Loué soit Jésus-Christ !

Sa grâce et sa paix soient avec vous !

Le 3 mai 2025 j’ai été invité à donner une conférence sur la situation du catéchuménat des adultes en un pays sécularisé comme la France lors du symposium sur l’évangélisation organisé par l’Université philosophico-théologique Benoît XVI, la plus grande université de formation des prêtres dans le monde germanophone, intégrée à l’abbaye cistercienne de Heiligenkreuz, en Autriche.

Peut-être allez-vous deviner pourquoi l’organisateur et grand chancelier de l’université a refusé de me communiquer la vidéo de ma conférence … que je reprends donc dans celle-ci pour vous la faire connaître ….

Après avoir salué les éminences, les professeurs, le public, et m’être présenté, j’annonçai le thème de la conférence, et son plan : d’abord un résumé de l’histoire de la sécularisation en France, ensuite une brève présentation de la situation actuelle, et pour finir, quelques propositions me semblant au bénéfice de l’évangélisation.

I. De la sécularisation

On peut faire remonter la sécularisation de la société au moins au traité de Westphalie (1648) lorsque le mot « sécularisation » fut utilisé pour désigner le transfert de certains biens ecclésiastiques aux princes protestants, qu’Ernest Renan définira comme le « processus d’élimination progressive de tout élément religieux. (L’avenir de la science (1890), cf. CNRTL) » La sécularisation est ainsi l’action faisant passer une chose du domaine sacré au domaine profane. À la Révolution française, ce mot prit le sens de « laïcisation » pour désigner la guerre anticatholique, la « profanation » donc de la France catholique, puis de l’Europe, et jusqu’au bout du monde, pour instaurer « La religion de l’homme qui se fait Dieu » selon l’expression de Paul VI.

Cette subversion, de type naturaliste, vide la vie sociale de la Présence de Dieu, et de Son Église, ravalée au rang d’opinion, de superstition, confinée à la vie privée — ce que rend aisé le protestantisme.
Or, avec Dostoïevski, nous reconnaissons que « Si Dieu n’existe pas, alors tout est possible », c’est-à-dire le pire, et avec Chesterton, que si « l’on cesse de croire en Dieu, au Dieu de Jésus-Christ, ce n’est pas pour croire en rien, mais pour croire en n’importe quoi », au point que les individus finissent par perdre jusqu’au sens moral, comme le montre, par exemple, le « droit » à l’avortement, qui place, de facto, l’humanité à un niveau moral infra-animal, et donc démoniaque. Or, la vie divine offerte par l’évangélisation ne peut devenir celle de l’humanité que si celle-ci rejette son péché pour mener une existence honorant la raison, objet de l’appel à la conversion. Aussi, la reconnaissance de l’existence de Dieu et de Son incarnation dans le Christ n’est- elle pas facultative pour mener une vie digne de l’homme, et de cela l’État ne peut pas plus se désintéresser que des parents de l’éducation de leurs enfants.

Cela est souligné par la Congrégation pour la Doctrine de la Foi dans sa Note doctrinale sur certains aspects de l’évangélisation, parue en 2007, approuvée par Benoît XVI, laquelle met en évidence l’importance de la vie sociale, de la culture, et donc du régime politique d’une nation pour l’évangélisation :

« Il se trompe celui qui pense se fier uniquement à ses propres forces dans la recherche de la vérité, sans reconnaître le besoin que chacun a de l’aide d’autrui. L’homme, dès sa naissance, se trouve intégré dans différentes traditions, dont il reçoit non seulement son langage et sa formation culturelle, mais aussi de multiples vérités auxquelles il croit alors presque instinctivement […]. Dans la vie d’un homme, les vérités simplement crues demeurent beaucoup plus nombreuses que celles qu’il acquiert par sa vérification personnelle. La nécessité de s’en remettre, par sa culture, aux connaissances acquises par autrui enrichit l’homme à la fois de la vérité à laquelle il ne pourrait accéder tout seul, et de relations interpersonnelles et sociales qu’il développe. (N°5) » 

Comment mieux dire l’importance d’un État catholique pour le salut des citoyens ? Le grand missionnaire français saint Jean Eudes n’ignorait pas cette importance du pouvoir politique lorsqu’il écrivait à la reine Anne d’Autriche :

« Je suis certain, Madame, que, si votre Majesté voulait employer le pouvoir que Dieu lui a donné, elle pourrait plus faire, à elle seule, pour la destruction de la tyrannie du diable et pour l’établissement du règne de Jésus-Christ, que tous les missionnaires et prédicateurs ensemble. (in La Vie Spirituelle, 1925, p.235) »

