ; 30.30), mais il renie la vérité de l’amour, qui, par définition, est don de soi (Cf. Jn 15.13). Si se donner n’est pas se prêter, le mariage peut-il ne pas être que monogame ?

 

— 13 En vérité, Nous avons proposé le dépôt de la foi aux cieux, à la terre et aux montagnes, mais tous refusèrent d’en assumer la responsabilité et en furent effrayés, alors que l’homme, par comble d’ignorance et d’iniquité, s’en est chargé (33.72). Allah estime que son message doit être adressé à des créatures dépourvues de raison… et que l’homme, qui l’accueille, est un abîme d’ignorance et d’iniquité ! Quelle meilleure critique de l’islam pourrait-on trouver ?

 

— 14 Si l’essentiel de l’islam consiste à affirmer l’unicité divine (14.52 ; 23.32) et que déjà juifs et chrétiens la professent, qu’apporte réellement la religion de Mahomet ? Le devoir de faire la prière cinq fois par jour ? Mais les chrétiens doivent prier sans cesse (Lc 21.36) ! Le devoir de faire l’aumône (qui n’est en fait qu’un impôt déguisé) ? Mais les chrétiens doivent librement tout mettre en commun (Ac 4.34 ; 1 Tm 6.18 ; Jc 4.17 ; Mc 14.7) et ne pas exercer la miséricorde seulement à l’égard de leurs coreligionnaires, comme c’est le cas en islam (16.71 ; 42.23) ! Le devoir de faire le pèlerinage ? Mais les chrétiens sont étrangers et pèlerins sur cette terre (He 11.13). Le devoir de faire le ramadan[2] ? Mais les chrétiens sont tenus de faire pénitence durant le Carême (sans ramdam !) et tous les vendredis. Les cinq piliers de l’islam, incapables de conférer la pureté du cœur (cf. Mc 7.1-23), ont-ils une autre raison d’être que de donner l’illusion d’une vie religieuse ?

 

— 15 Le monothéisme solitaire nous scandalise : que fait ce Dieu qui est unique et se trouve donc face à Lui-même éternellement ? Est-Il abandonné et livré à un narcissisme infini ? Se repaît-Il de Lui-même ? Est-ce qu’Il Se loue, S’admire, Se contemple et S’adore ? C’est effrayant d’y penser ! Aussi, quelle immense respiration d’apprendre que Dieu décolle éternellement de Lui-même, qu’Il n’a pas d’adhérence à Soi, qu’Il ne peut pas Se regarder parce qu’en Lui le regard est une relation subsistante à l’Autre ! Quelle immense respiration d’apprendre que Dieu ne peut pas S’aimer Lui-même parce qu’en Lui l’amour est relation à l’Autre, parce qu’en Lui tout est désapproprié, la connaissance comme l’amour, parce que Dieu enfin est infiniment libre de Lui-même. C’est là la Perle du Royaume ! C’est là le Joyau incomparable ! C’est la Nouveauté imprévisible, inépuisable : c’est un autre Dieu ! (Maurice Zundel, Un autre regard sur l’homme, Éd. du Sarment, 2006, ch.3). Qui peut ne pas se réjouir d’une telle révélation ?

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[1] Ce que l’on voit encore dans leurs conceptions du salut par la foi seule, sans les œuvres : D’après ‘Obâda, le prophète a dit : quiconque témoignera qu’il n’y a pas de divinité en dehors d’Allah, l’unique, n’ayant pas d’associés ; que Mahomet est son adorateur et son envoyé ; que Jésus est l’adorateur de Dieu, son envoyé, son verbe jeté dans le sein de Marie et une émanation de Dieu ; que le Paradis et l’Enfer sont une vérité, Allah le fera entrer dans le Paradis quelles qu’aient été ses œuvres (Boukhari, tome II, Livre 60, ch 47).

[2] A la différence du Carême, le ramadan n’est pas une privation, mais le report à la nuit du repas. […] Mangez et buvez jusqu’à ce que se manifeste pour vous le fil blanc du fil noir à l’aube. Puis accomplissez le jeûne jusqu’à la nuit (2.187). Les musulmans ne peuvent habiter dans les pays où le soleil ne se lève ou ne se couche pas de la journée… L’islam n’est donc pas la religion universelle.