«Nous conquerrons Rome avec la permission d’Allah[1] »

 Par Mohammed-Christophe et Christian Mira

Par le sang versé: vingt et un témoins de la foi chrétienne

En cet hiver 2015, vingt et un coptes égyptiens ont été égorgés, puis décapités, sur une plage de Libye. Commentant la vidéo du massacre, “L’Observatoire de la christianophobie” écrit qu’on entend clairement plusieurs martyrs invoquer «Ya Rab Yeshoua» (« Seigneur Jésus »), tandis qu’un des bourreaux tend son couteau recouvert de leur sang et déclare en anglais : «Nous conquerrons Rome avec la permission d’Allah »[2].

Ces assassinats ont probablement eu lieu après un refus de conversion à l’islam. Comme récemment en Irak, cette option est généralement présentée aux victimes de l’État islamique.

En 2011, au Caire, «Yeshoua ! Yeshoua !» (« Dieu sauve », « Jésus ! Jésus ! ») était un appel, joyeux et émouvant, un puissant témoignage de foi devant un avenir incertain, scandé pendant plus de dix minutes par des milliers de Coptes levant leurs bras et leurs regards vers le Ciel, rythmant leurs acclamations en frappant des mains[3]. Cet événement unique en Égypte était survenu à l’issue d’un concert dans un amphithéâtre sur le site de l’église rupestre appelée « église de la grotte ». Pour y accéder, il faut traverser le quartier copte de « la cité des ordures »,ou « Moqattam ». Là vivent du tri des ordures de la ville les plus pauvres d’entre les pauvres. Ils sont environ trois cent mille. Il est probable que plusieurs des martyrs, que leur misère a conduit en Libye, aient été de ceux qui lançaient cet émouvant appel à Yeshoua.

Le patriarche copte catholique d’Égypte a qualifié de « martyrs » les victimes du carnage et a présenté ses condoléances à leurs familles.

Le 15 février 2015, le pape François a ajouté :

« […] ces frères qui sont morts pour le seul fait de témoigner du Christ […] disaient seulement ‘‘Jésus aide-moi’’. Ils ont été assassinés pour le seul fait d’être chrétiens.[…] Le sang de nos frères chrétiens est un témoignage qui crie. Qu’ils soient catholiques, orthodoxes, coptes, luthériens, peu importe : ils sont chrétiens! Et le sang est le même. Le sang confesse le Christ ».

Le pape a ensuite appelé à « poursuivre cet œcuménisme, qui nous donne de la force, l’œcuménisme du sang. Les martyrs appartiennent à tous les chrétiens ».

Le 17/02/2015, Agenzia Fides (Organe d’information des œuvres pontificales missionnaires), reproduisant une déclaration de Mgr Mina (évêque de Gizeh), qualifiait de victoire posthume le martyre des coptes :

« Le nom de Jésus est le dernier mot qui a effleuré leurs lèvres. Comme dans la passion des premiers martyrs, ils s’en sont remis à Celui qui peu après, les aura accueillis. Et ainsi, ils ont célébré leur victoire, la victoire qu’aucun bourreau ne pourra leur enlever. Ce nom susurré au dernier instant a été comme le sceau de leur martyre».

Sous le titre « La solution vient d’Égypte », le 19 février 2015, le site Metablog reprenait ce message, accompagné d’une image légendée de l’un d’eux, dans le cadre d’un bel hommage aux martyrs[4] :