II. Hier

Cette année, 2025, marque en France le 120e anniversaire de la loi de séparation de l’Église et de l’État, promulguée en 1905 pour instaurer la laïcité, dans un contexte de tensions croissantes entre la République laïque et l’Église catholique, les gouvernements républicains cherchant à réduire l’influence de l’Église sur la société. En 1864 le pape Pie IX avait publié le Syllabus, un catalogue d’erreurs modernes, afin que les catholiques s’en gardent Voici, par exemple,

la 15ème de ces erreurs : « Chacun est libre d’embrasser et de professer la religion qu’il aura reconnue vraie à la lumière de la raison. » ;

la 16ème : « Les hommes peuvent trouver le chemin du salut éternel et obtenir ce salut éternel dans le culte de n’importe quelle religion. » ;

la 19ème : « L’Église n’est pas une vraie et parfaite société pleinement libre ; elle ne jouit pas de ses droits propres et constants qui lui ont été conférés par son divin Fondateur, mais il appartient au pouvoir civil de définir quels sont les droits de l’Église et les limites dans lesquelles elle peut les exercer. »,

et la 55ème : « L’Église doit être séparée de l’État et l’État séparé de l’Église. »

Vous avez noté combien cet enseignement pontifical est devenu aujourd’hui, même dans l’Église, totalement incompréhensible …

Le franc-maçon et homme d’État Jules Ferry, souhaita alors « organiser l’humanité sans roi ni Dieu », et pour cela « arracher l’âme de la jeunesse française » à l’Église.
Dans la revue de La Libre Pensée intitulée La Raison, qui militait, et milite toujours, pour la laïcité, on pouvait lire sous la plume du franc-maçon Laurent Tailhade, à la date du 21 décembre 1902, ceci :

« Le prêtre, par la honte de son état, par la hideur infamante de son costume, vit en dehors de la loi commune, de la solidarité. Contre lui tout est permis, car la civilisation est en droit de légitime défense ; elle ne lui doit ni ménagement ni pitié. C’est le chien enragé que tout passant a le devoir d’abattre, de peur qu’il ne morde les hommes et n’infecte les troupeaux. Le prêtre, dans une société basée sur la raison et la science, le prêtre survivant aux âges nocturnes dont il fut un des plus redoutables produits, le prêtre n’aurait d’autre place qu’à Bicêtre, dans le cabanon des fous dangereux. Exclusion, ostracisme, prison perpétuelle, bagnes et cachots, tout est bon, tout est légitime contre lui. Discuter avec ça ? Non ! Mais le museler, mais le mettre à mort ! Car la peine capitale, si odieuse qu’elle soit, n‘est pas trop forte pour cet empoisonneur plus effrayant que Borgia. Le respect de la vie humaine cesse envers ceux-là qui se sont mis volontairement hors de l’humanité. »

J’ai personnellement vérifié l’actualité de ce propos lorsque ayant porté plainte pour avoir été traité de pédophile sur les réseaux sociaux, j’ai vu mes insulteurs publics être relaxés en première instance au motif que j’avais été injurié non en ma qualité de catholique, mais en tant que prêtre

Je reprends le fil de mon discours. Le franc-maçon et homme d’État français, Léon Gambetta, refusant de voir l’Église catholique jouer un rôle politique, la présenta comme l’ennemie de la République, et inscrivit, dès 1869, la séparation de l’Église et de l’État dans son programme politique.

Le rapporteur de cette loi, Aristide Briand, aux anticléricaux radicaux qui se plaignaient de ce que la loi ne protégerait pas suffisamment les personnes « contre les méfaits de la liberté religieuse » répondit que la donner à l’Église catholique, loin de renforcer ses moyens de contester la République, allait créer au contraire les conditions pour que l’Église accepte d’elle-même les principes républicains.

Et de fait, au sortir de la deuxième guerre mondiale, l’Assemblée des évêques et cardinaux de France, tout en affirmant que seule l’Église catholique est source de vérité, admit la laïcité « comme souveraine autonomie de l’État », et après le concile Vatican II, les évêques de France admirent « sans réserve » la liberté de conscience et le pluralisme religieux. Or, comment la reconnaissance de cette souveraine autonomie de l’État par l’Église n’aurait-elle pas donné à celui-ci les coudées franches pour revendiquer sa liberté face à l’Église, la dessaisir de sa propre souveraineté, et réduire sa fonction prophétique à un silence complice ?

