Solennité de Marie, Mère de Dieu


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La liturgie de ce jour tourne notre regard vers le grand mystère de l’incarnation du Fils de Dieu par la contemplation de la maternité divine de la Vierge Marie. Nous célébrons la solennité de Marie, Mère de Dieu. Si le Nouveau Testament et saint Paul, que nous venons d’écouter (Ga 4.4), n’ont guère évoqué Marie, c’est parce qu’au début du christianisme l’essentiel était d’annoncer la victoire du Christ sur le péché, le démonet la mort. Il s’agissait de proclamer que Jésus était le Messie attendu, le Sauveur, Jésus-Christ ! Pour autant, parce que le trésor de la Révélation est inépuisable (Mt 13.52), l’Eglise a de plus en plus pris conscience que la dévotion à Marie est inséparable de l’amour dû au Fils de Dieu et de la Vierge. En effet, sans Marie, pas de Jésus ! Elle est vraiment notre mère, parce que sans elle, nous n’aurions pas la Vie, la vie éternelle. Nous devons donc l’aimer plus que quiconque après Dieu. De même qu’elle a enfanté la Tête de l’Eglise (Col 1.18), qui est son fils Jésus, de même doit-elle enfanter tous les membres de l’Eglise, qui est corps du Christ (1 Co 12.1+). Si nous ne redevons pas comme de petits enfants, nous n’entrerons pas dans le Royaume des Cieux (Mc 10.15)…

Dieu, par Sa bénédiction, donne le salut, comme le rappelait la première lecture : « Que le Seigneur te bénisse et te garde… que le Seigneur tourne vers toi Son visage, qu’Il t’apporte la paix ! (Nb 6.24-26) ». En nous faisant réécouter cette ancienne bénédiction au début de cette nouvelle année solaire, l’Église nous encourage à demander et recevoir la bénédiction du Seigneur, et spécialement la paix, Sa paix… la seule qui soit vraie, parfaite. Le premier janvier est la Journée mondiale de la Paix. Comment mieux la célébrer qu’en demandant à la Vierge Marie de nous donner Jésus, « Lui qui est notre paix (Ep 2.14) »? Comme les bergers de l’Évangile venus adorer le Sauveur (Lc 2.16), nous sommes venus ce matin adorer Jésus dans le mystère de Sa présence réelle, renouvelée à chaque Messe. Par leur pauvreté, leur simplicité, et leur obéissance au message de l’ange, les bergers ont manifesté les vertus nécessaires pour être guidés en ce monde de ténèbres. Comme eux, éclairés par la lumière de la Vérité révélée, nous pouvons proclamer la bonne nouvelle : le Sauveur est né !

icoana-maicii-domnului-de-la-poceaevLe premier jour de l’année est donc placé pour nous sous le signe de la Mère de Dieu, que l’évangéliste Luc décrit comme la Vierge toujours attentive à écouter Dieu dans le silence de son cœur et le secret de son âme. Elle « conservait avec soin toutes ces choses, les méditant en son cœur (Lc  2.19) ». A son école nous voulons apprendre à être des disciples attentifs et dociles pour accueillir notre grand Dieu et Sauveur, et le donner au monde, et devenir ainsi nous aussi la mère du Christ ! “Celui qui fait la Volonté de Mon Père qui est aux Cieux, celui-là est pour moi un frère, une sœur et une mère”, dit Jésus (Mt 12.50).

Malheureusement, beaucoup aujourd’hui, même parmi les chrétiens, ne veulent pas reconnaître ce qu’ils doivent à la Vierge Marie. Ce qui blesse profondément le Coeur de Jésus. A Fatima, la Vierge est venue précisément pour nous donner par la dévotion des cinq premiers samedis du mois, le moyen de réparer les blasphèmes dont elle est scandaleusement l’objet. Bienheureux ceux qui savent prendre au sérieux les demandes de la Mère de Dieu. Si certains l’avaient fait, ils auraient épargné à l’humanité les affreux et innombrables crimes du communisme… dont la malfaisance n’est pas morte !