« Nous sommes dans l’Église des martyrs. La photo des vingt et un martyrs coptes circule sur la toile. Il faut, sans crainte, regarder leurs visages. Ils sont habités, non pas détruits, non pas hagards, mais… Oui : heureux, dans la noblesse de leur attitude. Cette fois, je crois que l’État islamique a fait un mauvais calcul. Il croyait terroriser les chrétiens égyptiens et les faire partir, comme ailleurs au Proche-Orient. C’était le programme non déguisé de l’ancien président Mohamed Morsi et de ses Frères musulmans, au pouvoir en Égypte jusqu’en juillet 2013. Aujourd’hui, avec ce nouveau Nasser qu’est le maréchal Sissi, un musulman authentiquement pieux mais non intégriste,ce martyre ne sera pas reçu dans la terreur par la communauté chrétienne. C’est une victoire pour les chrétiens: Sissi a annoncé qu’il allait construire une église en l’honneur des « martyrs en Libye »dans la ville de Minya dont ils sont originaires. Il faut noter qu’à Minya, en Moyenne Égypte, où la population est chrétienne à 35 %, trois églises ont été incendiées par un commando de deux cents islamistes le 16 août 2013, pour venger la chute du président Morsi. Cette construction nouvelle est donc un symbole de la liberté religieuse. »

Le site Asia News de l’Institut Pontifical des Missions étrangères note que, plus généralement, les travailleurs égyptiens en Libye sont victimes d’exactions de l’État islamique, ce qui a conduit à l’exode plus de dix mille d’entre eux.

En diffusant la vidéo de son crime, l’État Islamique (E.I.) a fait un mauvais calcul. Il ignorait cette tradition chrétienne qui, pour nourrir la foi des fidèles, a toujours mis en valeur les biographies des martyrs, et voit dans le “sang des martyrs une semence de chrétiens“. Involontairement, l’E.I. a ainsi fourni un magnifique chapitre visuel au martyrologe chrétien.”

Silence gouvernemental, et silence des médias français, sur la religion des martyrs

Le communiqué de l’Élysée[5], publié à la suite de ce massacre, est surprenant. Il parle de « ressortissants égyptiens » (sans mention de religion), de la « haine religieuse des terroristes », alors que les Coptes ont été assassinés parce qu’ils étaient chrétiens, et que le message de l’État islamique est clair: « Message, signé avec le sang, adressé aux nations de la Croix. À bientôt ».

En contraste, tout en condamnant la tuerie de la plage de Libye, le premier ministre britannique David Cameron n’a pas caché le christianisme des victimes. Via Twitter, il n’a pas cherché une expression politiquement – religieusement correcte: « L’assassinat de 21 égyptiens chrétiens coptes est un acte cruel et barbare. Nous ne faiblirons pas dans notre combat contre les terroristes et l’extrémisme ».

Les chaînes d’informations ont eu des positions éditoriales différentes, certaines mentionnant la religion des victimes, d’autres non. Ainsi, alors que les deux attentats de Copenhague (14/02/2015, l’un touchant un centre culturel et l’autre une synagogue) ont été longuement traités en boucle par BFM et iTélé, la moindre médiatisation de l’égorgement des 21 Coptes par l’E.I. est à l’origine d’interrogations chez Bernard Antony[6].

Par ailleurs, on note le même silence des médias dominants français sur la religion des deux cents trente-sept lycéennes âgées de douze à dix-sept ans enlevées par Boko Haram à Chibok (Nigéria), dans la nuit du 14 au 15 avril 2014. C’est indirectement que l’on peut identifier le christianisme des captives: le 31 octobre 2014, Abubakar Shekau, le chef de Boko Haram, affirmait que les captives avaient été converties et mariées. Quel sort a été réservé à celles qui ont refusé l’apostasie ?

Le 02/04/2015, un groupe islamiste somalien (Chebab) attaque un campus universitaire au Kenya, et massacre 147 étudiants. Le même jour, le site de l’Élysée publie un communiqué du Président de la République condamnant un “terrorisme le plus abject, celui qui s’attaque à la jeunesse, au savoir et à l’éducation“, mais une fois de plus sans mention de la religion des victimes. De leur côté, la plupart des radios et télévisions ne mentionnent pas que les chrétiens étaient explicitement ciblés. En effet, les étudiants ont été triés, les musulmans étant épargnés. Dans le cadre des célébrations de Pâques, le pape François et le Vatican ont dénoncé le “silence complice”, et “l’indifférence” devant les atrocités dont sont victimes les chrétiens au Moyen Orient, au Nigéria, et maintenant au Kenya.

