N.B. : Les chiffres placés entre parenthèses (…) désignent une citation coranique, dont le premier chiffre, suivi d’un point, indique le numéro de la sourate, et le suivant, celui du verset (ex. 62.14). Lorsque le premier chiffre est précédé d’une abréviation lexicale, la citation est tirée de la Bible (ex. Jn 3.12), et lorsqu’il est précédé d’un seule lettre majuscule, il indique un article d’un des vingt six chapitres de cette série “Réponses aux musulmans” (ex. L 11).

— 1 Pour repousser les contradictions qu’elles lui apportent et se justifier d’avoir recours à un autre livre que la Bible, les musulmans affirment couramment que les chrétiens ont falsifié leurs Écritures (2.59,75,79 ; 3.78 ; 4.46 ; 5.15,41) et ont donc perdu la Révélation de Jésus, raison pour laquelle Allah a dû envoyer Mahomet apporter à nouveau cette même Révélation que serait aujourd’hui le Coran (2.41,101,213 ; 3.50 ; 4.47 ; 6.92 ; 10.37). Mais si nul ne peut changer les paroles de Dieu (6.34,115 ; 18.27), comment la Bible pourrait-elle avoir été falsifiée ?

— 2 Les musulmans qui affirment que la Bible a été falsifiée, savent-ils qu’Allah les voue à l’Enfer d’oser dire cela (40.70-74) ?

— 3 Comment justifier la venue du Coran au motif que la Bible aurait été falsifiée (2.59), alors qu’Allah affirme l’avoir préservée de toute altération (5.48) ?

— 4 Contrairement à ce que le croient les musulmans, jamais le Coran ne dit que les chrétiens ont falsifié la Bible, mais que certains ― et certains seulement―, ont essayé d’en détourner le sens (cf. 2.59,75,78,79,146 ; 3.78 ; 4.46 ; 5.13-15,41), tandis que les juifs sont accusés de lui avoir substitué d’autres paroles (7.162), lesquelles désignent le Talmud*. La raison de la descente du Coran venant remplacer la Bible n’a donc pas de fondement dans le Coran. L’intégrité de la Bible (Ps 88/89.35 ; Is 40.8 ; Si 47.22 ; Lc 21.33 ; 1 P 1.23 ; Ap 14.6) n’étant pas remise en cause par le Coran, les musulmans ne seraient-ils pas bien avisés de la lire, dans la communion de l’Église, seule garante de son interprétation (2 P 1.20-21 ; 1 P 1.10-12 ; Ac 8.31 ; Lc 10.16) ?

— 5 Comment les musulmans peuvent-ils reprocher aux chrétiens d’avoir falsifié leurs Écritures, alors que Mahomet en a abrogé une grande partie du Coran (5.15) ?

— 6 Si le Nouveau et l’Ancien Testament avaient été falsifiés, comment Mahomet aurait-il pu dire : Apportez donc un livre de la part d’Allah qui soit de meilleure direction que ces deux-là, et je le suivrai (28.49) ?

— 7 Les musulmans veulent croire que le Coran vient redonner les Écritures, telles qu’elles auraient été adressées à Abraham, Moïse, David ou Jésus (2.41,101,213 ; 3.50 ; 4.47 ; 6.92 ; 10.37 ; Voir N 13), en sorte qu’il jouerait le même rôle qu’aurait joué en son temps l’Évangile par rapport à la Torah*, et la Torah par rapport à la révélation antérieure, et ainsi de suite jusqu’à Adam (42.13). La raison de cette succession serait que l’unique Loi ou Révélation — aujourd’hui le Coran, réputé, lui, enfin, infalsifiable (15.9) — aurait sans cesse été falsifiée (3.78 ; 4.46-47 ; 5.15,41). Or, pas plus que les Juifs n’ont jamais pensé que leurs Écritures en remplaçaient d’autres, les chrétiens n’ont affirmé que les leurs remplaçaient celles des Juifs. La preuve en est que la Bible des Juifs ― que les chrétiens appellent l’Ancien Testament ― se trouve intégralement dans la Bible catholique. Les chrétiens n’ont donc pas considéré que la Torah avait été falsifiée… Qui donc finalement falsifie la Révélation ?

— 8 Si la Torah avait été falsifiée, Jésus aurait-Il recommandé à ses disciples de la lire (Lc 10.26 ; Mc 12.24), Lui qui affirme que le ciel et la terre passeront mais que ses paroles ne passeront jamais (Lc 21.33 ; Ap 14.6) ? Aurait-Il Lui-même cité dans ses enseignements des Écritures falsifiées (Mt 4.4-10 ; 5.21,27, 31,33,35,38,43 ; 9.13 ; 10.35) ? Aurait-Il prié (Mt 26.30) et demandé à ses disciples de prier avec les mêmes textes de la Bible qu’utilisaient leurs coreligionnaires — et qu’utilisent depuis deux mille ans les chrétiens (Lc 20.42 ; 24.44) ?

— 9 Le Coran viendrait confirmer l’Évangile (2.41,101,213 ; 3.50 ; 4.47 ; 6.92 ; 10.37). Or, non seulement, le Coran ne reprend rien de ce que la Révélation chrétienne a de spécifique, en sorte qu’il ne peut pas la confirmer, mais surtout, ce qui est parfait n’a pas besoin d’être confirmé (Jn 5.34). En quoi l’Évangile, accomplissement de la Révélation divine (Mt 5.17 ; Jn 5.34 ; Ap 22.18-19), aurait-il besoin d’être confirmé ?