Il faut parfois rappeler que le nom de  Théotόkos, Mère de Dieu, officiellement donné à Marie par le concile d’Éphèse en 431, ne vient pas du paganisme, dans lequel, par exemple, le dieu suprême, Zeus, avait pour mère la déesse Rhéa. Bien sûr, pour les ennemis de l’Eglise, ne voyant que les apparences, c’est là une preuve qui les autoriserait à nier l’historicité et l’originalité du christianisme. Mais la correspondance de la Révélation chrétienne avec des mythes païens, présentée comme preuve du caractère idolâtre du christianisme[1], ne fait au contraire que souligner comment Jésus est La Réponse à l’attente universelle du Sauveur promis à l’aube de l’humanité à Adam et Ève (Gn 3.15), et dont toutes les cultures et civilisations ont gardé, plus ou moins confusément, le souvenir[2]… L’Église sait lire dans le paganisme la Tradition Primordiale dont il est obscurément porteur et lui en annoncer l’accomplissement ! D’ailleurs, le titre de « Mère de Dieu » n’existait pas avant que les chrétiens le forgent pour dire à la fois le mystère de Jésus et celui de Marie. Il s’en trouve encore aujourd’hui pour contester ce titre au motif que Dieu ne peut pas avoir de mère, puisqu’Il est éternel. Mais il est bien évident que Marie n’est pas mère de la divinité de Jésus, mais de Son humanité. Tel est le mystère du Christ : d’être non pas une personne humaine, mais la deuxième personne de la Sainte Trinité ayant reçu de la Vierge Marie notre nature humaine, en sorte que Jésus a deux natures, la nature divine et la nature humaine, et qu’Il est donc vrai Dieu ET vrai homme. Ses deux natures appartiennent toutes deux à la même et unique personne. C’est pourquoi Marie est vraiment la Mère de Dieu, la Mère de Dieu fait homme. Une mère n’engendre pas seulement un corps, mais une personne, et en l’occurrence, la personne de Jésus est celle du Fils de Dieu. Que le Verbe assume notre nature humaine, ne l’empêche pas de continuer à être engendré de toute éternité par le Père, avec qui et l’Esprit-saint Il est consubstantiel. Génération éternelle à laquelle Marie n’a évidemment aucune part. Et même si la Sainte Trinité est Dieu, elle n’est pas la Mère de la Sainte Trinité, ni du Saint-Esprit, mais seulement du Verbe incarné, qui est Dieu. Le mystère de Marie ne peut se révéler sans dévoiler celui de Jésus. Le titre de « Mère de Dieu » dit la divinité de Jésus et la réalité de Son incarnation. Jésus n’était pas une apparence et Son corps était bien fait de chair et de sang.

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Marie est toute relative à Jésus au point que sa maternité divine est la raison de tous ses autres privilèges, que ce soit son exemption du péché originel, sa virginité perpétuelle, tant avant, pendant qu’après la naissance de Jésus, ou encore son assomption avec son corps et son âme au Ciel… Ce titre de « Mère de Dieu » exprime la dignité suréminente de Marie et la grandeur de sa vocation. Dieu en effet S’est entièrement soumis à elle… Lui, qui est « doux et humble de cœur (Mt 11.29) » a attendu son libre consentement pour S’incarner. Il lui a donc remis tout l’ordre surnaturel de la grâce, la Rédemption du monde… Si Marie n’avait pas dit « Oui », Dieu ne Se serait pas incarné… et nous ne serions pas sauvés ! C’est dire que nous devons tout à Marie ! Dieu ne S’est incarné que pour Se donner à nous, avec tout ce qu’Il est et tout ce qu’Il a, et donc aussi avec Sa Mère… Il n’a pris chair de la Vierge Marie que pour nous la donner en communion et faire de nous ainsi les membres de Son corps (Col 1.18 ; Jn 6.53), dont Marie est la Mère ! Avec saint Jean prenons-la chez nous… ainsi, et ainsi seulement, pourrons nous ne pas désespérer en voyant que tout parait perdu en ce monde actuel et mauvais… 