III. Aujourd’hui

La lutte à mort engagée contre l’Église par la Révolution ne s’est pas arrêtée avec la promulgation de cette loi de séparation de l’Église et de l’État, comme le juif et ex Ministre de l’Éducation nationale, Vincent Peillon, en témoigne dans son ouvrage ‘La Révolution française n’est pas terminée (le Seuil, 2008)’, ou il écrit :

« La Révolution française est l’irruption dans le temps de quelque chose qui n’appartient pas au temps , c’est un commencement absolu, c’est la présence et l’incarnation d’un sens, d’une régénération, et d’une expiation du peuple français. 1789, l’année sans pareille, est celle de l’engendrement, par un brusque saut de l’histoire, d’un homme nouveau. La Révolution est un événement métahistorique, c’est-à-dire un événement religieux. La Révolution implique l’oubli total de ce qui précède la Révolution. Et donc l’école a un rôle fondamental, puisque l’école doit dépouiller l’enfant de toutes ses attaches pré-républicaines pour l’élever jusqu’à devenir citoyen. Et c’est bien une nouvelle naissance, une transsubstantiation qui opère dans l’école et par l’école, cette nouvelle Église avec son nouveau clergé, sa nouvelle liturgie, ses nouvelles tables de la Loi. »

Vous avez peut-être noté, comment, dans ce propos, abondent, perverties, les références au message chrétien. La Révolution y est dite quelque chose n’appartenant pas au temps, mais hors du temps, il n’y a que l’éternité, c’est-à-dire Dieu ! De même, si la Révolution est un commencement absolu, Dieu seul étant absolu, alors elle est Dieu ! « Incarnation, régénération, engendrement, homme nouveau », autant de mots parodiant le mystère chrétien, tant il est vrai que le Démon ne peut que singer Dieu … Je note que la Révolution française est dite être « une expiation du peuple français ». Mais, de quelle faute le peuple français serait-il coupable ? Quel péché devrait-il expier ? Eh bien, de celle d’avoir été catholique ! C’est là son péché, véritablement originel, qui demande expiation et régénération, d’où sa mise à mort de toutes les façons possibles, et son remplacement par un autre peuple, à l’aide d’une autre religion. Apporté par une immigration de masse, l’islam (Ap 12.3) ne demande pas mieux que de jouer sa partition dans ce processus de remplacement où il voit s’accomplir la volonté hégémonique d’Allah de soumettre le monde à son abominable loi ! En effet : « Allah a envoyé Son messager avec l’islam, pour qu’il triomphe sur toute autre religion, quelque répulsion qu’en aient les chrétiens ! (Coran 9.33) »

Rappelons-nous que si la laïcité fut une nouveauté absolue apportée par le Christ dédivinisant César, le pouvoir politique, et spiritualisant la vie religieuse, la distinction de Dieu et de César n’invite pas à séparer leurs allégeances, mais à rendre possible leur complémentarité, dans le respect mutuel de leur différence, aussi vrai que l’on ne peut couper en deux les personnes vivant sous l’une et l’autre autorité ni souhaiter les voir devenir schizophrènes. Les ordres temporel et spirituel sont liés comme le sont le corps et l’âme. Un corps sans âme est un cadavre, et une âme sans corps n’existe pas … Le rôle de l’Église est de donner la connaissance de la Vérité révélée, d’indiquer le sens de la vie, d’enseigner la morale qui permet de vivre heureux, et le rôle de l’État est d’organiser la vie sociale en fonction de ces informations. Il n’y a pas de bonheur pour la société en dehors de cette complémentarité.

Le génie de la France a été d’en tenter la réalisation, qui fut, certes, imparfaite, comme tout ce qui est humain, mais dont les bienfaits et la fécondité se sont étendus dans le monde entier, et jusque dans l’éternité, d’où son titre de « Fille aînée de l’Église ».

La doctrine traditionnelle de l’Église est que l’État ne peut pas être neutre en matière religieuse, puisque la fin de celui-ci est le service du bien commun temporel, et que ce bien dépasse l’ordre public en impliquant d’autres biens très importants comme la vérité ou la vertu, et ce dans une société nécessairement hiérarchisée, d’autant plus riche et féconde, que chacun y vit en harmonie avec tous, devant Dieu, et pour l’amour de Dieu, auteur de la société, et rémunérateur de ceux qui Le cherchent (He 11.6). De fait, comme l’enseignait Pie XII :