— 10 Si le Coran vient confirmer l’Évangile (2.41,101,213 ; 3.50 ; 4.47 ; 6.92 ; 10.37), cela signifie que le Coran n’a pas d’intérêt en lui-même, mais seulement en fonction de l’Évangile. Lequel doit donc finalement nous intéresser, le Coran ou l’Évangile ?

— 11 Si le Coran vient confirmer l’Évangile (2.41,101,213 ; 3.50 ; 4.47 ; 6.92 ; 10.37), cela oblige donc les musulmans à croire à l’Évangile, et pour cela à le lire… Pourquoi alors leurs imams le leur interdisent-ils ?

— 12 Dieu a-t-Il jamais parlé en vain que l’islam puisse dire que Sa parole s’est perdue ? Ainsi en est-il de Ma parole qui sort de Ma bouche : elle ne revient pas à Moi sans effet, mais elle exécute tout ce que J’ai voulu et elle accomplit ce pour quoi Je l’ai envoyée (Is 55.11) ; La parole de Dieu subsiste à jamais (Is 40.8 ; Ps 88/89.35 ; cf. 59.21). Parce que les Écritures sont l’écho de la Parole de Dieu qui, étant Elle-même Dieu, ne passe pas. Le ciel et la terre passeront, mais Mes paroles ne passeront point (Lc 21.33 ; cf. Ps 118.89-90,152 ; Si 47.22 ; Is 40.8 ; Ba 4.1 ; Mt 16.18-19 ; 28.20 ; Lc 21.33 ; Jn 10.35 ; 2 Co 4.2 ; 1 P 1.23-25 ; Ap 14.6). Affirmant que la Parole de Dieu a été falsifiée, l’islam est-il fondé sur autre chose qu’un blasphème ?

— 13 Puisqu’Allah a voulu que la Torah et l’Évangile soient falsifiés (81.29) et que celui qui falsfie la parole de Dieu est un démon rebelle (22.3), Allah est-il un démon, ou son allié ? Qu’il soit l’un ou l’autre, sa fin n’est-elle pas l’Enfer (22.4) ?

— 14 Si les livres d’Allah (3.3 ; 16.44) ont été falsifiés, alors Allah a montré son incompétence à garder sa parole. Fait-on confiance à qui ne tient pas parole, ou est incompétent ?

— 15 Si les livres d’Allah (3.3 ; 16.44) ont été falsifiés, pourquoi le Coran ne serait-il pas à son tour ?

— 16 Allah demande aux Juifs et aux chrétiens de croire au Coran qui viendrait confirmer leurs Écritures (2.41,89,91,97,101 ; 3.3 ; 10.37), mais quel sens cela a-t-il de confirmer des Écritures falsifiées ?

— 17 De même que les scribes juifs corrigèrent dans le texte massorétique[1] certains passages annonçant trop clairement le Messie Jésus de Nazareth, les judéo-nazaréens ne craignirent pas de les imiter. Ainsi lisons-nous dans les Homélies pseudo-Clémentines (IIe s.) : C’est avec raison que je crois qu’Adam ne commettait pas le péché, lui qui fut conçu par les mains de Dieu, que Noé ne s’enivrait pas, lui qui a été trouvé l’homme le plus juste du monde entier, Moïse n’était pas un meurtrier et ce n’est pas auprès d’un prêtre des idoles qu’il apprenait à juger, lui qui a été le prophète de la loi de Dieu pour le monde entier… Un tel texte prétendant corriger la Bible (2.59,75,79), ne contient-il pas le principe même du Coran ?

— 18 Allah demande à Mahomet ― et donc à travers lui à tout musulman ― de chercher la vérité auprès des juifs et des chrétiens : Si tu es dans le doute au sujet de ce que nous avons fait descendre vers toi, demande à ceux qui lisent le livre avant toi (10.94) ; Interrogez les gens de l’Écriture, si vous l’ignorez ! (21.7). Comment Allah pourrait-il demander de chercher la vérité auprès des Juifs et des chrétiens si leurs Révélations étaient falsifiées ?

— 19 Ô gens du livre ! Vous ne tenez sur rien, tant que vous ne vous conformez pas à la Torah, à l’Évangile et à ce qui est descendu vers vous de la part de votre Seigneur (5.68 ; cf. 3.93 ; 20.133). Quel sens aurait eu ce verset si la Torah (le Pentateuque) et l’Évangile n’avaient pas été disponibles au temps de Mahomet ? Comment les musulmans peuvent-ils croire que les Écritures juives et chrétiennes ont été falsifiées puisqu’Allah commande de les observer ? La Bible actuelle n’est-elle pas identique à celle qui existait au temps de Mahomet ?

— 20 Que les gens de l’Évangile jugent d’après ce qu’Allah y a fait descendre (5.47). Comment Allah aurait-il pu demander aux chrétiens de juger d’après l’Évangile s’il avait été falsifié ? Soit donc les chrétiens peuvent juger d’après l’Évangile, soit ils ne le peuvent pas. S’ils le peuvent, alors l’islam est faux, puisque la foi chrétienne condamne l’islam comme démoniaque (Mt 24.4,11,24 ; Ga 1.8-9 ; 2 P 2.1-3), soit ils ne le peuvent pas, et dans ce cas l’islam est encore faux, puisque le Coran dit que l’Évangile est vrai (5.47 ; 10.94 ; 21.7)… Bref, les musulmans ne feraient-ils pas bien de juger eux-aussi d’après l’Évangile ?