Avec saint Éphrem (306 † 373), nous lui dirons : « […] Dépose notre demande aux Pieds de ce Dieu que Tu as engendré, pour qu’Il nous sauve de la damnation éternelle, et que nous puissions louer le Nom trois fois saint du Père, du Fils et du saint Esprit ; aujourd’hui et dans l’éternité. Tu vois, ô Très Sainte Souveraine Mère de Dieu, Tu vois tous les pièges dont nous enveloppe l’esprit malin, l’esprit impur. Vois toutes les passions criminelles qu’il éveille en nous, et dont il nous enlace, en réseau. Apparais et ne repousse point notre prière. Pourquoi détourner Ton visage et oublier notre faiblesse ? Écarte les embûches du démon qui nous tente, sois notre asile dans cette guerre, apaise par Ton intercession bienfaisante la Colère divine que nos égarements ont excitée ; ajoute ce nouveau bienfait à tant d’autres, et nous célébrerons dans nos cantiques ton nom, Celui de ton Fils et notre Dieu qui, de même que Son Père, est sans commencement. Souveraine Mère de Dieu qui enfantas le Christ Dieu notre Sauveur, je place toute mon espérance en Toi qui es au-dessus de toutes les Puissances du Ciel. Ô Vierge, emblème de la pureté, fortifie-moi de ta sainte grâce ; dans cette vie, sois mon guide, conduis-moi selon la Volonté de ton auguste Fils notre Dieu. Obtiens-moi la rémission de mes péchés, sois mon refuge, ma protection, ma délivrance, sois la main qui me dirige vers la vie éternelle. Souveraine, Souveraine, ne m’abandonne pas à l’heure suprême, hâte-toi de m’apporter le secours qui m’est nécessaire, arrache-moi de la cruelle tyrannie des démons. Tu es la très bonne Mère du Christ notre Dieu, tout ce que Tu veux, Tu dois le pouvoir. Toi, seule Souveraine et Génitrice de Dieu, Tu es dans une sphère élevée au-dessus de toute la terre. Quant à nous, Épouse de Dieu, nous Te bénissons avec foi, nous T’honorons avec amour, nous Te rendons un culte respectueux, nous chantons Tes louanges et nous proclamons Ta béatitude dans le langage de la vénération. Tu es en effet la gloire des gloires, la récompense des récompenses, la puissance des puissances. Ô Souveraine, mon bonheur après Dieu, rosée divine qui apaises l’ardeur brûlante qui me dévore, source jaillissante du sein de Dieu même, à laquelle se rafraîchit mon cœur embrasé, lumière éclatante de mon âme plongée dans les ténèbres, guide du faible, appui du pauvre, manteau de la nudité, richesse de l’indigent, remède des plaies incurables, Tu taris les pleurs, Tu apaises les soupirs, Tu allèges les infortunes, Tu guéris les douleurs, Tu brises les chaînes ; Espérance de mon salut, exauce mes prières ; aie pitié de mes gémissements, accueille mes lamentations, aie compassion de moi, laisse-toi fléchir par mes larmes. Que pour moi tes entrailles soient émues ; n’es-Tu pas la Mère d’un Dieu bienfaisant ? Jette un regard de bonté, accueille favorablement ma prière, réponds à mon désir, étanche ma soif ; unis-moi à ma famille, à mes compagnons de service, dans la terre des hommes pacifiques, dans le sanctuaire des justes, dans le chœur des saints, et rends-moi digne, Toi, protection et joie de tous et volupté pure, de participer à Ta félicité, je Te le demande, à la joie inénarrable du Dieu et Roi que Tu as engendré, à ses noces inexplicables aux délices inépuisables, à son Règne éternel et sans fin. Car tu es ma Souveraine, mon refuge, ma vie, ma protection, mon armure, ma joie, mon espérance, ma force ; fais-moi jouir, de concert avec Toi, vers les régions célestes, des dons indicibles et inconcevables de ton Fils. Tu as, je le sais, une puissance égale à Ta volonté, telle enfin que doit l’avoir la Mère du Très-Haut. Aussi me suis-je enhardi ; fais que je ne sois pas trompé dans mon attente, fais que cette attente soit remplie, ô très pure Souveraine, Épouse de Dieu, Toi qui, contre les lois de la nature, as enfanté le Seigneur attendu de tous, notre Seigneur et vrai Dieu Jésus Christ à qui revient toute gloire, tout honneur et toute vénération, avec son Père sans commencement et son très saint, bon et vivifiant Esprit, maintenant et toujours et dans les siècles des siècles. Amen ! (Ô Souveraine Mère de Dieu qui enfantas le Christ Dieu notre Sauveur.)» 