« De la forme donnée à la société, en harmonie ou non avec les lois divines, dépend le bien ou le mal des âmes, c’est-à-dire que les hommes appelés tous à être vivifiés par la grâce du Christ, respireront dans les contingences terrestres du cours de leur vie, soit l’air sain et vivifiant de la vérité et des vertus morales, soit le virus morbide et souvent mortel de l’erreur et de la dépravation. (Radio message du 1er juin 1941, n. 5) »,

en sorte que, comme l’enseignait encore Pie XII (06.12.1953) :

« Ce qui ne répond pas à la vérité et à la loi morale n’a objectivement aucun droit à l’existence, ni à la propagande, ni à l’action »

Or, voilà que la Déclaration Dignitatis humanæ (n°2) affirme qu’un État ne doit pas interdire l’expression et la diffusion publique – dans de juste limites – d’erreurs contre la foi et les bonnes mœurs. Mais alors, comment peut-il ne pas contrevenir à l’obligation morale, s’imposant à tous, de se conformer à la vérité, et comme c’est le devoir de l’État de les y aider ? Ce refus de ne pas interdire la diffusion publique d’erreurs, n’est-il pas la cause de tant de malheurs que nous prétendons déplorer ?

Une chose est de rappeler à l’État son devoir de favoriser le salut de tous, tout en tolérant ce qui ne peut être évité, et autre chose de l’en déclarer dispensé « dès lors que demeure sauf un ordre public juste », car, qu’est-ce qu’« un ordre public juste » ? Ce qui l’est pour un État issu de la Révolution ne l’est pas nécessairement pour l’Église ! Mais le concile Vatican II, de fait, occulte la différence entre un État païen, ne connaissant pas le Christ, et l’État moderne, issu de la Révolution, basé sur le rejet du Christ. Comme si accueillir ou rejeter le Christ ne comptait pour rien ! Comme s’il existait un état de nature innocente dans lequel l’État moderne pouvait se trouver et agir justement, tout en rejetant le Christ ! Comme si le péché originel n’existait pas (cf. Rm 7.18-25) ! Pas même pour les législateurs et les dirigeants politiques !

La République française, volontairement ignorante de la réalité du péché originel et de la grâce donnée par le Christ pour nous permettre d’accomplir ici-bas notre destinée, se réclame de la laïcité pour prétendument garantir la liberté de conscience, d’expression, de croyance, de conviction, et la neutralité en matière religieuse et de culte. Comme s’il existait une neutralité possible face à LA vérité, raison pour laquelle (Jn 14.6) Jésus-Christ ne répond pas à une question aussi stupide que celle de Pilate demandant : « Qu’est-ce que la Vérité ? (Jn 18.38) » L’évidence de la Vérité est pareille à la lumière du soleil à midi par un splendide jour d’été ! Elle est telle que Qui n’est pas avec Jésus est contre Lui, que qui n’amasse pas avec Lui, dissipe. (Mt 12.30). C’est pourquoi la prétendue neutralité de la laïcité française n’est rien d’autre qu’un leurre destiné, notamment, à tromper les catholiques oublieux du Christ. Les juges de la République interdisent les crèches de Noël dans l’espace public, mais ses ministres fêtent la fin du ramadan ! Ils commandent l’enlèvement des croix, mais autorisent le burkini ; ils font servir à la cantine de la viande halal par respect de la diversité, mais pas de poisson le vendredi par respect de la laïcité.

Aussi, Léon XIII annonce-t-il que :

« … le Christ accusera ceux qui L’ont expulsé de la vie publique, et ceux qui L’ont dédaigneusement mis de côté ou ignoré, et punira de pareils outrages par les châtiments les plus terribles; car Sa dignité royale exige que l’État tout entier se règle sur les commandements de Dieu et les principes chrétiens dans l’établissement des lois, dans l’administration de la justice, dans la formation intellectuelle et morale de la jeunesse, qui doit respecter la saine doctrine et la pureté des mœurs. (Quas Primas, n°21) »

La Révolution française a introduit son « droit nouveau » en le fondant non plus sur l’autorité et l’amour impartial de Dieu, mais sur la volonté du peuple, comme si l’opinion de la majorité d’un jour était douée d’omniscience et d’infaillibilité ! Il faut bien voir qu’à la différence d’un État encore païen, ignorant donc encore le Christ, l’État moderne rejette, par principe, la souveraineté du Christ et le culte public dû à Dieu par la simple morale naturelle, en sorte que se voulant antichrétien, l’État moderne s’oppose à la vocation des chrétiens de « faire rentrer triomphalement le Christ-Roi dans les conseils de leurs gouvernements, et dans les relations sociales de leurs semblables ».