— 21 Il (le Coran) a été prédit par les Écritures des anciens. N’est-ce pas un signe qui parle en sa faveur ? Que les docteurs des enfants d’Israël en aient conscience ! (26.195-197 ; cf. 2.41-44). Comment les enfants d’Israël pourraient-ils reconnaître l’annonce du Coran dans les Écritures des Anciens, s’ils ne disposaient pas de celles-ci ? Et comment Allah peut-il dire que le Coran suffit (6.38 ; 7.145 ; 12.111 ; 16.89 ; 22.70) puisque lui-même renvoie aux Écritures des anciens ?

— 22 Ce Coran n’est nullement forgé en dehors d’Allah mais c’est la confirmation de ce qui existait déjà avant lui, et l’exposé détaillé du Livre en quoi il n’y a pas de doute, venu du Seigneur de l’Univers (10.37). Pourquoi le Coran est-il déjà tenu à l’époque de sa rédaction pour blasphématoire, sinon parce qu’il prenait alors une autre signification ? Et laquelle, sinon celle que le pouvoir califal* souhaitait lui donner pour assurer sa légitimité (voir Z 14) ? Or, quelle meilleure légitimité que celle de la Révélation hébréo-chrétienne ? C’est ainsi que le Coran est devenu la confirmation de la Bible. Mais puisqu’il n’y a pas de doute au sujet de la Bible (10.37), comment les musulmans peuvent-ils ne pas y croire ?

— 23 Peut-on imaginer les disciples de Jésus-Christ, témoins oculaires des événements et vérités rapportés par les Évangiles (Lc 1.1), accepter de les voir faussement rapportés ? Pas plus que nous n’accepterions aujourd’hui de voir écrit, par exemple, que George Bush n’a pas ordonné la guerre en Irak, ou que Jean-Paul II ne s’y est pas opposé, les chrétiens n’auraient accepté que soient déformés les faits pour le témoignage desquels ils ont été capables de donner leur vie dans les cirques de Rome (1 Jn 1.1 ; Ac 4.20 ; 5.32). Accuser Juifs et chrétiens d’avoir falsifié leurs Écritures, n’est-ce pas pour l’islam le meilleur moyen de détourner l’attention de sa propre falsification des Écritures ?

— 24 Et puisqu’en Droit, le témoignage de deux témoins est recevable, pourquoi l’islam ne reçoit-il pas celui du judaïsme et de l’Église, reconnaissant ensemble le texte de l’Ancien Testament comme Parole de Dieu ?

— 25 L’Ayatollah Khomeiny assurait que les chrétiens ont tort d’affirmer que Jésus a enseigné à présenter la joue gauche à celui qui nous frappe sur la joue droite (Lc 6.29), que Jésus a bien plutôt enseigné, en bon musulman qu’il était, à imiter Moïse frappant Pharaon (cf. Ex 7-11). Comment l’Ayatollah Khomeiny sait-il ce qu’a enseigné ou non Jésus ? Et si Jésus n’a pas demandé d’aimer son ennemi, qui a inspiré à saint Jean-Paul II d’aller offrir son pardon au musulman en prison qui lui avait logé plusieurs balles dans le corps ? Quelle religion est certainement divine : celle qui commande de ne pas rendre le mal pour le mal (Rm 12.17,21 ; 1 Th 1.15) mais d’aimer ses ennemis (Mt 5.44), ou bien celle qui s’y refuse ?

— 26 Les musulmans n’apportent aucune preuve que la Bible a été falsifiée… Par qui, où, quand, en quoi la Bible aurait-elle été falsifiée ? Comment aurait-on pu falsifier en même temps des dizaines de milliers de Bibles écrites en différentes langues et réparties aux quatre coins du monde ? Et comment la loi islamique qu’aurait apportée Issa aurait-elle pu devenir la loi évangélique, étant si opposées l’une de l’autre ? À ces questions, les musulmans n’ont pas de réponse ! Pour être crédibles, ils ne devraient pas se contenter de dénoncer la prétendue falsification de la Bible, mais en présenter l’original, afin de prouver, par comparaison, la différence qu’ils dénoncent. Mais si de cela ils sont incapables, n’ont-ils pas la preuve que leur accusation est sans fondement ?

— 27 Si les Écritures juives et chrétiennes avaient été falsifiées, comment se fait-il qu’elles soient sans cesse citées, très scrupuleusement à l’identique, depuis leur origine, et par divers auteurs ?