Faut-il voir, dans une telle “discrétion”, le signe d’un intégrisme laïque ?

Manifestement, le comportement récent de la régie publicitaire de la RATP (transports parisiens) illustre parfaitement cet intégrisme. Il devient même un “cas d’école” de laïcisme militant, instructif à travers les détails de cette affaire. En mars 2015, cet organisme refuse le placardage d’affiches publicitaires pour un concert de solidarité avec les persécutés d’Irak et Syrie,portant la mention “Pour les chrétiens d’Orient. La raison avancée est que les stations de métro sont un «espace laïc». Les affiches ont donc du être réimprimées, mais sans mention des chrétiens d’Orient. A cette occasion “l’Alliance générale contre le racisme et pour le respect de l’identité française et chrétienne“(AGRIF) rappelle que la régie publicitaire de la RATP ne s’est pourtant posée aucun problème de laïcité en placardant les affiches du Secours Islamique de France(cf. les photos du 31/03/2015 sur le site “Europe Israël News”), et celles de l’entreprise musulmane”Isla Délice«Fièrement Halal»” (http://www.isladelice.fr/societe/). Il en a été de même pour une campagne d’affichage du site Gleeden, spécialisé dans les rencontres adultères, incitant ainsi à un acte répréhensible pour la loi[7]. Toutes ces affiches ont été largement vues par tous les usagers du métro.

Concernant cette affaire, un argument stupéfiant est ensuite avancé pour prouver le bien fondé de la décision prise par la direction : “la RATP et sa régie publicitaire ne peuvent prendre parti dans un conflit de quelque nature qu’il soit. Toute atteinte à ce principe ouvrirait la brèche à des prises de positions antagonistes sur notre territoire“. Les Chrétiens d’Orient, obligés de fuir leur pays pour éviter les effrayants massacres de l’E.I., leurs femmes et filles vendues sur le marché aux esclaves de Mossoul (cf. le site de “Le Figaro” du 06/11/2014), seraient donc les acteurs d’un conflit armé les opposant à un autre camp,ce qui justifierait ainsi la parfaite neutralité de la RATP. Implicitement cette déclaration rend la RATP complice d’atrocités conduisant à une épuration religieuse massive, qui devient un véritable génocide. Devant l’émotion soulevée devant une telle manifestation de christianophobie, le 04/03/2015 la RATP récidive en annonçant qu’elle accepte de placarder des affiches publicitaires sur L’œuvre d’Orient (association d’aide aux chrétiens d’Orient, peu connue du grand public), mais toujours sans mention aux chrétiens persécutés. Finalement le 06/04/2015, devant l’ampleur des condamnations d’un tel laïcisme militant, et sous la pression de nombreux responsables politiques, toutes tendances confondues, la RATP fait marche arrière en annonçant son intention de rétablir la mention “En faveur des Chrétiens d’Orient“.

L’effacement de toute référence au christianisme dans la vie publique (cf. aussi les vacances de Noël devenant “d’hiver“, de Pâques devenant “de printemps“, etc.) apparaît aussi lié à la très forte proportion de musulmans en France, présence associée aux formules médiatiquement récurrentes : “pas d’amalgame“, “pas de stigmatisation“, “ne pas confondre islam et islamisme[8]. Formules qui traduisent le désir de ne pas mécontenter cette population, en évitant le réflexe de comparer le message chrétien à celui d’un islam en pleine expansion depuis une trentaine d’années. En avançant le principe de neutralité avec “Toute atteinte à ce principe ouvrirait la brèche à des prises de positions antagonistes sur notre territoire“, la RATP donne du crédit à l’hypothèse de ne pas provoquer un éventuel mécontentement des musulmans, alors que certains d’entre eux sont indignés par les exactions de l’E.I.