Affirmer que l’État pourrait pourvoir au bien de la société en raison de « sa souveraine autonomie » nie donc qu’en raison du péché originel, il est impossible à quiconque, y compris aux représentants de l’État, de fonder « un ordre public juste », c’est-à-dire orienté vers Dieu et le salut, comme c’est là son devoir, sans le secours de la Grâce, et donc sans l’aide de l’Église, fondée précisément pour donner celle-ci à tous …

Mais la République française a évacué la religion catholique de son horizon, non pas pour se retrouver dans une prétendue neutralité religieuse, comme elle ose l’affirmer, car cela est impossible, mais pour remplacer la seule vraie religion par la religion maçonnique, que tous les Papes ont dénoncé comme une «œuvre du démon (…) au  service du royaume de Satan (cf. Léon XIII, Humanum Genus) ».

Pour la Franc-maçonnerie, en effet, il n’y a pas de vérité en soi, mais que des doctrines, des opinions, qui en rendent compte, si contradictoires qu’elles soient. Ainsi, parce que dans la société la capacité propre à l’être humain de connaître la vérité est niée, l’âme humaine est rendue aussi aride qu’une pierre, et la semence de la Parole de Dieu ne peut y prendre racine. Par les lois, l’enseignement, la culture, les média, la franc-maçonnerie, dont l’appartenance transcende partis politiques et frontières nationales, combat le Règne du Christ, et donc l’évangélisation.

Comment cette nouvelle norme de la prétendue neutralité de l’État pourrait-elle ne pas scandaliser les personnes en quête de vérité, et ce d’autant plus qu’elles en voient la contradiction avec le magistère pontifical antérieur, si bien exprimé par le cardinal Pie :

« Dire que Jésus-Christ est le Dieu des individus et des familles, et n’est pas le Dieu des peuples et des sociétés, c’est dire qu’Il n’est pas Dieu.
Dire que le christianisme est la loi de l’homme individuel et n’est pas la loi de l’homme collectif, c’est dire que le christianisme n’est pas divin.
Dire que l’Église est juge de la morale privée mais pas de la morale publique et politique, c’est dire que l’Église n’est pas divine. »

Nul ne peut mesurer l’étendue du traumatisme ainsi induit dans les consciences et les conséquences pour le salut des âmes que cette prétendue neutralité de l’État, devenu juge suprême du bien et du mal en raison de sa « souveraine autonomie ». La résistance du mouvement traditionaliste qui remplit ses séminaires, ses églises, ses écoles libres, et ses pèlerinages, avec une augmentation de 50 % entre 2010 et 2020, ne trouve pas ailleurs sa justification.

La Bête de l’Apocalypse a plusieurs têtes (12.3), ayant toutes en commun la haine du Christ et de l’Église, haine qui constitue donc l’essence de cette bête désireuse de dévorer la femme et l’enfant, l’Église et les chrétiens. L’une de ces têtes est le laïcisme, dénoncé par le Pape Pie XI, dans son encyclique Quas Primas, en 1925 : 

« La peste de notre époque, disait-il, c’est le laïcisme, avec ses erreurs et ses entreprises criminelles. […] On commença par nier la souveraineté du Christ sur toutes les nations ; on refusa à l’Église le droit – conséquence du droit même du Christ – d’enseigner le genre humain, de porter des lois, de gouverner les peuples en vue de leur béatitude éternelle. Puis, peu à peu, on assimila la religion du Christ aux fausses religions et, sans la moindre honte, on la plaça au même niveau. On la soumit, ensuite, à l’autorité civile, et on la livra pour ainsi dire au bon plaisir des princes et des gouvernants. Certains allèrent jusqu’à vouloir substituer à la religion divine une religion naturelle ou un simple sentiment de religiosité. (n°18) » 