— 28 Les manuscrits du Nouveau Testament que nous avons sont très nombreux, très anciens (plusieurs fragments de papyrus ont été datés entre l’an 50 et l’an 100), dont certains sont presque complets, en provenance de lieux très éloignés les uns des autres (Égypte, Palestine, Syrie, Turquie, Grèce, Italie), ce qui élimine la possibilité qu’ils puissent tous avoir été falsifiés. Nous possédons environ 5500 manuscrits grecs anciens complets du Nouveau Testament, qui sont identiques à 99,5% les uns aux autres ; 10 000 latins, 9000 en d’autres langues, et 36 000 citations du Nouveau Testament chez les Pères de l’Église (seuls 11 versets n’ont pas été cités) ! De tels chiffres suffisent à assurer que les documents qui nous sont parvenus sont fidèles aux originaux. Les variantes, mineures (orthographe, différences de phraséologie), contenues dans 0,5% d’entre eux, s’expliquent très bien par la distraction toujours possible de la part de copistes même les plus attentifs. Et comme ces variantes ne remettent en cause aucun principe fondamental de la foi, elles sont sans importance. Il est donc manifeste que les Écritures n’ont pas été falsifiées. Si cela avait été le cas, on trouverait de nombreuses variantes. Il est à noter que le Nouveau Testament ne contient aucune référence à la destruction de Jérusalem en 70 ap. J.C, ce qui signe la rapide rédaction des Évangiles. Nous pouvons donc raisonnablement affirmer que la Bible dont nous disposons est conforme à l’original et n’a pas été falsifiée. À titre de comparaison, de l’œuvre bien connue Commentaires sur la guerre des Gaules (De bello gallico) écrite vers 50 av. J.-C. par le général romain Jules César, nous disposons aujourd’hui d’une dizaine de manuscrits ne datant que des IXe et Xe siècles ap. J.-C., dont seulement deux ou trois sont de bonne qualité. Pour autant, personne ne met en doute l’authenticité de ce livre. Alors, a fortiori, pourquoi le faire pour la Bible ?

— 29 Dieu ne pouvant se contredire, certains osent affirmer que les contradictions apparentes de la Bible seraient la preuve qu’elle aurait été falsifiée. À cela il faut répondre :

              I.         La preuve que l’Église n’a pas cherché à falsifier la Bible est que justement, elle n’a pas cherché à supprimer ces apparentes contradictions.

            II.         L’Esprit-Saint est le véritable auteur de la Bible, mais ce sont des hommes qui ont exprimé ce qu’Il leur a inspiré, et ils l’ont fait avec leurs mentalités, leurs cultures (Jn 7.22), leurs styles propres, et dans les limites imposées par chaque langue. C’est la raison pour laquelle, sous l’influence des Prophètes, des interprétations successives de ces textes ont eu lieu et ont été si bien reconnues légitimes qu’elles ont elles-mêmes été intégrées dans le texte sacré (par ex. 1 R 5.5/Is 66.1-2). Se scandaliser par exemple de ce que le Dieu de l’Ancien Testament soit le même que Celui du Nouveau Testament n’est possible que par l’oubli de ce que nous ne vivons pas dans la perfection du Temps divin, que nous ne sommes pas Dieu, ni ses égaux, que nous ne pouvons qu’imparfaitement Le comprendre, et que le progrès est donc toujours possible et bienvenu ;

          III.         La même parole de Dieu est adressée à tous les hommes de tous les temps, en sorte que tous, si différents qu’ils soient, doivent pouvoir entendre Dieu leur parler personnellement… ce qui est en soi non seulement miraculeux (Ac 2.1-11), mais explique que ce qui fait sens pour l’un puisse ne pas faire sens pour un autre, et justifie l’usage d’un style souvent symbolique. Ainsi, lorsque le Seigneur annonce le malheur des riches (Lc 6.24), chacun est invité à découvrir sa richesse ! Si des différences d’interprétation donnent des extensions et/ou des compréhensions différentes de sens, ces différences, en vertu de l’unicité divine, ne peuvent cependant jamais être contradictoires (2 Tm 2.13). Ainsi la Parole est-elle à la fois ancienne et toujours nouvelle (1 Jn 2.7-8) ;

          IV.         Rien ne peut empêcher Dieu d’assumer les contradictions du sens littéral d’un texte pour en faire les signes d’un sens spirituel, qui se dévoile à qui vit en communion avec lui (1 Co 2.13-16). Il y a deux sens dans l’Écriture : le sens littéral et le sens spirituel. Les deux sens sont vrais, mais seul le sens spirituel au final importe (2 Co 3.6), et seuls ceux qui sont guidés par l’Esprit peuvent l’extraire du sens littéral (Ép. 4.18 ; Col 1.21 ; 2 1.20-21 ; 2.12 ; 3.16). Le sens littéral donne à voir, dans la réalité matérielle, évidente pour tous, que la réalité figurée du sens spirituel est vraie puisque le sens littéral qui la donne est lui aussi vrai. Par exemple, le don bien réel de la Terre Promise à Israël, la Terre de Canaan (Gn 12.1-5), doit être interprété par ceux qui désirent autre chose que les biens de ce monde qui passe, comme une preuve de la capacité de Dieu à donner le non moins réel Royaume des Cieux ;

             V.         Les livres entiers de l’Ancien et du Nouveau Testament […] ont Dieu pour auteur et ont été transmis comme tels à l’Église elle-même. Pour la rédaction des livres saints, Dieu a choisi des hommes ; Il les a employés en leur laissant l’usage de leurs facultés et de toutes leurs ressources, pour que Lui-même agissant en eux et par eux, ils transmettent par écrit, en auteurs véritables, tout ce qu’Il voulait et cela seulement (Vatican II, Constitution sur la Révélation divine, 2).

