DE L’AYATOLLAH KHOMEYNI (ou KHOMEINY)

Les textes ci-dessous n’ont rien d’humoristiques. Il ne s’agit pas d’un canular. Rouhollah Khomeini ou Khomeyni (هللاتیآ هلاحور ینیمخ en persan) est né le 17 mai 1900 à Khomein (Iran) et mort le 4 juin 1989 à Téhéran. Il est l’un des théologiens les plus lus au XXième siècle.

Remarque préliminaire:

Nous avons décidé de publier ces textes de l’Ayatollah Khomeyni pour montrer ce qu’est l’islam. Plutôt que de gloser sur le sujet, il nous semble plus parlant de citer simplement des extraits significatifs des écrits d’un intellectuel musulman, reconnu comme étant un théologien de premier plan et un exégète renommé des textes fondateurs de l’islam.

Après une partie politique et historique, sont reprises des citations relatives à l’interprétation moderne de la Charia (sharia ou Chari’a) : celle-ci se définit comme la loi canonique de l’islam, “fil conducteur dans la vie”. Elle contient les prescriptions relatives à presque tous les aspects de la vie humaine, que ce soit la vie religieuse, politique, sociale ou privée. Son but est d’organiser la vie pour qu’elle soit la plus vertueuse et utile possible et de préparer les musulmans à leur salut. Toutes les prescriptions sont classées en cinq catégories : ce qui est obligatoire, recommandé, indifférent ou licite, blâmable, interdit. Les préceptes sont classés comme tels parce que le coran ou l’exemple du prophète en attestent ainsi. L’islam n’est en effet pas une religion spirituelle, mais une religion formelle et juridique ainsi qu’une idéologie politique.

La charia est basée sur le Coran, la tradition (sunna) comprenant les hadiths (actes et paroles du prophète Mouhamad ou Mahomet), les déductions par analogie (qiyas) des théologiens-juristes pour ce qui n’était pas traité du temps de Mouhamad et le consensus (idjmaa) établi au sein de la communauté. La charia s’applique intégralement ou partiellement dans certains pays islamiques (Iran, Soudan, Arabie Saoudite, Nigéria, etc.). Elle est la source essentielle de la loi dans tous les pays musulmans, à la seule exception de la Turquie.

Le fait que l’Ayatollah Khomeyni soit membre du chiisme (branche minoritaire de l’Islam) n’est pas relevant en ce qui concerne l’essentiel des prescriptions ci-dessous. Les diverses branches (sunnisme, chiisme… Etc) s’accordant très largement à ce sujet.

Le texte ci-dessous a été publié en français, en 1979, par feu Jean-Edern Hallier, écrivain et  philosophe de gauche. Strictement rien n’a été changé au texte qu’il a publié à l’époque. Ces textes n’ont jamais fait l’objet de contestation en ce qui concerne leur traduction ni leur choix: ils ne dénaturent en rien l’ensemble de la pensée de leur auteur ni de l’islam. L’original du livre n’est plus disponible que chez de rares bouquinistes.

INTRODUCTION

L’Iran a été récemment (au moment de la parution du livre : 1979. Note du WM) le théâtre d’un des plus formidables bouleversements politiques et sociaux de notre époque. Bouleversement qui a renversé l’une des plus anciennes monarchies du monde et transformé l’Iran impérial en République, fait sans précédent dans l’histoire trois fois millénaire de ce pays. Encore, ne s’agit-il pas d’une république comme les autres, mais d’une «république islamique intégriste » dans le sens le plus absolu du terme qui se distingue dans l’optique de ses dirigeants de toutes les républiques du monde, et aussi de toutes les républiques musulmanes.

