Ces ouvrages appelant au meurtre et au djihad sont en vente libre sur les plateformes et disponibles via le passe culture.

À l’heure où la Grande mosquée de Paris publie un guide pour « favoriser une meilleure acceptation » de la pratique musulmane dans les pays occidentaux, ne serait-elle pas bien inspirée de retirer de sa bibliothèque tous les livres appelant à la violence contre les hérétiques ? Quant à la plateforme passe culture, « outil de sensibilisation des jeunes à la grande diversité des domaines culturels », ne pourrait-elle pas être plus vigilante sur le contenu des ouvrages auxquels elle donne accès ? Présidente des associations La France en partage, ayant pour objet de défendre les valeurs républicaines et françaises, et Le Temps de l’enfance, qui s’attache à la protection des enfants, l’avocate Me Carine Chaix vient, avec Me Lara Fatimi, de signaler trois livres au procureur de la République, l’exhortant à poursuivre ceux qui les éditent, les diffusent et les vendent.

« Lorsque vous tuez, faites-le bien. Lorsque vous égorgez, faites-le bien » ; « L’homosexualité est pire que le meurtre » ; « Celui qui change de religion, coupez-lui la tête »… Voilà un florilège des sentences lapidaires que l’on peut trouver dans les trois livres signalés : La Voie du musulman d’Abou Bakr al-Djazaïri, Péchés et guérison d’Ibn al-Qayyim, et Al Muwatta, de l’imam Mâlik. « Des ouvrages que l’on peut se procurer en grande surface, dans certaines librairies, dans de nombreuses mosquées ou encore à la bibliothèque de l’Institut du monde arabe, ainsi qu’en ligne, s’étonne Me Carine Chaix. Ce ne sont pas des romans ou des livres historiques qui comporteraient simplement des écrits violents. Ce sont des livres qui demandent au lecteur de tuer au nom de Mahomet, messager de Dieu ! Pourquoi l’État tolère-t-il cela ? Comment lutter contre le terrorisme, les crimes racistes et les violences contre les femmes en cautionnant ces incitations à commettre l’irréparable au nom d’une religion ? »

En janvier dernier, la Fnac avait retiré Péchés et guérison de ses rayons après une polémique lancée par Yohan Pawer, président du collectif gay conservateur Éros. « Ce livre qui appelle à tuer les homosexuels, les Juifs, les Chrétiens… CARTONNE chez les jeunes musulmans français ! », avait-il posté sur X. Soulignant que « son achat est même possible via le passe culture, financé par les impôts des Français », le député RN Sébastien Chenu, vice-président de l’Assemblée nationale, avait interpellé la procureur de la République au titre de l’article 40.

La semaine dernière encore, a constaté Le Figaro, Péchés et guérison était disponible à la commande sur le site de la Fnac. Depuis notre courriel, il ne l’est plus. « À titre indicatif, nous en avions vendu moins de 200 sur l’année 2025, répond l’enseigne. La Fnac référence ses ouvrages dans le respect du cadre légal en vigueur. Elle ne se substitue ni aux pouvoirs publics, ni aux autorités judiciaires, ni aux éditeurs qui sont responsables du contenu des ouvrages qu’ils publient. Si un livre fait l’objet de signalements auprès des autorités compétentes, sa situation est immédiatement réexaminée. Nous faisons bien la distinction entre la notion de vente et celle de prescription : un ouvrage vendu à la Fnac ne signifie pas que la Fnac en cautionne le contenu. Mais nous sommes soucieux du fait que notre catalogue reflète la diversité des points de vue, dans le respect strict du cadre légal. » Chez Amazon, où l’on peut commander l’ouvrage, on indique « exiger » que tous les livres vendus sur le site soient conformes à la réglementation applicable.