Or, n’est ce pas ce que nous avons vu à Abou Dhabi, en février 2019, lorsque le pape François et le Grand Imam d’Al-Azar ont co-signé la « Déclaration sur la fraternité humaine pour la paix mondiale et la coexistence commune », selon laquelle « le pluralisme et les diversités de religion, de couleur, de sexe, de race et de langue sont une sage volonté divine, par laquelle Dieu a créé les êtres humains » ? En effet, en rangeant dans l’ordre naturel l’Église catholique avec toutes les religions, le Pape François a nié l’ordre surnaturel auquel, seule, appartient l’Église, de par sa relation avec le Christ, seul Dieu parmi les hommes. Si cette déclaration n’est pas une hérésie pour l’islam, qui ne distingue pas la culture (langue, religion) de la nature (race, sexe …), s’identifiant à cette dernière (Coran 30.30 ; 7.172) pour se prétendre ainsi aussi bon, nécessaire et évident que ce que l’est la nature, pour le christianisme, à l’inverse, la reconnaissance du pluralisme et de la diversités des religions ne peut pas découler d’« une sage volonté divine », qui fonderait « le droit à la liberté de croyance et à la liberté d’être différents », mais elle découle du péché !
Je le répète : la diversité religieuse découle du péché et non pas d’une sage volonté divine !
Dieu veut en effet que tous les hommes soient un comme le Fils et le Père sont un (Jn 17.23), tous unis sous un seul chef, le Christ (Jn 10.14-16). Jésus n’est pas venu rassembler les hommes (Jn 11.52 ; Jn 17.21) sur la base de leur commune nature humaine (cf. Mt 12.47-50), mais en leur donnant part à Sa filiation divine (Jn 1.12-13), par la seule vraie religion en laquelle tous doivent s’efforcer d’entrer et de demeurer (Mt 28.18-19 ; Lc 14.23) ! La division spirituelle et morale de l’humanité n’a rien à voir avec la diversité des couleurs de l’arc en ciel ! Lorsque en France, l’Église catholique accepte de siéger à égal avec le judaïsme, avec l’islam, etc. , au sein de la conférence des responsables religieux organisée par l’État, enseigne-t-elle ainsi qu’elle doit être tenue pour la seule vraie religion, ou bien qu’elle est une religion égale aux autres, avec elles membre de la nouvelle religion démocratique, mondialiste, humanitaire, écologique, égalitaire, et pour tout dire, maçonnique ?

De fait, la parole de l’Église est toujours plus mise au ban de la société, et sa présence visible à travers ses symboles est effacée (enlevés statues, crèches, sonneries de cloches, calvaires …), spécialement depuis les années 2000, de par l’action d’associations d’obédiences maçonniques, subventionnées, et, aussi, du fait de la violence de zélés disciples d’Allah.

Sait on, par exemple, qu’au moment du vote de la loi sur le mariage pour les invertis, et contrairement aux dispositions de la loi, l’Église catholique a été chassée du Comité consultatif national d’éthique par le président Hollande ? De même, en 2021, un rapport remis au Premier Ministre à l’occasion d’une loi organique modifiant la constitution du Conseil Économique, Social et Environnemental, troisième assemblée de la République, stipulait d’exclure la prise en compte des associations cultuelles par lesquelles l’Église a une existence légale en France (cf. Cyrille Dounot, L’Église, hors la loi ? Hora Decima, 2025) ! De nombreuses affaires judiciaires ou médiatiques montrent une hostilité grandissante à l’encontre de l’Église et de sa mission.

Je m’attends à ce que l’État républicain, en vienne bientôt à condamner l’évangélisation comme une atteinte à la liberté de chacun de croire librement et tranquillement sous la protection de l’état, au service des intérêts particuliers et non plus du bien commun. D’ailleurs, une telle monstruosité est déjà à l’œuvre avec le délit d’entrave à l’avortement qui condamne toute tentative de dissuader une femme d’avorter, ce que pourtant tout catholique et toute personne morale ne peut que faire pour répondre au devoir d’assistance à personne en danger. La garantie par l’État de cette monstrueuse liberté est aussi incluse dans le projet de loi sur l’euthanasie devant condamner qui cherchera à dissuader quelqu’un de mettre fin à ses jours. Autant dire que la simple vue d’un prêtre ou d’une église est devenue contraire à la loi … Ce sont des exemples, parmi d’autres, montrant que la morale de l’Église est devenue hors la loi.

Ainsi encore, le droit des parents, premiers éducateurs de leurs enfants, est sans relâche combattu. L’école libre est l’objet d’une guerre acharnée, qui débuta en 1888 avec l’expulsion hors de France des religieux, notamment enseignants. Vincent Peillon, l’ex-ministre de l’Éducation nationale, déjà cité, a encore affirmé :

« Le point de départ de la laïcité c’est le respect absolu de la liberté de conscience. Pour donner la liberté du choix, il faut être capable d’arracher l’élève à tous les déterminismes, familial, ethnique, social, intellectuel… (Journal du dimanche, 02.09.2012) »

