Il est difficile pour un prêtre de répondre à cette question étant donné le peu de jeunes familles qui viennent encore généralement à la Messe et la crainte de les en dissuader par une remise en cause de leurs pratiques…

… Et cependant, la question se pose non seulement pour lui, responsable de la qualité de la liturgie, pour les participants, y compris les parents eux-mêmes, dont le recueillement peut être rendu impossible par les cris et pleurs des bambins, mais encore pour le bien des enfants eux-mêmes.

En effet, la participation à la Messe requiert l’attention aux Mystères de la Rédemption rendue présente, d’où la demande immémoriale de l’Église à ce que le silence, qui favorise le recueillement, soit observé durant la liturgie. Mais même en dehors des temps où la liturgie est célébrée, le respect du silence est demandé dans les églises en raison de la présence du Seigneur à qui nous devons l’hommage de notre attention. Et parce que dans les sacristies on se prépare à célébrer les Saints Mystères, la pratique du silence y est aussi prescrite : « Déjà avant la célébration elle-même, il est louable d’observer le silence dans l’église, à la sacristie et dans les lieux avoisinants, lorsque tous se préparent à célébrer les saints mystères avec dévotion et selon les rites. »[1] Ainsi donc, parce que « La prière eucharistique exige que tous y participent par les acclamations prévues dans le rite lui-même et que tous l’écoutent avec respect et en silence. »[2], les parents y sont tenus au même titre que les autres participants, ce qui peut leur être parfois très difficile s’ils ont des enfants trop petits ou dissipés. Aussi le Code de Droit canonique stipule : « Les parents en premier, et ceux qui tiennent leur place, de même que le curé, ont le devoir de veiller à ce que les enfants qui sont parvenus à l’âge de raison soient préparés comme il faut et soient nourris le plus tôt possible de cet aliment divin, après avoir fait une confession sacramentelle ; il revient aussi au curé de veiller à ce que les enfants n’ayant pas encore atteint l’âge de raison, ou ceux qu’il juge insuffisamment disposés, ne soient pas admis à la sainte Synaxe. (Can. 914) » [3]… Je rappelle également qu’aux premiers âges du christianisme, les catéchumènes et les pénitents devaient quitter l’église au début de la prière eucharistique, parce qu’ils étaient reconnus inhabiles à s’unir au Sacrifice du Christ… Aujourd’hui, il est vrai, nous en sommes arrivés au point où des évêques et des cardinaux militent pour que même les pécheurs publics restent dans l’église et y reçoivent les sacrements… histoire de se damner un peu plus avec ceux qui les écoutent (1 Co 11.29) !

Ordinairement la présence des bambins à la Messe est justifiée par la Parole de Jésus disant : « Laissez les petits enfants et ne les empêchez pas de venir à Moi ; car c’est à leurs pareils qu’appartient le Royaume des Cieux. » (Mt 19.14). Mais on ne fait pas très attention (Ah ! justement… l’attention…) à ce qui est véritablement dit dans cette phrase… Jésus ne dit pas : « Amenez-Moi les petits enfants », mais : « Ne les empêchez pas de venir ». Autrement dit : c’est aux enfants de venir à Jésus, et non pas à leurs parents à les Lui amener ![4] Et tant que les petits enfants ne savent venir à Jésus d’eux-mêmes, il faut donc le leur apprendre… Cette éducation est autrement plus exigeante, mais certainement aussi ô combien plus formatrice que celle qui consiste à s’en remettre aux effets magiques qu’aurait la proximité physique de l’Eucharistie… Jésus n’a pas besoin que les enfants soient présents à la Messe ou à l’adoration du Saint-Sacrement pour les bénir : Il Lui suffit de la demande intérieure de leurs parents pour cela (Mt 8.8). Et si à l’inverse, on affirme que c’est la présence des petits enfants qui attire de nombreuses grâces à l’assemblée, que l’on sache qu’elles ne sont certainement rien à côté de celles que donne une participation attentive à la Messe.