« Cet ouvrage est proposé en plusieurs versions sur la plateforme passe culture »

Concernant La Voie du musulman, « il convient de souligner que cet ouvrage est proposé en plusieurs versions sur la plateforme passe culture, dispositif financé par des fonds publics et destiné principalement à un public jeune, pointe Me Lara Fatimi dans son signalement. Cette situation conduit à ce que des fonds publics sont utilisés pour la diffusion, auprès de mineurs, d’un contenu comportant des passages incitant à la haine, à la discrimination, à la violence et au meurtre ». Malgré nos sollicitations répétées, ni le ministère de la Culture, qui a renvoyé au passe culture, ni les responsables de ce dernier n’ont répondu au Figaro.

Dans sa préface, l’auteur de La Voie du musulman affirme : « Tout musulman qui suit les enseignements exposés dans ce livre est, sans aucun doute, sûr de se conformer à la loi divine. » « Il est du devoir de tous les musulmans (…) de se doter de toutes sortes d’armements militaires », peut-on notamment y lire. Ou encore « l’objectif principal du djihad est d’affronter les mécréants ». De nombreux passages « sont des injonctions prétendument divines à commettre des crimes, sans contextualisation ni mise en garde, s’alarme Me Carine Chaix, qui est aussi l’une des avocats de la sœur de Samuel Paty. Ces mots nourrissent la haine qui tient les couteaux. Ils sont l’une des causes du terrorisme ». Cet ouvrage a déjà fait l’objet d’une plainte déposée en 2021 par deux associations LGBT, pour propos homophobes et incitation à la violence, classée sans suite. Une nouvelle plainte a été déposée le 9 janvier dernier.

« Celui qui change de religion, coupez-lui la tête »

Le 6 janvier 2025, la Grande mosquée de Paris publiait sur son site un article annonçant que ses imams avaient participé au « lancement des cérémonies de lecture du Muwatta de l’imam Mâlik et de Sahih al-Bukhari ». « Dans ce livre, également disponible via le passe culture, on retrouve les mêmes appels au meurtre et à la lapidation », décrit Me Carine Chaix. Au chapitre XVIII, par exemple, intitulé « Le jugement concernant l’apostat », on lit : « L’envoyé d’Allah a dit : “Celui qui change de religion, coupez-lui la tête.” » La Grande mosquée de Paris n’a pas répondu au Figaro.

Principale adjointe dans un collège, l’essayiste Fatiha Agag-Boudjahlat, auteur d’Abaya, hidjab, burqa, Combattre le voilement (Éditions du Cerf, 2024), constate que « la radicalité est devenue la nouvelle orthodoxie ». « En France, il y a une vraie appétence des jeunes pour l’expertise religieuse islamique, affirme-t-elle. Regardez le succès des influenceurs islamistes ! Les jeunes ne lisent pas que des mangas… L’homophobie est désormais quelque chose d’extrêmement présent chez eux. Là où l’on est faible, c’est que ces livres sont disponibles facilement, alors qu’aucune librairie, ni la Fnac, n’accepterait, par exemple, de vendre des ouvrages du mouvement Civitas (qui se présente comme un « lobby catholique traditionaliste », NDLR). Avec, en plus, cette naïveté criminelle qu’ils soient financés par le passe culture... »

Pour Me Carine Chaix, « il ne saurait y avoir d’impunité pénale en raison de l’origine religieuse de ces écrits ». « Il ne peut y avoir de privilège juridique à bafouer nos valeurs et nos interdits pénaux au nom d’une religion, dénonce l’avocate. Comment combattre l’islamisme en assumant de laisser ainsi prospérer l’une de ses causes premières ? Comment par ailleurs prétendre lutter contre la haine envers les musulmans si l’État ferme les yeux sur ce qui la nourrit ? »
Un imam lui ayant confié qu’il existe « bien d’autres ouvrages du même type », Me Carine Chaix entend poursuivre son action. En attendant, « au regard de la nature des faits signalés, conclut Me Lara Fatimi, il apparaît nécessaire qu’une réponse pénale soit appréciée par les services du parquet, afin d’éviter que des associations aient à porter seules, sur le terrain public, la charge d’un contentieux exposant potentiellement leurs responsables et membres à des pressions, intimidations ou représailles ».

Par Stéphane Kovacs

islam-et-verite.com souhaite le plein succès à l’action de ces associations visant enfin à faire interdire la diffusion de la littérature islamique !