Je suis toujours étonné que des gens passant pour intelligents profèrent de telles aberrations, comme si la liberté de conscience pouvait exister dans l’abstrait, hors de tout enracinement humain, et donc d’une culture particulière ! Mais cela permet de justifier la volonté idéologique de l’État de formater la jeunesse avec pour résultat l’abrutissement massif et généralisé que l’on constate aujourd’hui, l’éducation nationale bénéficiant pourtant du plus important budget de l’État. Bref, par une série de lois, la haine viscérale de l’Église est continuellement réactivée. Comme l’écrit Jean Saunier :

« Alors que depuis quelque temps l’école des quartiers revient aux méthodes traditionnelles et continue à recevoir une assistance préférentielle, l’école des petits Blancs est volontairement vouée à l’utopie pédagogique. Les enfants français de souche ne doivent pas apprendre, pas savoir, pas connaître. Il y a une volonté politique délibérée de les éliminer et de les remplacer. (in Riposte laïque, 24 mai 2025

Mais le pire en tout cela est lorsque l’Église s’autocensure … Simone Veil, auteur de la loi légalisant l’avortement en 1975, avait déjà remarqué : « Je n’ai pas rencontré de difficultés insurmontables avec les autorités religieuses (Simone Veil, Les hommes aussi s’en souviennent, Stock, 2004, p. 94-95) » …

Cette dramatique et incompréhensible cécité de l’Église à l’égard de l’État révolutionnaire, c’est-à-dire antichrétien par nature, se retrouve encore lorsque le concile ne distingue pas entre les religions d’avant la venue du Christ et celles d’après Sa venue … Comme si accueillir ou rejeter le Christ ne comptait pour rien dans l’évaluation du fait religieux ! Et cela de la part de chrétiens … J’avoue ne pas comprendre, ou devoir reconnaître que la doctrine maçonnique a influencé le concile, que les fumées de Satan ont pénétré l’Église (29.06.1972), et que son autodémolition (07.12.1968) est bien avancée, comme le déplorait, trop tard, Paul VI.

IV. De bonnes nouvelles ?

Avant de finir, il me faut évoquer ce qui dans l’Église en France a dernièrement suscité joie et espérance : les plus de 10 300 adultes et 7400 adolescents ayant reçu le baptême dans la nuit de Pâques. Une progression de 45 % par rapport à 2024 ! Une croissance observée depuis cinq ans qui se confirme, largement portée par les jeunes, et qui a vu le mercredi des cendres 2025 une affluence inattendue remplir les églises. Ce regain s’explique, certes, par la grâce du Christ, mais aussi par le besoin de trouver un sens à l’existence quand crise économique, réchauffement climatique, perspectives de guerre, insécurité, injustices, perversions morales institutionnalisées … assombrissent l’avenir.

Je relève que les nouveaux convertis disent tous l’importance qu’a constitué pour eux l’évangélisation faite sur internet ( merci islam et vérité.com !) mais aussi les réseaux sociaux, et les médias catholiques. Impossible, désormais, de penser notre apostolat sans l’envisager de façon prioritaire et massivement sur internet. 78%
des jeunes convertis considèrent que les réseaux sociaux ont joué un rôle dans la découverte ou l’approfondissement de leur foi ; 46 % estiment que cela a beaucoup compté pour eux. Mais les musulmans ont pris pied sur le continent numérique bien avant nous, et l’ont déjà largement islamisé … Il faut dire qu’ils sont capables de prêcher maintenant, avec le Président de la Turquie, M. Erdogan, que ce sont les musulmans qui ont découvert le continent américain, bien avant Christophe Colomb … l’islam soit toujours avoir la primeur, c’est bien connu. Passons.

Si donc cette recrudescence des baptêmes d’adultes est un motif de joie, elle ne doit pas cependant faire oublier l’état de déliquescence dans lequel se trouve l’Église catholique en France. Depuis la séparation de l’État et de l’Église, la France ne dispose plus de statistiques officielles relatives aux communautés religieuses, aussi nos estimations en ce domaine ont -elles recours à des sondages.
Selon une enquête du Pew Research Center publiée ce 26 mars, 28 % des Français interrogés disent avoir quitté l’Église, et seulement 2 % l’avoir rejointe … De 1981 à 2018, le nombre des catholiques est passé de 70 % à 32 %. Le nombre de prêtres catholiques a été divisé par 10 entre 1950 et 1990, et par plus de 2 encore entre 2000 et 2023, passant de 25353 à 11644. 80 à 90 prêtres sont ordonnés chaque année, alors qu’il en meurt huit fois plus … Dès 1980, la célébration de la messe dominicale n’est plus assurée dans la moitié des paroisses de France. Le nombre de religieux et de religieuses a diminué de plus de la moitié entre 2000 et 2023. Le nombre des baptêmes d’enfants a, lui-aussi, diminué de plus de la moitié, passant de 400237 en l’an 2000 à moins de 200 000 en 2023. En 2006, sur l’ensemble des catholiques, seuls 5 % étaient fidèles à la messe dominicale, mais en 2021 ils n’étaient plus que 1,5 %. Le processus de sécularisation de la France est donc massif nonobstant la récente et limitée hausse du nombre des baptêmes d’adultes.