Souvent, un peu de bon sens et un minimum de connaissances suffisent à dissiper l’obscurité des apparentes contradictions, bien connues et toujours resservies, dont voici quelques exemples :

a)     Dans le Livre de la Genèse, que le soleil, la lune et les étoiles aient été créés (Gn 1.16) après la terre (Gn 1.14) n’est pas une erreur chronologique, mais exprime la révélation que tout a été créé en vue de l’homme… qui vit sur la terre ! C’est en effet en fonction de l’humanité, et plus précisément de celle de Dieu incarné, que l’univers reçoit son sens : La réalité, c’est le Corps du Christ (Col 2.17) ; Tout a été créé par Lui et pour Lui (Col 1.16 ; cf. Col 1.15-20; Ép. 1.10 ; 4.9-10).

b)     La Bible dirait que la terre est plate à cause d’expressions comme : des extrémités de la terre (Dt 33.17 ; Lc 11.31) ou : face de la terre (Gn 6.1 ; Ac 17.26) ? Or, bien avant que la science soit en mesure de le prouver, il y a plus de deux mille cinq cent ans, le prophète Isaïe parlait du cercle de la terre (Is 40.22), et le roi Salomon définissait la terre comme un globe (Pr 8.27), ― le terme hébreu se traduisant par cercle, sphère. Mais si la Bible ne dit donc pas que la terre est plate, le Coran par contre le dit (2.22 ; 13.3 ; 15.19 ; 27.61 ; 50.7 ; 51.48 ; 71.19 ; 78.6 ; 79.30 ; 84.3 ; 88.20 ; 91.6)…

c)     Parce que le Dieu de la Bible s’est reposé après les six jours de la Création, l’auteur du Coran croit pouvoir se moquer de Lui en affirmant la supériorité d’Allah qui, Lui, travaille mais ne se fatigue pas (50.38). Or, l’exemple de Dieu Se reposant permet de fonder le droit de l’homme à se reposer. Qui peut s’en moquer à part Allah ? Grâce au Dieu de la Bible, un jour par semaine, les hommes sont délivrés de la servitude des obligations terrestres, peuvent se reposer, vaquer vaquer au culte de Dieu, au soin de leur vie éternelle, et à celui de leur famille. En revanche, si le Dieu du Coran n’a pas besoin de repos, il a besoin d’esclaves (39.16).

d)    Lv 11.20 affirme que des insectes ont quatre pattes alors que la classification scientifique leur en attribue six. C’était aussi pour Voltaire une preuve de la fausseté de la Bible. Or, la définition du mot insecte d’il y a trois mille ans peut ne pas correspondre à celle des zoologistes d’aujourd’hui… Et c’est ainsi qu’insecte peut être traduit par bestiole, et que la chauve-souris est bien une bestiole qui vole en ayant quatre pattes.

e)     Ochozias, avait-il vingt-deux ans lorsqu’il devint roi (2 R 8.26), ou bien quarante-deux (2 R 8.26/2 Ch 22.2) ? Les deux chiffres sont vrais ! Ochozias régna de fait à l’âge 22 ans en suppléance de son père Joram ayant perdu tout prestige suite à ses défaites militaires et à une grave maladie incurable, en sorte que si Joram continuait à être le roi en titre, c’était son fils Ochozias qui exerçait la véritable direction du pays. A la mort de Joram, Ochozias, âgé de quarante deux ans, devint roi en titre. Cette situation explique pourquoi Joram ne reçut pas les obsèques royales (2 Ch 21.19-20), et qu’Ochozias fut intronisé deux fois roi, une fois pour un règne de facto, et une fois pour un règne officiel.

f)      Il est écrit au sujet de Jéchonias que nul de sa race ne siégera sur le trône de David (Jr 22.30). Or saint Matthieu fait figurer ce roi parmi les ascendants du Christ. Serait-ce donc  que Jésus ne descendrait pas de David, ou que la Bible a vraiment été falsifiée ? Ni l’une ni l’autre de ces propositions ne sont vraies, mais Jéchonias, pour n’avoir pas eu de descendant qui se soit effectivement assis sur le trône de David, a tout de même eu une descendance, de laquelle, par Marie, le Christ est issu, Lui dont la royauté n’est pas selon les fastes et les pompes de ce monde (Jn 18.36).

g)     Saint Luc nous dit que saint Joseph était fils d’Héli (Lc 3.23), tandis que saint Matthieu affirme qu’il l’était de Jacob (Mt 1.16). La contradiction apparente est levée lorsque l’on sait que la loi hébraïque du lévirat prescrivait à un célibataire d’épouser la veuve de son frère sans enfant pour lui assurer une postérité (Dt 25.5 ; Mt 22.23-33). Il est donc possible de comprendre qu’Héli et Jacob étant frères et Héli étant mort sans enfant, Jacob ait épousé sa veuve et engendré Joseph. Saint Luc a donné le nom du père légal de saint Joseph et saint Matthieu celui de son père naturel.

h)    Saint Luc rapporte que c’est après être descendu de la montagne et sur un plateau que Jésus a proclamé les Béatitudes (6.17), tandis que pour saint Matthieu c’est après avoir gravi la montagne (5.1). Là encore, il n’est pas difficile d’harmoniser les leçons en considérant que Jésus est monté sur la montagne pour prier (Mt) et que c’est à son retour, en redescendant, qu’Il s’est arrêté sur un plateau pour y prêcher (Lc).

i)      Pourquoi Notre Seigneur dit-Il que Jean-Baptiste est Elie alors que Jean-Baptiste dit le contraire (Mt 11.14/Jn 1.21) ? Si Jean-Baptiste semble contredire l’affirmation de Jésus à son sujet en ne se reconnaissant pas la mission d’Elie (Mt 11.14), c’est en raison de son humilité, semblable à celle de la Vierge Marie qui, à la différence de toutes les autres jeunes filles d’Israël désirant chacune être choisie pour être la mère du Messie, s’imaginait si peu en être jugée digne, qu’elle s’était consacrée à Dieu dans la virginité (Lc 1.34). De même, Jean-Baptiste était incapable d’imaginer être le nouvel Elie.

