Comme chacun sait, le Pape François a modifié la doctrine de l’Eglise au sujet de la peine de mort, la déclarant désormais « inadmissible », et ce en raison du « développement authentique de la doctrine ».

Or, pour le Préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi que fut le cardinal Ratzinger, la peine de mort relève si bien de l’opinion et non de la doctrine, qu’un catholique peut être en désaccord avec le Pape à ce sujet (Lettre aux évêques américains à propos de l’accès à la sainte communion des responsables politiques, 2004) »… Alors, la peine de mort, relève-t-elle de l’opinion ou de la doctrine ? Si elle relève de la doctrine, la doctrine peut-elle changer ? Non, le développement de la doctrine (Mt 12.35) ne fait que l’expliciter, jamais il ne conduit à affirmer sa négation ! Par exemple, la définition du dogme de l’Assomption a enrichi notre connaissance du mystère de la Vierge Marie, mais sans rien nous faire renier de ce que nous croyions déjà à son sujet. Mais pour François la peine de mort « est inadmissible » parce qu’elle « attente à l’inviolabilité et à la dignité de la personne ». Si donc la dignité de la personne humaine n’est pas relative, mais inviolable, toujours et partout, comment la doctrine de l’Eglise à son sujet pourrait-elle changer ?

Pourquoi « l’aversion toujours plus répandue de l’opinion publique envers la peine de mort » devrait-elle compter parmi « les signes d’espérance d’une nouvelle civilisation de la vie » ? Depuis quand l’Église règle-t-elle sa doctrine sur l’opinion publique ? Dieu ignorait-Il donc et aurait-Il offensé la dignité humaine en punissant de mort Adam et Ève encore en Paradis, et non seulement eux, mais tous leurs descendants, innocents compris ? Si la peine de mort est inadmissible, pourquoi Jésus, a-t-Il invité ses disciples à user de l’épée, si nécessaire, pour assurer leur survie (Lc 22.36) ? Si le pouvoir de vie et de mort est d’origine divine, « donné d’en Haut (Jn 19.11) », comme Jésus l’a enseigné à Pilate, peut-on dire que la peine de mort est inadmissible et contraire à la dignité humaine ? Lorsque Jésus dit que celui qui scandalise l’un de ses frères aurait un meilleur sort d’être condamné à mort (Mc 9.42), enseigne-t-Il seulement une opinion ? Les paroles de Jésus ne peuvent pas passer (Lc 21.33), et personne ne peut Lui donner des leçons de dignité humaine… Il est en effet la plénitude de l’humanité en qui la vérité de la dignité humaine a été révélée « une fois pour toutes (Jude 1.3,5) »…

Les Apôtres qui ont reçu et transmis la vérité du Christ (1 Tm 6.20 ; 2 Tm 1.14), ont enseigné l’origine divine de la peine de mort (Rm 13.4 ; Ac 25.11 ; 1 P 2.13-14), et, à leur suite, tous les docteurs de l’Église ont fait de même. Qu’il suffise de citer saint Thomas d’Aquin pour qui les arguments qui s’y opposent, déjà avancés par les cathares, ces « chrétiens parfaits », « sont sans consistance » (Cf. Somme contre les Gentils, Livre 3,146 ; Somme Théologique, II-II, Q.64, a.2). Avant François, aucun Pape n’a jamais affirmé le caractère inadmissible de la peine de mort, mais seulement, récemment, le souhait qu’elle soit remplacée par une autre peine (Cf. Cyrille Dounot, Une solution de continuité doctrinale, in Catholica, n°141, p.46). Une chose est ce qu’est la peine de mort, et autre chose sa mise en œuvre. Lorsque saint Jean-Paul II affirme que le meurtrier « garde sa dignité personnelle et Dieu Lui-même s’en fait le garant », il ne dit pas que le meurtrier garde le droit à la vie. En effet, comme l’enseigne Pie XII : « par son crime, le meurtrier s’est dépossédé de son droit à la vie (Discours au Congrès international d’histopathologie, 14.09.1952) ». C’est seulement « tant qu’un homme n’est pas coupable, [que] sa vie est intangible (Pie XII, Allocution à l’union médico-biologique Saint-Luc, 12.11.1944) ».