Cette première « république islamique intégriste » de l’histoire de l’Islam est actuellement représentée par un chef qui la domine idéologiquement, politiquement, socialement, spirituellement, religieusement, et dont l’autorité n’admet ni polémique ni controverse, puisque dictée selon lui par la volonté divine. Ce chef politique et spirituel est l’Ayatollah Khomeiny dont le nom a peut-être été prononcé plus que tout autre au cours de ces derniers mois.On peut penser que l’Iran de Khomeiny est en train de bouleverser dans une large mesure beaucoup de données politiques, stratégiques, économiques et sociales du monde actuel, du fait non seulement de la position géographique de ce pays et de son immense richesse pétrolière, mais aussi de l’écho que sa révolution «islamique» a rencontré à travers le monde musulman d’où s’élèvent des voix nostalgiques en faveur de semblables révolutions.

Ainsi en va-t-il de l’intérêt général de connaître les principes et les lois de cette république islamique nouvellement née qui suscite une curiosité grandissante en Occident. Cet Occident n’est-il pas en effet la cible numéro un des nouveaux dirigeants de l’Iran et notamment de son chef suprême qui le qualifie systématiquement dans ses allocutions, écrits et enseignements théologiques, de décadent, pourri, corrompu, tyrannique, impérialiste et anti-islamique.

Quels sont donc ces principes et ces lois que le Patriarche proclame être les seules vérités? La « doctrine khoomeiniste » attribue à ces vérités une origine divine et veut que les lois qui en découlent régissent pour toujours l’humanité entière. Selon cette doctrine, elles ont été révélées il y a quatorze siècles à tous les mortels par le Prophète de Dieu, Muhammad, fils d’Abdollah, dont le Message a aboli toutes les vérités antérieures y compris celles révélées par les autres prophètes, et sont cristallisées dans des lois éternelles émanant du Dieu Tout-Puissant, qui ne supportent aucune altération, doivent être obéies et rigoureusement appliquées.

Le « code civil » de ces lois, c’est bien entendu le Coran; mais les hommes, pour le comprendre et l’appliquer, ont besoin de l’interprétation et des commentaires qu ‘en ont faits les douze Imams descendants directs du Prophète[1], et, depuis la disparition du douzième Imam[2], par ceux qui le représentent sur la terre. En Iran, c’est aujourd’hui l’Ayatollah Khomeiny qui a repris cette mission sacrée, et ceci explique pourquoi des sentences de mort sont prononcées par les « tribunaux islamiques » avec pour « chef d’accusation » d’avoir lutté contre Dieu sur la terre, contre le douzième Imam et contre son « nayeb »[3] (en l’occurrence l’Ayatollah).

Le présent livre est un recueil composé d’extraits de trois ouvrages majeurs de l’Ayatollah Khomeiny qu’il nous a paru utile et intéressant de publier. Les textes originaux en langue persane, respectivement de 263, 334 et 639 pages, ont été à ce jour tirés à des dizaines de milliers d’exemplaires. Leur reproduction intégrale ou partielle et leur traduction sont libres, afin d’encourager leur diffusion et de favoriser ainsi la propagation de la foi musulmane.

Le premier de ces trois ouvrages s’intitule Kachef-of-Gheta ou Valayaté-Faghih, Le Royaume du Docte. Le second Kachfol-Asrar, La Clé des Mystères. Le troisième Towzihol-Masaël, L’Explication des Problèmes. L’auteur est présenté par l’éditeur comme : « Le Vaillant Combattant, le Chef Suprême, le Guide Sublime, le Moïse de notre époque, le Briseur d’idoles, l’Exterminateur des tyrans, le Libérateur de l’humanité, Sa Sainteté l’Ayatollah Suprême Imam Rouhollah Moussavi Khomeiny

— Que nos âmes lui soient soumises. »

Dans Le Royaume du Docte et La Clé des Mystères, l’Ayatollah Khomeiny expose ses principes politiques et philosophiques à l’égard des gouvernements islamiques, du monde musulman, de la politique internationale, de la justice et des lois coraniques, des activités subversives, etc. Le choix des citations permet de cerner les opinions de l’Ayatollah dans chacun des domaines qu’il a traités, opinions qui augurent actuellement des destinées du peuple iranien.