j)      Jésus a-t-il envoyé ses disciples en mission en leur défendant de prendre même un bâton (Mt 10.10 ; Lc 9.3), ou non (Mc 6.8) ? Saint Thomas d’Aquin répond (in La chaîne d’Or) que Jésus a commandé de prendre pas même un bâton ou rien qu’un bâton, pour, à la fois, interdire de se soucier des moindres choses nécessaires à la vie (Pas même un bâton), tout en les assurant que le pouvoir qu’Il leur communiquait, figuré par le bâton (Rien qu’un bâton), leur permettrait de ne manquer de rien. Aucun des Évangélistes n’a rapporté les deux idées, ce qui fait croire à certains qu’elles sont étrangères.

k)     Comment Jésus peut-Il dire : Nul n’est monté au Ciel sauf Celui qui en est descendu, le Fils de Dieu qui est au Ciel (Jn 3.13), puisque Enoch et Elie sont eux-aussi montés au Ciel (Gn. 5.2 ; 2 R.2.11) ? Jésus annonce ici l’effet de la génération spirituelle inaugurée dans le baptême, dont Il vient de parler, qui divinise les hommes, les rendant membres du Christ, de sorte que celui qui monte au Ciel ne fait qu’un avec Celui qui est descendu sur terre. Jésus regarde en effet son Eglise comme Son corps, c’est-à-dire comme Lui-même (1 Co 6.15 ; 12.27). Si, par le baptême et la vie de la Grâce, nous sommes devenus un même être avec Lui (Jn 15.5), c’est le même Verbe de Dieu qui remonte avec nous au Ciel d’où Il est descendu ; et ainsi Celui qui reste toujours au Ciel ne cesse pas d’y remonter tous les jours. Il est le Chemin (Jn 14.6), la Porte (Jn 10.7)…

l)      Jésus juge-t-Il (Jn 5.30) ou non (Jn 8.15 ; 12.47) ? Jésus est venu nous sauver, non nous juger (Jn 12.47). Si toutefois nous ne voulons pas de Son salut, alors nous aurons Sa justice, et serons jugés (Jn 12.48). Qui croit en Lui n’est pas jugé ; qui ne croit pas est déjà jugé, parce qu’il n’a pas cru au Nom du Fils unique de Dieu (Jn 3.18).

m)   Qui a porté la croix, Jésus (Jn 19.17) ou Simon de Cyrène (Lc 23.26) ? Les deux ! Quand Jésus n’a plus pu la porter, Simon de Cyrène a été réquisitionné pour la porter à Sa place.

n)    A quelle heure Jésus a-t-Il été crucifié ? A six heures (Jn 19.14) ou à trois heures (Mc 15.25) ? Les Juifs comptaient les douze heures du jour à partir du lever du soleil, et celles de la nuit à partir du coucher du soleil, tandis que les Romains les comptaient à partir de minuit et de midi. Les Évangiles synoptiques (Mt, Mc & Lc) utilisent la méthode juive de compter et l’Évangile de Jean la méthode romaine.

o)     De ce que le texte des différents Évangiles ne rapporte pas en chacun exactement le même intitulé du motif de condamnation à mort fixé sur la croix de Jésus, les détracteurs de l’Évangile croient pouvoir en tirer une preuve de fausseté. Or, que les expressions Celui-ci est Jésus, le roi des Juifs et Jésus de Nazareth, roi des Juifs soient différentes, n’implique pas qu’elles soient contraires. Pour qu’elles le soient, il faudrait que l’une dise : Jésus n’est pas le roi des Juifs, ou l’autre Celui-ci n’est pas Jésus de Nazareth. Mais tel n’est pas le cas. En fait, chacun des Évangélistes rapporte son témoignage, et ce qui est justement pertinent, est que ces témoignages ne se contredisent pas. Un témoin étant différent d’un autre témoin, et aucun ne pouvant tout dire, chacun ne rapporte jamais qu’une partie de ce dont il est témoin. Les grands prêtres eux-mêmes ne rapportent pas le texte exact qu’ils ont lu sur l’écriteau et qu’ils demandent à Pilate d’enlever (Jn 19.21/19.18).

p)    Saint Matthieu écrit que les deux bandits crucifiés de part et d’autre de Jésus L’injuriaient (27.44), tandis que saint Luc ne relate cela que d’un seul (24.39). Ces deux leçons s’harmonisent en considérant que si les deux bandits ont commencé par blasphémer, scène que raconte saint Matthieu, l’un des deux a pu finir par être touché de l’attitude du Christ au point de se convertir et cesser alors de L’injurier, scène que raconte saint Luc. Chaque témoin raconte le même événement, mais à un moment différent. Il en va ainsi pour les différences de chiffres : Salomon eut-il 1200 chevaux (2 Ch 1.14) ou douze mille (2 Ch 9.25) ? Il est facile de comprendre que les comptes ayant été faits à des époques différentes, le cheptel entre-temps avait grossi… Ou bien : quelqu’un a-t-il jamais réellement cru que les Philistins étaient aussi nombreux que les grains de sable au bord de la mer (1 Sm 13.5) ?

q)     Au chapitre 9 du livre des Actes des Apôtres saint Luc écrit que lors de la conversion de Saul sur le chemin de Damas ses compagnons percevaient le son de la voix qui lui parlait (Ac 9.7), alors qu’au chapitre 22 saint Paul dit que ses compagnons n’entendirent pas la voix qui lui parlait (Ac 22.9). Alors, ont-ils entendu ou n’ont-ils pas entendu ? Pour résoudre l’apparente contradiction, il suffit de se rappeler qu’entendre signifie aussi comprendre, en sorte que dans les deux récits les compagnons ont entendu le son de la voix mais n’ont pas compris ce qu’elle disait. Un texte dit que les compagnons entendaient seulement le son de la voix et l’autre dit qu’ils ne comprenaient pas ce que disait la voix. Les deux textes ne se contredisent pas.