La dignité personnelle, qu’elle soit ontologique ou morale, est d’un autre ordre que celui de cette vie qui passe : elle est destinée à la vie éternelle. Ce que ne voit pas « l’aversion toujours plus répandue de l’opinion publique envers la peine de mort », mais que devrait lui enseigner l’Église ! C’est en effet parce que la dignité morale n’est pas donnée ipso facto avec cette vie, mais qu’elle s’acquiert personnellement, qu’elle est requise pour entrer en Paradis. C’est alors que l’homme créé à l’image de Dieu, devient à Sa ressemblance (Gn 1.26). Les implications de cette modification du Catéchisme de l’Église Catholique sont donc vertigineuses :

  • Si l’Église a ignoré pendant deux mille ans la vérité sur un sujet aussi essentiel que la dignité humaine, pourquoi lui faire confiance au sujet de son enseignement moral bimillénaire, et même sur le mystère théologique de Jésus, qui, pour être Dieu, était aussi vrai homme ?
  • Si l’Église s’est trompée au sujet de la peine de mort, pourquoi ne se tromperait-elle pas sur la contraception, l’homosexualité, l’avortement, l’euthanasie, la PMA, la GPA…, qui relèvent aussi de la dignité humaine ? N’est-ce pas qu’il y a en leur faveur une « aversion toujours plus répandue de l’opinion publique envers » leur condamnation ?
  • Si la peine de mort est contraire à la dignité humaine, alors les militaires doivent démissionner, et les policiers déposer leurs armes, pour courir les mains nues à la recherche des malfrats.
  • Si la peine de mort temporelle est contraire à la dignité humaine, alors l’Église doit effacer ses peines d’excommunication, qui sont bien plus graves que la peine de mort temporelle, puisqu’elles excluent de la communion de l’Église hors de laquelle il n’y a point de salut… éternel. Mais la chose approche, puisqu’aujourd’hui presque plus personne n’est capable de dire que Judas est en Enfer. Même François ne peut plus le dire. Et si Judas n’est pas damné, qui le sera ? (Cf. mon livre Judas est-il en Enfer ? DMM, 2017) Dès lors, pourquoi renoncer à son péché, ou quitter sa fausse religion ?

Jean-Louis Harouel, historien du droit, professeur émérite à Paris II, plaide pour le rétablissement de la peine de mort. Il écrit dans Valeurs Actuelles :

[…] Si une bonne majorité de la population française est favorable à un rétablissement de la peine de mort, c’est qu’elle a fait le lien entre son abolition et un laxisme judiciaire qui fabrique de l’insécurité. Alors même qu’avant sa suppression en 1981 son rôle était devenu largement symbolique, la peine de mort était la clé de voûte de la justice pénale. Sa présence et son emploi, si limité fût-il, donnaient au citoyen confiance dans la justice de son pays, qui restait fondée sur l’idée de responsabilité. Placée au sommet de la hiérarchie des peines, la peine de mort légitimait du même coup les autres peines, qui paraissaient douces par comparaison.

Fondée sans le dire sur l’idée d’irresponsabilité, l’abolition de la peine de mort a enlevé à la justice pénale sa clé de voûte, et du même coup délégitimé toutes les autres peines. Il en est résulté une dislocation du système des peines, avec en premier lieu la suppression de fait de l’emprisonnement perpétuel. De Victor Hugo à Robert Badinter, les idéologues de l’abolitionnisme avaient promis une perpétuité réelle. Or, il n’en a rien été.

Devenue la peine suprême, la réclusion à perpétuité est apparue à son tour inadmissible pour l’humanitarisme pénal, qui a obtenu dans la pratique son abolition. En France, la durée d’enfermement réel des condamnés à perpétuité est en moyenne de l’ordre de vingt ans. D’où la possible libération, au nom du principe d’humanité, d’assassins atroces ayant fait preuve de la plus totale inhumanité, alors qu’ils constituent toujours un péril mortel pour la vie des autres. Et le phénomène du raccourcissement des peines prononcées s’est reproduit à tous les niveaux.

Entre remises de peine et libérations anticipées, la justice semble avoir pour obsession de remettre en liberté les criminels. Libéré sept ans plus tôt que prévu, un multirécidiviste condamné pour treize viols et tentatives de viols à dix-huit ans de prison vient d’assassiner à Nantes une jeune fille de 15 ans. Par ricochets successifs amenuisant la sanction pénale à tous les niveaux, l’abolition de la peine de mort a créé une impunité toujours plus grande des criminels et des délinquants. Cela pervertit la justice qui en arrive à produire ce qu’elle a pour mission de combattre : la barbarie.

Il y a une véritable barbarie produite par l’humanitarisme pénal. Celui-ci conduit la société à trahir sa mission fondamentale qui est – comme on ne le rappellera jamais assez à la suite de Locke – de donner la priorité à la sécurité de l’innocent. Au lieu de quoi, l’idéologie anti-pénale qui a inspiré la suppression de la peine de mort et qui produit aujourd’hui le laxisme judiciaire fait passer la vie des criminels avant la vie des innocents. Le rétablissement de la peine de mort est indispensable à la restauration d’une justice digne de ce nom, garante de la sécurité, en réaffirmant à son plus haut niveau le devoir de la société de punir les criminels.

Affirmer que la peine de mort est devenue inutile dans nos sociétés est un aveuglement.

Source

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Cf. Une solution de continuité doctrinale. Peine de mort et enseignement de l’Église, par Cyrille Dounot