Douze ans après que Shahzad Masih et Shama Bibi, un couple de chrétiens réduits à l’état quasiment d’esclaves, comme la plupart des chrétiens au Pakistan, ont été brûlés vifs après avoir été jetés vivants dans un four à briques, la justice n’a toujours pas été faite, dénoncent les évêques du Pakistan, pour qui la décision de la Cour Suprême ajoute au cycle d’injustices vis à vis des victimes de persécutions.
Les évêques du Pakistan ont exprimé leur consternation après la décision de la Cour Suprême du pays d’annuler les condamnations de trois hommes reconnus coupables de l’assassinat de ce couple de chrétiens, dont l’épouse était enceinte, qui ont été brûlés vifs après avoir été jetés dans un four à briques.
Justice sytématiquement déniée
La remise en liberté des hommes inculpés pour l’assassinat de Shahzad Masih et Shama Bibi fait partie des injustices systématiques vis à vis des chrétiens et des autres minorités subissant la violence que l’islam commande à leur endroit (Coran 9.5,28-33 ; etc.), dénoncent les évêques Mgr Samson Shukardin et Mgr Indrias Rehmat.
La Cour Suprême a annulé les condamnations à mort des trois accusés, en prétextant des manques de preuves et la faiblesse de l’accusation. La plus haute instance judiciaire du Pakistan est allée jusqu’à rejeter le recours formé par le gouvernement provincial du Pendjab contre l’acquittement de 102 personnes accusées de complicité dans les atrocités commises à l’encontre du jeune couple.
Selon l’accusation, en novembre 2014, à Kot Radha Kishan, localité située au Sud de Lahore, une foule a torturé Shahzad et Shama avant de les jeter dans un four à briques, sous prétexte qu’ils auraient « blasphémé ». [voir à ce sujet : Islam et blasphème, l’arroseur arrosé ! ]
La police a ouvert des enquêtes sur une centaine de suspects. Par la suite, cinq d’entre eux ont été condamnés à mort, avant que deux d’entre eux soient acquittés par la Haute Cour de Lahore. Il restait trois accusés, qui ont à leur tour été acquittés par la Cour suprême vendredi 10 juillet.
Réagissant à cette décision de justice, Mgr Samson Shukardin, président de la conférence des évêques catholiques du Pakistan et évêque d’Hyderabad, a déclaré : « Shahzad et son épouse Shama, qui était enceinte, ont été jetés vivants dans le feu. Or, quel est le résultat final de tous ces efforts destinés à rendre la justice ? Les gens ont le sentiment qu’ils n’ont pas droit à la parole, que personne ne les écoute. Ils crient pour être entendus. »
De son côté, Mgr Indrias Rehmat, évêque de Faisalabad, confie : « Nous sommes profondément déçus qu’après douze ans l’histoire se répète. Ceux qui ont le plus souffert continuent à subir des discriminations et des humiliations. »
Les deux évêques ont affirmé que la décision de la Cour Suprême n’est qu’un des nombreux cas d’injustice contre les chrétiens et les autres minorités. Lorsque surviennent des incidents violents, ont-ils dénoncé, des arrestations ont généralement lieu, mais la majorité des suspects – voire tous – sont ensuite remis en liberté, et ceux qui restent en prison finissent par être libérés une fois les poursuites abandonnées ou les condamnations annulées.
Mgr Rehmat a critiqué de la même manière les jugements rendus le 13 juillet par le Tribunal antiterroriste de Faisalabad. Cette institution a acquitté 12 personnes accusées d’avoir participé aux émeutes d’août 2023 à Jaranwala. Lors de ces évènements qui se sont tenus dans la province du Penjap, 26 églises et plus de 80 habitations de chrétiens ont été vandalisées.
Une tendance à l’impunité
Voici ce qu’a affirmé Mgr Rehmat : « Ceux qui détruisent nos églises, profanent nos Bibles et brûlent nos maisons reçoivent la liberté. En revanche, ceux qui ont souffert la douleur et la tragédie ne reçoivent aucune espérance. Ils sont abandonnés. » Dans un communiqué public de la Commission Nationale (catholique) Justice et Paix (CNJP), Mgr Shukardin a apporté son soutien aux préoccupations exprimées, en dénonçant une « tendance continue à l’impunité pour les auteurs de crimes atroces contre les minorités religieuses ».
Mgr Shukardin, qui préside aussi la CNJP, a dénoncé des manquements réitérés de la police lors de l’enregistrement des affaires, ce qui empêche que les tribunaux disposent des preuves nécessaires pour traduire les responsables en justice. « C’est la police qui a la principale responsabilité d’apporter les preuves. Les tribunaux font attention à ce que présente la police. Les faits sont généralement très graves, et requièrent fortement que la justice soit rendue, mais en fin de compte les preuves apparaissent comme faibles », a-t-il affirmé.
L’évêque a en outre souligné que les chrétiens et les autres membres des minorités craignent de réclamer la justice par peur des représailles : « Ceux qui osent parler mettent aussi leur vie en danger. »
Mgr Shukardin a demandé aux gouvernements occidentaux d’exhorter le Pakistan à garantir la liberté religieuse pour tous. « Si les pays les plus influents du monde exigeaient que justice soit faite, cela ferait une grande différence. Des délégations de ces pays visitent fréquemment Islamabad mais ne parviennent pas à connaître la réalité du terrain. »
Les deux évêques ont remercié l’AED pour son travail de mise en lumière des persécutions et des discriminations au Pakistan, en soulignant le fait que sensibiliser l’opinion publique, spécialement en Occident, est fondamental pour la recherche de la justice.
Mgr Rehmat a conclu par ces mots adressés à la fondation : « Nous sommes confrontés en permanence au défi d’exposer au grand jour ces injustices. Je vous suis reconnaissant de nous avoir consacré quelques minutes pour écouter nos préoccupations. »
John Pontifex, Article publié par L’AED, 17/07/2026

Le même sort que Shahzad Masih et Shama Bibi, mais sous une natte …


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