Homélie pour le jour de Noël


 Is 52 7-10 ; Ps 97 ; He 1 1-6 ; Jn 1 1-18

L’homélie au format MP3

L’homélie avec l’Évangile au format MP3

Chers Frères et sœurs,

Nous voici rassemblés pour célébrer un événement tellement extraordinaire qu’il est à craindre que nous n’en percevions que très difficilement, voire seulement superficiellement, la réalité absolument merveilleuse…

En effet, la Parole par laquelle Dieu Se connaît, qui connaît donc Dieu, et qui vient nous Le révéler, Le Verbe de Dieu, S’est fait Chair (Cf. Jn 1 14) ! Et malgré les signes manifestes de Sa venue ― qui a changé l’histoire du monde ―, le monde n’en veut toujours pas (Cf. Jn 1 10) ! Il suffit de voir chez nous en ce moment l’arrêt du Conseil d’État ordonnant le retrait de la croix de Ploërmel ou la chasse aux crèches dans l’espace public ! « Il est venu chez les Siens, et les Siens ne L’ont pas reçu (Jn 1 11) »…

Même s’ils se pressent dans les églises en ces jours de fête, et a fortiori s’ils se contentent d’un bon réveillon, pour beaucoup, le Christ est venu pour rien… La plupart demeurent étrangers à la joie des anges et des humbles bergers, parce qu’ils n’osent pas croire une chose aussi impossible à imaginer : Celui par qui tout a été fait et sans qui rien n’a été fait, Lui qui est la Vie et la Lumière des hommes (Cf. Jn 1 3-4), est venu épouser Sa création, Se donner à elle, naître chez nous pour que nous puissions renaître chez Lui ! A ceux qui, à la voix du messager de la Bonne Nouvelle, éclatent en « un seul cri de Joie (Is 52 8) », Dieu donne de devenir enfants de Dieu (Jn 1 12) ! Un seul cri de joie parce qu’ils sont un, unis, vivent dans la communion avec Dieu et entre eux. Ils sont enfants de Dieu, parce que renés de l’eau et de l’Esprit !

Devenir enfant de Dieu, personne ne le peut, à moins d’avoir écouté la voix des guetteurs et leur appel retentir. Certes, beaucoup de jeunes n’ont pas reçu de catéchèse, et beaucoup en ont reçu une mauvaise. Mais cela n’explique pas tout : manque le témoignage d’une vie proche où jaillit sans cesse la joie apportée au monde par la naissance du Fils de Dieu… « Éclatez en cris de joie, ruines de Jérusalem (Is 52 9) » ! Si âgés ou abattus que nous soyons, il n’est plus possible de ne pas déborder de joie ! Même si notre vie nous apparaissait comme un tas de ruines, voici que Dieu, Se faisant semblable à nous, vient nous restaurer en une condition qui surpasse tout ce que l’on peut imaginer : ayant accompli la purification des péchés, Il fait de nous Ses enfants !

Puisque nous sommes devenus enfants de Dieu, comment pourrait-on ne pas être assez riche, assez beau, assez jeune, assez aimé ? Comment ne pas « éclater en cris de joie (Is 52 9) » avec le prophète Isaïe ? « Que résonnent le monde et tous ses habitants (Ps 97 7) » demande le psalmiste !

Pour saisir un tant soit peu l’immensité de la joie qui nous est offerte avec la Naissance incomparable de Jésus, il faut nous rappeler qu’en dehors de la purification de nos péchés, qu’Il a accomplie, nous sommes irrémédiablement pécheurs et voués au feu de l’Enfer… Par le péché, l’humanité a voulu se faire Dieu, aussi, pour sauver l’humanité, Dieu S’est-Il fait Homme ! Voilà la réponse de Dieu au malheur des hommes ! Dieu en avait fait la promesse à Israël par ses prophètes, mais toutes les traditions religieuses de l’humanité ont gardé en elles, plus ou moins confusément, l’espérance en l’intervention secourable d’une divinité bienveillante, écho de la promesse de salut faite à Adam et Ève après leur faute…

Nous n’aurions jamais pu imaginer ce que l’infinie Miséricorde de Dieu a fait en nous donnant pour Sauveur Jésus-Christ. « Il vient combler et même dépasser l’espérance des nations », dit la préface de la solennité de l’Annonciation… C’est pourquoi personne en dehors de l’enseignement de l’Église ne connaît qui est Jésus-Christ… Jésus-Christ n’est pas le grand Sage que vénèrent les philosophes, ni le précurseur des révolutionnaires, ni le premier communiste ; Il n’est pas un prophète comme le croient les musulmans, ni une manifestation de Dieu, comme le considèrent le Brahmanisme, le New-Age et tous les courants ésotériques. Il n’est pas le Grand Initié qu’imagine la Franc-maçonnerie. Si tous ces gens vénèrent Jésus, ils ne reconnaissent cependant pas qu’Il est Dieu. Sinon, ils seraient chrétiens ! Vénérer Jésus-Christ, ce n’est pas L’adorer… Seule la Révélation fait connaître Jésus-Christ, et seule la Foi Le connaît. Seuls ceux qui, avec les Bergers et les Mages, adorent Jésus-Christ sont chrétiens. 