Je souhaite donc, et demande, que la venue à la Messe des petits enfants soit pré-pa-rée à la maison jusqu’à ce qu’ayant atteint l’âge de raison, ceux-ci soient capables de prendre pieusement part à la célébration des Saints Mystères. Imaginez un enfant qui grandit en apprenant qu’un jour, lui-aussi, sera admis à accompagner ses parents et grands frères et sœurs à ce Mystère entre tous par eux chéris : l’actualisation du Sacrifice de Jésus… Comment sa joie ne grandirait-elle pas en même temps que lui, vivifiée non pas tant par la curiosité de l’inconnu que par l’attrait du Mystère, rendu aimable et désirable dans la connaissance de sa grandeur qui lui serait au fil des jours révélée ? Que le jour de sa première communion deviendrait alors pour lui un grand et saint jour ! Avec quelles dévotion n’y participerait-il pas alors ? Quel respect n’enseignerait-on pas ainsi de Notre Seigneur présent en nos églises, et de Son adorable Sacrement ! Qu’enseignons-nous finalement à nos enfants ? Serait-ce parce que nous-mêmes ne savons pas ce  que nous venons faire lorsque nous venons à la Messe ? Nous venons à la Messe pour… mourir… d’amour… en nous offrant « au Père, par Jésus, avec Jésus et en Jésus… dans l’unité du Saint-Esprit ». Aussi réellement que Jésus rend présent Son Sa-cri-fi-ce sur l’autel, nous nous unissons à Sa… MORT (1 Co 11.26)… afin de pouvoir vivre ensuite de Sa vie de Ressuscité, et cela, qui saurait le faire sans y avoir été initié ? Pitié, ne réduisons pas « LE Mystère de la Foi » à une formalité réglementaire, ou à un acte superstitieux ! « Voilà pourquoi il y a parmi vous beaucoup de malades et d’infirmes, et que bon nombre sont morts. » (1 Co 11.30), et pas d’abord physiquement.

Se pose la question de la garde des petits enfants lorsque toute la famille va à la Messe… La réponse appartient en premier lieu à M. le Curé, qui doit organiser, avec les familles, mais aussi tous les paroissiens responsables, un tour de rôle pour qu’un ou plusieurs d’entre eux, au nom de la charité qui les unit, un dimanche, aille à deux messes : l’une pour y participer, l’autre pour y garder, enseigner et faire prier, dans une salle réservée, ces petits enfants.

Chaque personne présente dans une église doit veiller au respect du à la Présence du Seigneur, respect qui se manifeste par le silence, non « le silence d’inertie d’assemblées individualistes et informes, qu’il faut faire disparaître, [mais] le silence de plénitude, le silence communautaire, nourri et préparé par le chant et la catéchèse. Le silence est le sommet de la prière ; c’est à sa qualité qu’on mesure la réussite de l’effort pastoral. »[5]

« Le silence est le sommet de la prière ; c’est à sa qualité qu’on mesure la réussite de l’effort pastoral. »…

1 er communion

Abbé Guy Pagès


[1] Institutio Generalis Missalis Romani (2002), n°45 ; « La sacristie [elle-même] devra toujours apparaître aux servants comme le vestibule du sanctuaire, un lieu de silence et non de bavardages ou de plaisanteries. » (Directoire pour la pastorale de la messe à l’usage des diocèses de France, Assemblée des Cardinaux et Archevêques, Nov 1956)

[2] ORDO MISSAE Présentation Générale du Missel Romain

[3] Il est évident que les canons 1246 et 1248 relatifs à l’obligation de participer à la Messe les dimanches et jours de fêtes doivent être interprétés en ce qui concerne l’âge à laquelle s’applique cette obligation en fonction du canon 914, qui en traite explicitement. Le recours à « La Tradition la plus antique » n’est donc pas pertinent, comme il n’est pas légitime, en matière liturgique, de passer d’un rite à un autre… Quant à cette prétendue « Tradition la plus antique », elle n’est pas plus antique que catholique si elle nie qu’une plus grande perfection puisse avoir lieu, à l’instar de l’évolution dogmatique de l’Église. 

[4]  Ce sont bien les parents qui amènent leurs enfants à Jésus en Mt 19.14, mais ils les Lui amènent « pour qu’Il leur impose les mains », c’est-à-dire pour une action qui est spécifiquement ordonnée aux enfants, et qui n’est donc identifiable ni à la prédication de Jésus  ni a fortiori à la Messe, laquelle n’est pas une manifestation ordinaire de Jésus, mais l’actualisation de Son sacrifice, de Sa mort (1 Co 11.26). C’est pourquoi il n’est pas possible de croire qu’amener les enfants à la Messe, alors qu’ils sont incapables d’y participer, relève de la même démarche que celle de ces parents. Que se serait-il passé si, pendant que Jésus enseignait, ses auditeurs n’avaient pu L’entendre à cause des cris et pleurs d’enfants présents ?…

[5] Directoire pour la pastorale de la messe à l”usage des diocèses de France, Assemblée des Cardinaux et Archevêques, Nov 1956.