P. Thierry Vernet, délégué de l’archidiocèse de Paris pour les relations avec le judaïsme

 

Dans la revue du diocèse de Paris, Paris Notre Dame, n°1875, en date du 16 septembre 2021, p.10, est louée une « initiative [consistant] à inviter, dans le cadre de la formation permanente, des prêtres dans des synagogues pour y vivre le shabbat et le poursuivre dans des familles juives ».

Or, saint Thomas d’Aquin a déjà enseigné que si « l’homme peut manifester sa foi intérieure par des actes et par des paroles. Dans l’un et l’autre cas, s’il exprime une chose fausse, il pèche mortellement. (…) En conséquence de quoi, comme on pécherait mortellement si on disait dans sa profession de foi que le Christ doit naître, ce que les patriarches ont dit avec tant de piété et de vérité ; de même on ferait un péché mortel, si l’on observait maintenant les cérémonies que les Juifs observaient avec tant de zèle et de fidélité. (Somme Théologique, Ia-IIae, Q.103, a.4) » Cette vérité, aussi logique que chrétienne, a été revêtue du sceau de l’infaillibilité de l’Eglise par le Concile de Florence (1431-1441) : « L’Eglise croit fermement, professe et enseigne que les prescriptions légales de l’Ancien Testament qui se divisent en cérémonies, saints sacrifices, sacrements, (…) après la promulgation de l’Évangile, (…) ne peuvent être respectées sans l’anéantissement du salut éternel. (Décret pour les Jacobites, DZ 1348) » On n’ose pas imaginer qu’une telle initiative ait pu avoir été conçue comme un leurre à destination des juifs — « Que votre oui soit oui. Que votre non soit non (Mt 5.37) » —, dès lors, qu’est-elle ?

Si le sabbat n’a pas été abrogé, mais accompli dans la Résurrection du Christ (Mt 5.17 ), continuer à le pratiquer nie donc cet accomplissement, conforte les juifs dans leur égarement, et contribue tant à leur damnation qu’à celle de qui reçoit le témoignage de leur apostasie. Le Catéchisme de l’Eglise Catholique rappelle encore l’enseignement de saint Ignace d’Antioche (CEC n°2175) : “Ceux qui vivaient selon l’ancien ordre des choses sont venus à la nouvelle espérance, n’observant plus le sabbat, mais le Jour du Seigneur, en lequel notre vie est bénie par Lui et par Sa mort (Magn. 9, 1).”

Le titre de l’article en question est : “C’est ensemble, juifs et chrétiens, que nous pourrons être la lumière des nations“. Mais comment juifs et chrétiens peuvent-ils être ensemble la lumière des nations, puisque les chrétiens ne sont eux-mêmes “la lumière du monde (Mt 5.14)” qu’en vertu de leur communion à Jésus-Christ, dont les juifs refusent précisément qu’Il soit “ la lumière du monde (Jn 1.4,9 ; 8.12 ; 9.5 ; 12.46 …)” ? Y aurait-il donc une autre lumière du monde que Jésus-Christ ?

Pourquoi saint Paul demandait-il : “Ne formez pas d’attelage disparate avec les infidèles“, et ajoutait-il : “Quel rapport en effet entre la justice et l’impiété ? Quelle union entre la lumière et les ténèbres ? Quel accord entre le Christ et Satan ? Quelle association entre le fidèle et l’infidèle ? (2 Co 6.14-15)” ? N’était-ce pas parce qu’au lieu d’apporter la lumière, de telles associations n’apportent au monde qu’encore plus de confusion et de ténèbres ? Croire que Dieu veut la pluralité des religions n’a jamais été un dogme de la foi catholique, ne l’est toujours pas, et ne le sera jamais, n’en déplaise aux partisans de la Déclaration sur la fraternité humaine signée à Abou Dhabi. 

Abbé Guy Pagès