Il nous faut enfin aussi réfuter l’affirmation de l’explosion des conversions venues de l’islam, car leur nombre n’excède pas le pourcentage de la population musulmane par rapport à l’ensemble de la société. Par contre, selon un sondage récent (2025.03.28), 46 % des salariés de 18 à 24 ans jugent acceptable de refuser de s’asseoir là où une personne de l’autre sexe s’est précédemment assise Un chiffre qui ne laisse aucun doute sur l’efficacité de l’islamisation. Sans surprise le même sondage (Harris Interactive pour le CRIF et l’Institut supérieur du travail) indique que 70 % des jeunes salariés sont favorables au port du voile dans l’entreprise, contre 20 % des plus de 50 ans.

De tels chiffres ne sont pas proportionnels à l’augmentation de la population musulmane en France … et impliquent une aide de la part de l’élite mondialiste au pouvoir dans les pays européens, capable de subventionner, par exemple, par l’Union Européenne, une campagne de communication intitulée « La liberté dans le hijab » qui présente le hijab comme un « un choix », « un droit humain », pour un coût de 439 millions d’euros ; ou bien, alors que l’influence du Coran sur les Européens a toujours été quasiment nulle : un programme de recherche visant à valoriser l’influence du Coran sur la culture et la religion en Europe au cours du dernier millénairepour un coût de 10 millions d’euros ! Ce sont là, parmi d’autres, quelques exemples de l’islamisation de l’Europe have à la caste des renégats et autres idiots utiles au pouvoir.

V. Conclusion

« Qui l’emportera : de la société fondée sur la volonté de l’homme, ou de la société fondée sur la Volonté de Dieu ? » Cette question posée au début du siècle passé par le franc-maçon et homme d’État français, René Viviani, exprime tout l’enjeu de l’évangélisation en un pays sécularisé comme la France. Pour relever ce défi, où est engagée sa survie, l’Église catholique doit sans doute s’interroger sur les points suivants :

• Comment les contradictions de son enseignement actuel, dit pastoral, avec sa doctrine pérenne, ne détruiraient-elles pas l’intérêt de devenir et de rester catholique ? Elle enseigne en effet maintenant, par exemple, que toutes les religions sont voulues par Dieu (05.02.2019), et mènent à Dieu (13.09.2024) … Dès lors, pourquoi se convertir ? Et pourquoi évangéliser ?

• L’apostasie enseignée de haut en bas de l’Église, telle la conviction que Dieu nous sauvera tous (15.09.2021), ou que le salut s’opère dans la mort, ne rend-elle pas inutile la conversion ?

• La perte de la foi en l’existence actuelle, et non virtuelle, de l’Enfer, n’est-elle pas une cause première de la torpeur et de la stérilité de l’Église ?

• La prétention d’avoir reçu la plénitude de la Révélation divine, est-elle vraiment synonyme d’intolérance et de bellicisme ?

• Le changement de morale pour complaire aux revendications du monde, au sujet par exemple de l’homosexualité, manifeste-t-il la miséricorde de Dieu, ou est-il une coupable compromission (1 Co 6.10 ; Ga 5.19-21 ; 1 Tm 1.10) attirant sur l’Église le mépris ?

• La perte du sens du sacré, notamment dans la liturgie, avec par exemple la communion dans la main – Dieu étant traité comme n’importe quel objet -, contribue-t-il à rendre gloire à Dieu et à proclamer la vérité à Sa présence réelle ?

• Pourquoi, face à sa progressive mise hors la loi, l’Église semble-t-elle vouloir continuer à croire naïvement à la native bonté de l’État, qui agirait toujours et nécessairement en vue du bien commun, et jamais pour nuire à l’Église ?

Daigne la Vierge Marie obtenir que ses enfants soient toujours plus « pour Dieu, la bonne odeur du Christ parmi ceux qui se sauvent, et parmi ceux qui se perdent ; pour les uns, une odeur qui de la mort conduit à la mort ; et pour les autres, une odeur qui de la vie conduit à la vie. Et de cela qui est capable ? (2 Co 2.15-16) »

Je vous remercie.