« Nous conquerrons Rome avec la permission d’Allah »

La conquête de Rome, proclamée par l’un des bourreaux, est une prophétie de Mahomet, mentionnées dans trois hadiths[9] : ceux de Musnad Ahmad (2/176) n° 6645, Mustadrak al-Haakim (4/598) n° 8662, Sunan Darimi (1/430) n° 503. Le premier, considéré comme « référence », donne le texte qui suit:

Ibn Qatîl rapporte : « Nous étions chez ‘Abdoullah Ibn ‘Umar quand quelqu’un lui demanda : Laquelle des deux villes, Rome ou Constantinople, sera-t-elle prise en premier ? ‘Abdoullah se fit alors apporter un coffre muni d’un anneau, dont il tira un texte ainsi rédigé : Nous étions chez l’Envoyé de Dieu, quand on lui demanda: Laquelle de ces deux villes, Rome ou Constantinople, sera-t-elle prise en premier ? L’Envoyé de Dieu répondit : C’est la ville d’Héraclius, c’est-à-dire Constantinople, qui sera prise la première».

Les sites musulmans évoquent fréquemment la conquête de Rome, comme liée à celle du monde entier. Ainsi, le 25 mai 2012, Subhi Al-Yaziji, doyen des Études coraniques à l’Université islamique de Gaza, rappelle le devoir de conquérir le Vatican et l’Andalousie[10]:

La conquête de l’Andalousie est un vieux rêve, quelque chose que les musulmans doivent espérer et nous continuerons à l’espérer dans l’avenir. […] Nous plaçons nos espoirs en Allah et dans la confiance que le jour viendra où notre triomphe ne sera pas limité à la Palestine. Nos espoirs d’aller au-delà, pour élever la bannière du califat sur le Vatican, la Rome d’aujourd’hui, en conformité avec le hadith du prophète Mahomet : « Constantinople doit être conquise, et ensuite Rome ».

L’article « L’avenir est pour l’Islam » du Cheik Muhammad Nasirud Din Al-Albani, paru le 25/01/2008, précise[11]:

« Cette religion atteindra ce qui est atteint par la nuit et le jour ; et Allah ne laissera pas de logement de brique, ni de fourrure, sans qu’il fasse que cette religion y pénètre apportant l’honneur ou l’humiliation. L’honneur qu’Allah donne à l’Islam et l’humiliation qu’Allah donnera à l’incrédulité » [Rapporté par l’imam Ahmad (4/103) et Ibn Hibban dans son Sahih (no 1631)]. « C’est pourquoi il incombe aux musulmans de se préparer, en se tournant vers leur Seigneur, en s’accrochant à Son Livre, en suivant la sunna de Son Prophète, en se détournant de tout ce que Allah a décrété illicite et inconvenant au profit de ce qui Le satisfait, Lui le Parfait, Le Très-Haut » (tiré de Tahdhiru s-saajid du Cheik Al-Albani, p. 119). En effet il n’y a aucun doute sur le fait que l’accomplissement de cette domination nécessite que les Musulmans retournent à une force spirituelle, matérielle et armée de la part des musulmans, de façon à ce qu’ils puissent triompher du pouvoir des mécréants et de le supprimer ».

Dissimulation légale (taqiyya) sur la conquête de Rome

La réalité de la dissimulation, pratiquée dans les relations des musulmans avec les “infidèles”, et avec leurs responsables politiques, est niée par les acteurs catholiques du dialogue islamo-chrétien (Service des Relation avec l’Islam de la Conférence des Évêques de France), et donne lieu parfois à de vifs échanges. C’est le cas de la conquête de Rome, évoquée lors de la vingt-sixième Rencontre des musulmans de France (10-13 avril 2009). 