Dans L’Explication des Problèmes, plutôt que le politique c’est le Patriarche des Chi’ites qui parle de ses principes sociaux et religieux, qui diffèrent souvent de ceux des Sunnites largement majoritaires dans le monde musulman. A la première page de ce livre quelques lignes manuscrites de l’Ayatollah, portant sa signature et son cachet, précisent que tous les textes sont le reflet fidèle de ses idées et doivent être mis en pratique par tout musulman chi’ite.Les principes qui y sont énoncés apportent des réponses à tous les problèmes quotidiens des fidèles.

Les dignitaires spirituels suprêmes (Modjtahed) qui les prêchent et les propagent sont parmi les plus érudits et les plus vertueux des doctes de l’Islam. Contrairement au rite catholique, ils ne sont pas désignés par un vote ni au cours d’un consistoire, mais par les fidèles eux-mêmes qui font leur propre choix du guide spirituel auquel ils obéiront et dont ils suivront les directives en matière de discipline religieuse. C’est ainsi qu’il existe toujours, non pas une, mais plusieurs autorités religieuses parmi lesquelles cependant l’une est de facto considérée, à la presque unanimité, comme l’autorité suprême. Ce chef religieux doit répondre, comme l’indique l’Ayatollah Khomeiny dans son ouvrage, aux critères suivants : être de sexe masculin, majeur, intelligent, croyant aux douze Imams, de descendance légitime, vivant, juste, détaché des biens terrestres, le plus érudit c’est-à-dire le plus apte à comprendre et interpréter les lois divines. La compétence et la supériorité d’une telle autorité doivent être reconnues :

1. ou par le croyant averti, personnellement convaincu des vertus du maître, et qui le distingue d’entre tous les autres comme son guide spirituel suprême;

2. ou par deux hommes notoirement justes et érudits, à condition toutefois que leurs affirmations ne soient pas contredites par deux autres personnes ayant les mêmes qualités; y ou par un groupe d’hommes faisant autorité en matière religieuse, et qui ont distingué le maître spirituel entre tous.

Les enseignements du « Modjtahed » peuvent être recueillis oralement au cours d’une oraison, ou rapportés par deux personnes justes, ou entendus de la bouche de quelqu’un que l’on sait être homme de vérité, ou encore puisés dans le livre dont on est assuré qu’il est celui du maître.L’Explication des Problèmes est précisément le livre dans lequel l’Ayatollah Khomeiny a consigné ses enseignements religieux. Il peut donc être considéré à juste titre comme le « bréviaire » parfait du musulman chi’ite dont il se doit de suivre scrupuleusement les recommandations et qui apporte à ses problèmes religieux les solutions prônées par l’Ayatollah Khomeiny.

Les différents chapitres abordent les aspects sociaux, fiscaux, juridiques, liturgiques et sexuels de la vie des fidèles iraniens : la prière, le jeûne, l’ablution, les rites religieux, le manger et le boire, la chasse et la pêche, l’abattage des animaux, la vie sexuelle, le mariage, le divorce, l’adultère, le commerce, les finances, l’héritage, la mort, etc.

La traduction intégrale des textes originaux, très longs et spécialisés, aurait été d’une lecture  fastidieuse pour le lecteur occidental; aussi avons-nous préféré en extraire les morceaux qui nous ont paru les plus représentatifs. La forme sobre, directe et répétitive des textes, utilisée pour rendre les principes faciles à mémoriser, a été conservée.

CITATIONS POLITIQUES ET PHILOSOPHIQUES

Le gouvernement islamique ne peut être ni totalitaire ni despotique, mais constitutionnel et démocratique. Dans cette démocratie, pourtant, les lois ne dépendent pas de la volonté du peuple, mais uniquement du Coran et de la Sunna [4] du Prophète. La Constitution, le Code Civil et le Code Judiciaire ne peuvent s’inspirer que des lois islamiques contenues dans le Coran et transcrites par le Prophète, et elles seules doivent être appliquées scrupuleusement. Le gouvernement islamique est le gouvernement de droit divin, et ses lois ne peuvent être ni changées, ni modifiées, ni contestées.