Les différences font ressortir l’essentiel. C’est pourquoi l’Église n’a pas peur d’avoir quatre Évangiles plutôt qu’un seul. Elle aurait pu, comme le troisième calife, fondre tous les récits en un seul pour éviter les apparentes discordances. Elle ne l’a pas fait… Preuve qu’elle ne cherche pas à fabriquer un récit, mais à rendre compte d’un événement. Les témoignages ne sont jamais identiques. Un même fait rapporté par des témoins différents sera nécessairement rapporté de façon différente. L’un a remarqué qu’il avait des moustaches et l’autre qu’il avait des chaussettes roses. Est-ce parce que l’un ne dit pas qu’il avait des chaussettes roses que ce n’est pas l’homme aux moustaches ? L’Église nous met aussi en garde contre les ignorants en mal de questions et de disputes de mots, d’où naissent l’envie, les querelles, les propos injurieux, les mauvais soupçons, les discussions sans fin d’hommes qui ont l’esprit perverti, privés de la vérité (1 Tm 6.3-5,20 ; cf. 2 Tm 2.14,16,23 ; 3.5,8 ; Tt 3.9)… Les inévitables différences formelles des témoignages font-elles autre chose que mettre en relief les caractères communs de ceux-ci ?

— 30 À la différence de ce que le croient les musulmans du Coran, la Bible n’est pas tombée du Ciel où elle demeurerait immuable (3.7 ; 43.2-4 ; 56.78 ; 85.21-22). La Bible est le résultat de l’étroite collaboration de deux auteurs, Dieu et l’homme, chacun agissant en fonction de sa nature et de son intention ; elle n’est pas dictée, mais inspirée (2 Tm 3.16 ; voir L 65,66). La Bible (y compris l’Ancien Testament) n’est pas seulement divine (auquel cas elle serait incompréhensible), et pas non plus seulement humaine (auquel cas elle ne serait pas la Parole de Dieu). Elle est une œuvre à la fois divine ET humaine pour nous communiquer la Parole de Dieu en un langage qui nous soit compréhensible parce qu’humain. Celui qui, tel Rahmatoullah al-Hindi (Manifestation de la vérité, Éd. Iqra, Paris, 1996), s’offusque des apparentes contradictions de la Bible, montre qu’il ne la lit que comme une parole humaine. Si le media participe nécessairement des deux termes qu’il met en relation, passer de la parole humaine à la parole divine, implique le saut de la foi, la conduite de l’Esprit. Aussi, lorsque le musulman recourt au cadre conceptuel de l’Écriture propre à la foi chrétienne (qu’il prétend pourtant rejeter !) pour l’appliquer aux problèmes d’interprétation du Coran, en affirmant par exemple la nécessité de connaître le contexte pour découvrir le sens d’un verset, que fait-il d’autre sinon renier le caractère uniquement divin du Coran ? Si le sens du Coran relève du contexte historique, comment peut-il être univoque (39.28), c’est-à-dire valable de la même manière pour tous les hommes de tous les temps ?

— 31 Si Dieu est un, Sa Parole est une, et il n’est pas possible de découvrir le sens des textes sacrés chrétiens sans prêter attention aussi bien au contenu qu’à l’unité de l’Écriture tout entière, et donc au sens que la Tradition vivante de l’Église lui a déjà reconnu et avec lequel aucune juste lecture ne saurait se trouver en contradiction. Ainsi seulement est-il possible d’échapper aux délires de sa propre subjectivité. La lecture de la Bible se fait aussi selon l’analogie de la foi, c’est-à-dire en vertu de la cohésion interne aux vérités de la Foi, et en fonction du but de la Révélation (cf. CEC 114). Tout discours sur Dieu ne peut qu’user de l’analogie de l’être, exprimant la similitude entre l’être reçu des créatures et l’Être subsistant par Soi. Par exemple, du fait que du ciel nous viennent la lumière et la pluie, et avec eux la vie, et que le ciel est hors de notre atteinte, nous dirons que Dieu est au Ciel pour dire qu’Il est inaccessible et que de Lui nous viennent la vie et tous ses dons. Le mot Ciel n’a alors bien évidemment pas le sens courant, mais un sens analogue au sens courant. C’est ainsi que les mots servant à désigner les perfections de l’homme servent aussi à désigner celles de Dieu, en vertu d’une certaine proportion. Dans l’analogie d’attribution, le sens des mots n’est pas totalement identique ni totalement différent. Les mots de la foi n’ont ni un sens univoque (le signe et le signifié s’identifiant, comme dans la lecture littérale et partant magique du texte sacré), ni un sens équivoque (aucune ressemblance à Dieu donnerait aucune possibilité de parler de Dieu, comme l’islam veut le croire). Puisqu’il n’y a rien de commun entre Allah et sa création au point qu’admettre l’Incarnation est le pire des blasphèmes (4.48), comment l’islam ose-t-il parler d’Allah ?