Dans le cadre de sa conférence « Le Prophète Mohamed : un modèle pour l’humanité », aux côtés de l’imam de Bordeaux Tareq Oubrou, Tareq Suwaidan avait rappelé cette prophétie annonçant que la conquête de Rome suivrait celle de Constantinople (réalisée dans un bain de sang en 1453). Cette perspective avait été très appréciée par l’assistance. Bien que le texte de cette « prophétie » soit très clair (« Laquelle des deux villes, Rome ou Constantinople, sera-t-elle prise en premier ? »), l’imam de Bordeaux avait ensuite tenté de rassurer en parlant d’un épisode qui pourrait prendre la forme d’une « simple présence pacifique » (“Profession imam”, entretiens avec Michaël Privot et Cédric Baylocq-Sassoubre, Paris, Albin Michel, 2009, p. 138). L’imam ne pouvant ignorer les hadiths Musnad Ahmad (2/176) n° 6645, Mustadrak al-Haakim (4/598) n° 8662, Sunan Darimi (1/430) n° 503, la référence à une « simple présence pacifique » ne peut être que de la « taqiyya » (dissimulation légale, assimilée à une ruse de guerre en dar al Harb, la « terre de la guerre », celle des infidèles).

À propos de taqiyya, dans son article « La place du secret dans la pensée religieuse musulmane »[12] (Cités: L’islam en France, mars 2004, Paris, PUF, p. 646-647), le professeur Dominique Urvoy (auteur d’une Histoire de la pensée arabe et islamique, Paris, Seuil, 2006), mentionnait Tareq Oubrou. À la page 135 de son livre “Profession imam“, l’imam de Bordeaux a vivement répliqué en traitant Monsieur Urvoy de « spécialiste » (entre guillemets dans l’ouvrage), ajoutant: « ceux qui ont une connaissance rudimentaire de la théologie musulmane ne peuvent s’aventurer avec un sunnite sur ce terrain ».

Cette accusation d’incompétence, visant l’auteur de Histoire de la pensée arabe et islamique, a été relayée par le frère dominicain Emmanuel Pisani, dans le « Bulletin d’islamologie V » de la Revue thomiste (juillet-août 2010, p. 534). Les termes utilisés sont même plus forts: Dominique Urvoy est accusé de « méconnaissance de la tradition théologique islamique » dans ces termes: « avec raison, il [l’imâm] revient sur le soupçon de taqiyya dont il a fait l’objet et avec lequel bien des nouveaux penseurs de l’islam sont aujourd’hui discrédités (p. 134-136). Non seulement cette stigmatisation révèle une méconnaissance de la tradition théologique islamique, puisque le terme de taqiyya n’est significatif que pour le shi’ism, mais de plus ces entretiens, par la liberté de ton et l’audace des propos, témoignent précisément du contraire d’une dissimulation ».

Or, cette“méconnaissance de la tradition théologique islamique” semble être plutôt celle du frère dominicain, méconnaissance qui se révèle indirectement à travers une étude récente du professeur Marie-Thérèse Urvoy [13]. En effet, dans cette étude on peut lire : « c’est de façon tout à fait abusive que des contemporains, comme l’imâm Oubrou de Bordeaux, prétendent que la taqiyya n’existe que pour les chiites et que soupçonner un sunnite de la pratiquer est lui faire injure ». Et de conclure: « De nos jours, la taqiyya peut être pratiquée à titre individuel car la communauté islamique, toutes branches confondues, s’est répandue, pour des raisons économiques ou autres, dans des pays qui sont pour l’islam un territoire d’infidélité »[14]. Cette étude est d’autant plus fiable que Marie-Thérèse Urvoy a suivi les cours du Cheik Kaftaro (plus tard Grand Mufti de Damas) à la Faculté de la Charia de l’Université de Damas. Un tel enseignement lui a permis un contact direct avec l’islamologie telle qu’elle est comprise en milieu islamique, et appliquée aux musulmans arabes.