Ne sont pas enfants de Dieu ceux qui sont nés de la chair et du sang, nous dit saint Jean (CfJn 1 13), c’est-à-dire ceux qui sont nés seulement de l’union légitime de l’homme et de la femme dans le mariage, ni ceux qui sont nés d’une volonté charnelle (Ibid.), c’est-à-dire en dehors du mariage, ni ceux qui sont nés d’une volonté d’homme (Ibid.), c’est-à-dire par la PMA, la GPA, ou, ― malheur ! – un jour peut-être, par le clonage !

Ils ne sont pas enfants de Dieu parce que le Don de Dieu n’est pas à mesure humaine ! Il dépasse toute espérance ! Les trans-humanistes peuvent bien rêver « améliorer  » l’humain par des implants et technologies de toutes sortes, ils ne feront que désirer la divinisation offerte par la communion à Jésus-Christ sans pouvoir l’atteindre… mais il leur faudra craindre les monstres qu’ils auront engendrés !

Seuls sont enfants de Dieu ceux qui renaissent par le Baptême et qui gardent le Trésor de la Vie divine jusqu’à leur mort – laquelle devient alors leur naissance à la vraie vie, la Vie éternelle. Ceux-là deviennent enfants de Dieu comme seul Jésus est Enfant de Dieu ! Jésus est enfant de Dieu par nature et nous le devenons par grâce. Ce que saint Jean exprime en disant : la Loi fut donnée par Moïse ; la grâce et la vérité sont venues par Jésus Christ. (Jn 1 18).

La Vérité appelle, cherche son écho au cœur de tout homme. A la lumière de la Rédemption, Elle offre Sa miséricorde. Mais ne L’accueillent que ceux qui entendent Sa voix, et lui répondent par des actes témoignant que la relation est acceptée, qu’une nouvelle vie est commencée, celle d’enfant de Dieu (Mt 7.21 ; Jc 2.18) [1]. Ne sont pas fils de Dieu ceux qui n’entendent pas la voix de Dieu (Jn 8.47), ainsi que le pape Pélage 1er  le reconnaissait : « Les impies qui, soit n’auront pas reconnu la voix du Seigneur, soit l’auront reconnue mais l’auront abandonnée, séduits par des transgressions de toute nature, de sorte que par le choix de leur propre volonté ils seront devenus des ‘vases de colère, destinés à la perdition’ (Rm 9.22), Dieu les livrera par Son très juste jugement aux peines du feu éternel afin qu’ils y brûlent sans fin. »[2]. La réponse que nous renvoyons au Christ est concrètement perçue par la médiation de Son corps, composé de ceux qui Lui sont unis, et à qui Il nous demande de faire miséricorde pour nous rendre digne de recevoir la Sienne. C’est pourquoi « les saints jugeront le monde ? (1 Co 6.3) », eux qui auront été les membres souffrants du Corps du Christ, « quand le Seigneur Se révélera du haut du Ciel, avec les Anges de Sa puissance, au milieu d’une flamme brûlante, et qu’Il tirera vengeance de ceux qui ne connaissent pas Dieu et de ceux qui n’obéissent pas à l’Évangile de notre Seigneur Jésus, nous dit saint Paul. Ceux-là seront châtiés d’une perte éternelle, éloignés de la face du Seigneur et de la gloire de Sa force, quand Il viendra pour être glorifié dans ses Saints et admiré en tous ceux qui auront cru. (2 Th 1.6-10) ». Le Concile de Florence n’enseigne pas autre chose : « L’Église croit fermement, professe et prêche qu’aucun de ceux qui se trouvent en dehors de l’Église catholique, non seulement païens, mais encore juifs ou hérétiques et schismatiques ne peuvent devenir participants de la vie éternelle, mais qu’ils iront au feu éternel préparé pour le diable et ses anges (Mt 25.41)’, à moins qu’avant la fin de leur vie, ils ne se convertissent (Eugène IV, Décret pour les Jacobites, 1442). ». Pour autant, « nous savons que ceux qui souffrent d’une ignorance invincible concernant notre très sainte religion, en observant la loi naturelle et ses préceptes, gravés par Dieu dans le cœur de tous, et qui sont disposés à obéir à Dieu, menant ainsi une vie honnête et droite, peuvent, avec l’aide de la lumière et de la grâce divines, acquérir la vie éternelle ; car Dieu […] ne permet pas que quelqu’un soit puni des supplices éternels sans être coupable de quelque faute volontaire (Pie IX, Quanto conficiamur moerore, 1863) ».