— 32 Si le Coran est la reprise des Révélations antérieures, comment se fait–il qu’il ne contienne pas, par exemple, les dix commandements (Ex 20), ni l’obligation du baptême (Jn 3.3), déjà annoncée dans l’Ancienne Alliance (Nb 19.1-22) ? Les foules venaient se faire baptiser par saint Jean-Baptiste pour être lavées de leurs péchés et se préparer à recevoir le salut apporté par le Messie (Jn 1.29-31,35 ; cf. Mt 3.1-17 ; Ac 1.22). Jésus Lui-même demanda à recevoir le baptême. Pourquoi ? Pour en montrer l’absolue nécessité (Lc 12.50). Il a ensuite Lui-même baptisé (Jn 3.22 ; 4.1), d’un baptême nouveau et parfait, qui non seulement lave les péchés originel et personnels, mais donne l’Esprit-Saint et fait ainsi entrer dans la communion éternelle avec Dieu. L’archéologie permet de voir encore de nos jours des baptistères de la première génération chrétienne. L’histoire, la littérature chrétienne, mais aussi la littérature non-chrétienne, témoignent que l’Église a, depuis ses débuts, toujours et partout, pratiqué le baptême (Ac 10.48 ; 16.22 ; Rm 6.4 ; Col 2.12 ; 1 P 3.21). Or, les musulmans, eux, ne baptisent pas. Si donc les chrétiens ne sont plus fidèles à la Révélation donnée par Jésus en administrant le baptême, est-ce que les musulmans peuvent dire à quel moment le baptême aurait été frauduleusement introduit dans la pratique de l’Église ? Et s’ils ne le peuvent, parce que tout montre que les chrétiens ont toujours baptisé, les musulmans n’ont-ils pas alors la preuve que ce sont eux qui ne sont pas fidèles à la Révélation donnée par Jésus ?

— 33 Il arrive que les musulmans présentent l’Évangile selon Barnabé comme étant l’Évangile original. Il s’agit en fait d’un écrit musulman composé en Espagne au XVIe siècle pour confirmer dans l’islam les Morisques. Il utilise des arguments classiques de l’apologétique musulmane, comme celui de saint Paul ayant trahi le véritable Évangile, ou celui de Jésus emporté au Ciel tandis que Judas meurt à Sa place sur la Croix. Jésus n’y est qu’un prophète envoyé aux seuls Juifs pour annoncer la venue de Mahomet, envoyé, lui, au monde entier (Les musulmans ne se demandent évidement pas pourquoi c’est aux Juifs et non aux Arabes que ce Jésus a été envoyé annoncer la venue de Mahomet, ni pourquoi les chrétiens avaient déjà évangélisé le monde entier alors connu…). Jésus Se contente d’y réprimander Juifs et Romains pour leur polythéisme, et cherche à les ramener à l’observance de la Loi. Il nie bien sûr être le Fils de Dieu. L’auteur de cet écrit était si inculte qu’il ignorait que Christ était la traduction gréco-latine de l’hébraïco-araméen Messiah, en sorte qu’il a imaginé deux personnages différents : Mahomet, qui est le Messie, et Jésus, qui est le Christ (Ch. 1). Ce document contient nombre d’autres erreurs : il place Nazareth au bord de la mer (ch. 20-21), affirme que Marie a enfanté sans douleur (ch. 3), alors que le Coran dit le contraire (19.22-23) ; commande la monogamie (ch. 115), alors que le Coran légitime la polygamie (4.3) ; signale neuf cieux (ch. 178), alors que le Coran n’en mentionne que sept (2.29) ; fait dire à deux reprises à Jésus qu’Il n’est pas le Messie (ch. 96-97), alors que le Coran dit le contraire (3.45 ; 4.171,172 ; 5.72,75 ; 9.31)… Bref, lequel est authentique, le Coran ou l’Évangile de Barnabé… ou aucun des deux ?

— 34 Comment l’islam pourrait-il mieux se débarrasser des Écritures chrétiennes qui le condamnent (Ga 1.8_9 ; Ap 22.18-19) qu’en les falsifiant (2.59,75,79 ; 3.78 ; 4.46 ; 5.15,41) pour les mettre à son service (7.157 ; 61.6) ?

— 35 La calomnie selon laquelle l’Église aurait falsifié la vérité a toujours été utilisée par les mouvements antichrétiens prétendant mieux connaître le christianisme que les chrétiens eux-mêmes… tout en ayant entre eux des interprétations divergentes. Aussi, bien avant qu’apparaisse l’islam, Saint Paul écrivait : Nous rejetons loin de nous les choses honteuses qui se font en secret, ne nous conduisant pas avec astuce et ne falsifiant pas la Parole de Dieu ; mais en manifestant franchement la vérité, nous nous recommandons à la conscience de tout homme devant Dieu. Si notre Évangile est voilé, c’est pour ceux qui se perdent qu’il est voilé, pour les incrédules dont le dieu de ce siècle a aveuglé l’intelligence, afin qu’ils ne voient pas resplendir l’Évangile de la Gloire du Christ, qui est l’Image de Dieu (2 Co 4.2-4). Les premiers chrétiens n’avaient-ils pas le souci de garder intact le dépôt des Saintes Écritures (1 Tm 6.20 ; 2 Tm 1.14 ; Ap 22.18-19), et par elles la Révélation pour laquelle ils donnèrent jusqu’à leur vie ?

[1] Le texte massorétique est le texte biblique hébreu produit par des érudits juifs à la fin du ier s. ap. J.-C.