Il faut cependant noter qu’en dar al-harb («terre de la guerre», i.e. celle des infidèles) s’adressant à des musulmans dans le cadre d’une conférence sur la vie de l’imam Hassan al-Banna (fondateur des frères musulmans), Tareq Oubrou a visiblement abandonné la pratique de la taqiyya:

« […] Le Califat est une obligation, et la réunion des musulmans autour de ce Calife est une obligation, et tant que les Musulmans ne sont pas réunis autour du Califat, ils sont des pécheurs, sauf ceux qui œuvrent pour instaurer ce Califat […]. L’Islam touche à tous les domaines de la vie. C’est une organisation, c’est un ordre des choses qui touchent à tous les phénomènes et les champs de la vie. […]. Comme le veut le Coran, c’est un état, c’est un pays, dans le sens géographique, c’est à dire qu’il regroupe toute la communauté dans une géographie, il n’y a pas de frontières. La frontière entre deux pays musulmans est une hérésie méprisable par l’Islam»[15].

Califat que l’État islamique en Libye veut étendre au-delà de Rome.

Le témoignage du sang versé par les coptes, et les chrétiens du Moyen Orient, est-il destiné à la conversion de l’Europe apostate?

Note : ce paragraphe, qui traite de la christianophobie ambiante en France, ne figure pas dans le fichier que vous m’avez transmis. C’est une version actualisée, et plus élaborée, de ce que j’ai transmis dans un premier temps. En guise de conclusion, elle revient sur le thème du paragraphe “Silence ….” En mettant en parallèle deux situations différentes vécues par le christianisme.

Si vous le jugez incompatible avec la politique éditoriale de votre revue, je ne vois aucun problème à sa suppression. La matière sera publiée dans un article de Notre-Dame de Kabylie.

Lors d’un entretien accordé au service de presse de l’archevêché de Grenade (Espagne), le père jésuite Samir Khalil Samir, directeur du Centre de documentation et recherches arabes chrétiennes (CEDRAC) et professeur à l’Université Saint Joseph de Beyrouth (Liban), s’est exprimé sur le refus de reconnaissance des racines chrétiennes dans le projet de Constitution européenne. Il soulignait que ce refus “frappe beaucoup les chrétiens d’Orient, car l’Europe a donné des milliers de missionnaires. Elle a évangélisé l’Amérique, l’Asie, l’Afrique… et aujourd’hui elle est si loin de sa foi“.

Ce rejet du christianisme est particulièrement sensible en France, alors que l’islam, les religions orientales, les sectes, l’ésotérisme, le satanisme, les superstitions, la voyance, l’astrologie, sont en constante progression. Dans le silence des médias dominants, vandalisme, multiples profanations de lieux de culte et cimetières chrétiens, articles et représentations artistiques blasphématoires, se multiplient (le site Observatoire de la christianophobie en fait le bilan annuel). Les coptes eux-mêmes sont victimes de menaces (cf. le reportage du site du magazine France Catholique, 04/01/2011). Tous ces faits n’entraînent aucune condamnation gouvernementale. Pour les autres religions, ils provoqueraient une formidable indignation-mobilisation médiatique, et parfois le déplacement d’un ministre. Dans son rapport mensuel (“Actes commis contre des églises, des lieux de cultes, des écoles et des sites internet chrétiens en France du 1erau 28 février 2015), publié le 12/03/2015, le site Observatoire de la christianophobie (http://www.christianophobie.fr/) dénombre 28 actes documentés (un par jour).

Plus particulièrement, la christianophobie médiatique se manifeste à travers des émissions tendancieuses. Les exemples sont très nombreux. L’un d’eux, récent, est carrément provocateur, en mettant en cause la foi catholique sur la virginité de Marie. Le Vendredi Saint 2015, la romancière Françoise Chandernagor est interviewée à propos de son livre “Vie de Jude frère de Jésus“, dans le cadre de l’émission d’information “Soir 3” (France/tv/info). L’éditeur Albin Michel présente l’auteur “en historienne avertie, qui maîtrise parfaitement ses sources“, alors que la thèse défendue est mise en miettes par des spécialistes de l’hébreu ancien[16]. L’équivalent d’un tel fait pour la période du ramadan est impensable. A ce sujet, on assiste à un “deux poids, deux mesures” en défaveur du christianisme. Chaque année, par rapport au carême, la place médiatique et politique réservée au ramadan (messages à la communauté musulmane, réception à la mairie de Paris) constitue le signe indirect d’une hostilité militante au christianisme.