Bref, Jésus-Christ n’est venu au monde que pour naître aujourd’hui en nos âmes, par la foi et l’amour qui nous permettent de L’accueillir en Son sacrement de l’Eucharistie, le sacrement de Son corps et de Son sang, de Sa présence réelle. Accueillir véritablement Jésus-Christ, conduit à confesser à son sujet quatre affirmations aussi solidement unies que les quatre directions de Sa Croix ont dessiné le signe du Salut.

  • Le haut de la Croix, tendu vers le Ciel, nous fait confesser que Jésus-Christ est réellement et substantiellement Dieu, ME0000103515_m2Dieu par nature, Dieu dans la plénitude de la divinité. « Au commencement était le Verbe, et le Verbe était Dieu(Jn 1 1) »
  • La partie de la Croix fichée en terre nous fait confesser que « le Verbe S’est fait chair(Jn 1 14) », S’est incarné : Jésus-Christ est réellement et substantiellement homme, possédant véritablement notre nature humaine, et non pas une apparence, comme certains l’ont imaginé.
  • Les deux bras de la Croix nous disent que la nature divine et la nature humaine, appartenant toutes deux à Jésus-Christ, sont distinctes. C’est la raison pour laquelle dans l’Évangile, Jésus parle et agit tantôt comme Dieu et tantôt comme homme. Il n’y a pas de confusion entre ces deux natures, parce que la distance qui les sépare est infinie.
  • Ces deux bras de la Croix nous rappellent que ces deux natures, divine et humaine, étant bien distinctes, sans confusion ni mélange, appartiennent toutes les deux non à deux personnes différentes, mais à une seule et même Personne, la Seconde Personne de la Sainte Trinité, qui peut dire, à la fois : « Je suis Dieu » et : «Je suis homme». Jésus-Christ n’est pas une personne humaine, mais une Personne divine…

Nous ne pouvons pas comprendre que Jésus-Christ ne soit pas une personne humaine. C’est pourquoi seuls ceux qui croient peuvent L’accueillir, et, en L’aimant, s’unir à Lui, devenir participants de Sa nature divine comme Il est devenu participant de notre nature humaine, et ainsi devenir enfants de Dieu (Cf. Jn 1 12) !

Joyeux et saint Noël à vous qui croyez qu’en cette nuit Dieu est né pour que l’homme devienne Dieu !

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[1] Obéir, vient du latin oboedire « prêter l’oreille à quelqu’un » d’où « être soumis ».

[2] Pape Pélage 1er, Lettre Humani generis, DZ n°441. Il est absolument impossible que des hommes capables de faire des actes libres et donc moraux, ne soient pas, ou justifiés ou pécheurs. (ST, III, Sup., Q.69, a.7, ad 6 ; I-II, Q.89, a.6).

 

De William Bouguereau

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Commentaires à propos de : Homélie pour le jour de Noël..


Maïté Chassany

Merci beaucoup, très cher Père, pour cette belle, riche et enthousiaste homélie !
Vive et grandisse chaque jour Noël dans nos coeurs durant toute cette année 2018 si proche, grâce à votre direction éclairée et pleine d’amour pour notre Dieu Venu nous sauver de la Mort éternelle !

fred

Cher père, je me réjouis de célébrer la présence de Dieu parmi nous. J’ai été à la veillé de Noël, beaucoup de personne y été, l’église était pleine, mais j’ai remarqué le peu de connaissances de la pratique religieuse chrétienne. Se qui me réjouis c’est le nombre de personne désireuse de célébrer la naissance de notre seigneur. Le prêtre la bien senti, puisque il a inviter chaque personnes assistant à cette célébration , a se tourner vers l’église pour approfondir sa foi. C’est merveilleux, car si certain on eu le besoin de venir à cette célébration, cela nous montre la présence de Dieu en nous. Je crois que nous avons eu un signe de Dieu, car je vous l’assure, et si vous aurez été à cette célébration vous l’aurez senti aussi, le déroulement n’était pas habituel. C’est vraiment merveilleux. Dieu a marqué l’essai, a nous de le transformer. Je m’en souviendrai.

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