C’est là que réside la différence radicale entre un gouvernement islamique et les différents gouvernements monarchiques ou républicains où ce sont les élus, les représentants du peuple ou de TÉtat qui proposent et votent les lois, alors qu’en Islam la seule Autorité compétente est le Tout Puissant et sa volonté divine. Le pouvoir législatif est exclusivement détenu par le Saint Prophète de l’Islam et personne hormis Lui ne peut promouvoir une loi; toute loi qui n’émane pas de Lui est à rejeter. Dans un gouvernement islamique qui se respecte, le pouvoir législatif (Parlement), qui est une des trois composantes de tout système constitutionnel avec l’exécutif et la jurisprudence, est remplacé par un « Conseil religieux de planification » qui transmet à chaque ministère les lois islamiques le concernant, lui indique son programme conformément à la religion et établit à la base de l’ensemble de ces programmes la politique générale de tout le pays.

Le gouvernement islamique est soumis à la loi de l’Islam qui n’émane ni du peuple ni de ses représentants, mais directement de Dieu et de sa volonté divine. La loi coranique, qui n’est autre que la loi divine, constitue l’entité de tout gouvernement islamique et règne immanquablement sur tous les individus qui en font partie. Le Prophète, les califes et les gens du peuple, doivent obéissance absolue à ces lois éternelles du Tout-Puissant transmises aux mortels à travers le Coran et le Prophète, et qui resteront immuables jusqu’à la fin des temps.

En Islam, gouverner signifie uniquement mettre à effet les lois coraniques, autrement dit les lois divines. Ces lois doivent être obéies et exécutées par tous, sans exception, et sans contestation. La loi divine s’applique au chef et au subordonné, à l’employeur et à l’employé. On obéit au Prophète parce que Dieu l’a voulu ainsi. Et on doit obéir aux dirigeants du gouvernement islamique aussi parce que Dieu l’a ainsi voulu. Dans le domaine de la volonté divine tout individu, même s’il s’agit du Prophète, n’a aucun droit d’ingérence. Il n’a d’autre droit, d’autre devoir que l’obéissance.

L’Islam a des préceptes pour tout ce qui concerne l’homme et la société. Ceux-ci procèdent du Tout Puissant et sont transmis aux hommes par son Prophète et Messager. On est surpris de la majesté de ces commandements qui recouvrent tous les aspects de la vie, de la conception jusqu’à la mise au tombeau!… Il n’y a aucun sujet sur lequel l’Islam n’ait porté son jugement.

Tous les gouvernements du monde reposent sur la force des baïonnettes. Nous ne connaissons aucune monarchie ou république dans le monde d’aujourd’hui qui soit fondée sur l’équité et la raison; elles ne se maintiennent que par l’oppression.

Les dirigeants de notre pays ont tellement été influencés par l’Occident, qu’ils ont réglé l’heure officielle de leur pays d’après celle de l’Europe (Greenwich). C’est un cauchemar!

La guerre sainte signifie la conquête des territoires non musulmans. Il se peut qu’elle soit déclarée après la formation d’un gouvernement islamique digne de ce nom, sous la direction de l’Imam ou sur son ordre. Il sera alors du devoir de tout homme majeur et valide de se porter volontaire dans cette guerre de conquête dont le but final est de faire régner la loi coranique d’un bout à l’autre de la Terre.

Mais que le monde entier sache bien que la suprématie universelle de l’Islam diffère considérablement de l’hégémonie des autres conquérants. Il faut donc que le gouvernement islamique soit d’abord créé sous l’autorité de l’Imam afin qu’il puisse entreprendre cette conquête qui se distinguera des autres guerres de conquête injustes et tyranniques faisant abstraction des principes moraux et civilisateurs de l’Islam.

Qui libéra notre pays et notre peuple de la honte du zoroastrisme, si ce ne fut l’armée victorieuse de l’Islam!