En contraste, malgré les persécutions, la foi des chrétiens orientaux et africains (Nigéria) reste sans faille, comme le montrent en particulier le témoignage des 21 coptes égorgés sur une plage libyenne, et celui de ces milliers de coptes lors du concert dans l’amphithéâtre du site de l’église rupestre “église de la grotte“. Ces chrétiens voient dans les apparitions de la Vierge en Égypte et en Afrique, des miracles en Syrie et en Irak, une préparation spirituelle pour affronter les persécutions, un réconfort divin pour ces populations, citoyens de seconde zone dans leur pays, souvent objets d’injustices et persécutions, un baume pour panser les blessures de ces peuples martyrs[17]

Pour conclure, cet émouvant appel à l’Occident, de Soeur Hanan Youssef, libanaise et religieuse de la Congrégation de Notre-Dame de la Charité du Bon-Pasteur[18] :

“[…] nous supplions tout particulièrement les chrétiens occidentaux de ne pas nous oublier : nous avons besoin de connaître ce soutien.Nous avons l’impression qu’il y a un plan pour vider le Moyen-Orient de ses chrétiens et le silence de la communauté internationale nous inquiète terriblement à ce sujet.Notre voix doit être entendue ! Nous avons également besoin de voir que les chrétiens occidentaux gardent leur foi, qu’ils continuent, deviennent ou redeviennent de bons chrétiens”.


[1] Cet article est une version remaniée, et actualisée, de celui publié le 9 mars 2015 sur le site Notre-Dame de Kabylie, consacré aux convertis de l’islam (http://www.notredamedekabylie.net). Nous remercions les animateurs du site de nous autoriser à le reproduire, ainsi que Madame Marie-Thérèse Urvoy de nous avoir mis en lien (NDLR).

[2] Article du site (http://www.christianophobie.fr/) publié le 16/02/2015.

[3] Un article (20/12/2011) et une vidéo sont accessibles sur le site (http://www.christianophobie.fr/).

[4] Article (19/02/2015) du site “Metablog” (http://ab2t.blogspot.fr/).

[5] Ce communiqué de presse (15/02/2015), est accessible sur le site (http://www.elysee.fr/communiques-de-presse) de la Présidence de la République.

[6] Cf. l’article, publié le 16/02/2015, sur le blog http://www.bernard-antony.com.

[7] Article (31/03/2015) du site de l’Alliance Générale contre le Racisme et pour le Respect de l’Identité Française (L’AGRIF, http://www.lagrif.fr/).

[8] La formule “ne pas confondre islam et islamisme” est régulièrement contestée par le père jésuite égyptien Henri Boulad, provincial des jésuites du Proche-Orient, et professeur dethéologieau Caire. Son article (08/11/2014) sur ce sujet a été publié sur le site “Dreuz.info” (http://www.dreuz.info/).

[9] Un hadith, désigné aussi sous le nom de «tradition du Prophète», est l’une des communications orales de Mahomet.Par extension il est le recueil qui comprend l’ensemble des traditions relatives aux actes et aux paroles de Mahomet.

[10] Dr. Subhi Al-Yaziji, Dean of Koranic Studies at the Islamic University of Gaza: “We Hope to Conquer Andalusia and the Vatican“. Al-Aqsa TV (Hamas/Gaza) – May 25, 2012 – 01:04, http://www.memritv.org/clip/en/3450.htm.