[1] Par exemple, la relation de Jésus et de Marie est parfois présentée comme la reprise de celle de la déesse égyptienne Isis et de son fils Horus… Or, contrairement à ce que veulent croire les calomniateurs de la foi chrétienne, Horus n’est pas né d’une vierge, sa naissance n’a pas été annoncée par des anges, il n’est pas né dans une grotte, et il n’avait pas non plus douze disciples…  

[2] Notons encore en ce temps de Noël comment certains se font un devoir de dénigrer la fête de Noël au motif qu’elle ne serait que la christianisation des Saturnales. Or, les Saturnales étaient célébrées le 17 décembre, puis, sous l’empire romain, du 17 au 23 décembre et ce jusqu’en 380 ap. J-C, année où le christianisme devint religion d’État à la place du paganisme. Si donc Noël n’avait été placé le 25 décembre que dans le but d’inciter les païens à abandonner les Saturnales au profit de la Nativité du Christ, le Christ aurait dû naître du 17 au 23 décembre… Quant à ceux qui veulent n’y voir que la reprise de la fête de la naissance du soleil invaincu (Dies Natalis Solis Invicti), il faut leur rappeler que cette fête fut créée par l’empereur Aurélien en 274 ap. J-C… Certes, nous n’avons pas retrouvé de trace écrite de la célébration de Natalis Dies (« Noël ») avant l’an 336, mais cela ne signifie pas pour autant que Noël n’était pas célébré auparavant. Rappelons encore qu’en 221 l’historien chrétien Sixte Jules l’Africain dans ses Chronographiai nous apprend que les catholiques célébraient déjà l’Annonciation le 25 mars. Le fait que selon l’Évangile de saint Luc, au moment de la Nativité, les bergers vivaient aux pâturages ne désigne pas le printemps pour autant, car le climat à Bethléem en hiver est chaud et tempéré, avec un minimum de +7e en hiver, et permet donc de vivre dehors, à l’abri de quelque étable de circonstance. Les contradicteurs de cette date ne peuvent donc pas prouver que Jésus n’est pas né un 25 décembre… date qui convient si bien à la naissance de Celui qui est la Lumière (Jn 8.12) venant dissiper les ténèbres de ce monde actuel et mauvais (Ga 1.4)… De plus, selon le savant israélien Shermanyahu Talmon ayant retrouvé le calendrier liturgique de la secte de Qumran, il apparait que la famille d’Abias à laquelle appartenait le prêtre et père de saint Jean Baptiste (Lc 1,5), devait accomplir son service aussi du 24 au 30 septembre. Ce n’est donc pas sans raison que les “six mois” annoncés par l’ange à la Vierge Marie coïncident avec la fête liturgique du 25 mars, trois mois avant la naissance du Baptiste le 24 juin, et neuf mois avant le 25 décembre…

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