[11] Publié sur le blog musulman http://darwahsalafiya.over-blog.com/article-15992286.html

[12] Article publié dans Cités, “L’islam en France“, hors -série, mars 2004, PUF, partie IX ” Stratégies d’islamisation, vers un islamisme européen ?“, pp. 646-647.

[13] Cette islamologue est l’objet d’un article de Wikipédia, http://fr.wikipedia.org/wiki/Marie-Thérèse_Urvoy

[14] Cette étude, intitulée “Procédés de compromis dans l’ordre social islamique“, a été présentée dans le cadre des Journées d’études de l’équipe de recherche CISA (Christianismes, Islam et Sociétés Arabes), qui ont eu lieu les 22-23/01/2015 à l’Institut Catholique de Toulouse. Elle traite de la ruse juridique (hila) et de la dissimulation légale (taqiyya). En particulier, ce texte montre que la pratique de la taqiyya (ruse de guerre) n’est pas limitée au seul chiisme. Dans l’histoire du sunnisme, elle n’est jamais tombée en désuétude et dans les faits les théologiens ont eu des positions très diverses. On a accès à l’intégralité de ce texte via le site Notre-Dame de l’Accueil, rubrique “Documentation / Étude-Recherche” (20/02/2015), lien http://www.accueil-qabel.net/index.php/documents/etudes-et-recherches-sur-islam/115-ruse-juridique-ila-et-la-dissimulation-legale-taqiyya.

[15] Une vidéo en cinq parties, intitulée “Hasan Al-Banna conférence en français”, est accessible sur le site “Dailymotion”.

[16] En oubliant l’origine hébraïque des témoignages des évangiles, l’argument “scientifique” avancé par la romancière est cette allégation: le mot grec adelphos utilisé dans les Évangiles pour qualifier Jacques, Joseph, Siméon et Jude désigne bien des frères de même sang, pour des cousins, un autre mot aurait été choisi, celui d’anepsios. Or en hébreu et en araméen,‘ah(ou) signifie dans la Bible indifféremment un frère de sang, un demi-frère, un neveu ou un cousin. Ceci est connu des spécialistes de l’hébreu ancien, dont le père jésuite Jean Carmignac, et le philosophe exégète Claude Tresmontant, membre correspondant de l’Institut, reconnu internationalement comme un spécialiste du prophétisme hébreu. Le grand rabbin Jacob Kaplan disait de lui “Ce Juste parmi les nations est l’homme au monde qui sait l’hébreu, nous, nous savons de l’hébreu” (rubrique “Lettres” du Figaro du samedi, dimanche 20 avril 1997.

[17] Les apparitions de la Vierge en Égypte ont eu lieu à Zeitoun (1968), Shoubra (1983), Asiut (2000-2001), El Waraq (2009), au Rwanda (Kibého, 28/11/1981 à 28/11/1989, donc avant les massacres). En Syrie la Vierge s’est manifestée à une jeune femme grecque-catholique à Soufanieh (1982 à 2001). Ces faits ont été suivis de pogroms antichrétiens. A Ankawa,en Irak, le 8 août 2014,une statue de la Vierge Marie a pleuré des larmes qui se seraient transformés en sang.

Dans “Autres rubriques / Expression Awal“, le site “Notre-Dame de Kabylie” consacre un article (18/12/2008) aux apparitions de Zeitoun (Égypte), où des centaines de milliers de personnes en ont été témoins des faits. L’événement a été relaté dans la presse arabe et internationale (dont “The Egyptian Gazette” 5/5/1968 et 11/4/1969, “Watani” 21/4/1968,”The New York Times” 5/5/1968, et 21/8/1968), avec photos et films. Voir aussi http://www.france-catholique.fr/La-Vierge-Marie-apparait-toujours.html

[18] Article “Nous avons l’impression qu’il y a un plan pour vider le Moyen-Orient de ses chrétiens” (site du “Salon Beige”, 08/04/2015).