Chers frères et sœurs en Jésus-Christ,
Aujourd’hui, l’Église nous invite à contempler Marie sous le titre glorieux de Reine. Non point une reine selon les grandeurs de ce monde, mais celle que le Seigneur a élevée à sa droite, couronnée d’étoiles, vêtue de soleil, la lune sous ses pieds (cf. Ap 12, 1). Sa royauté n’est pas usurpation, mais participation analogique et subordonnée à celle de son Fils, le Roi des rois.
Fondement de la Royauté de Marie
Le pape Pie XII, dans l’encyclique Ad cæli Reginam (11 octobre 1954), en a exposé avec clarté les raisons théologiques. L’argument principal est sa maternité divine : « L’argument principal sur lequel se fonde la dignité royale de Marie… est sans aucun doute sa maternité divine. » Car Celui qu’elle a engendré « sera grand et sera appelé Fils du Très-Haut… et le Seigneur Dieu lui donnera le trône de David, son père » (Lc 1, 32-33). Marie est Mère du Seigneur ; elle partage donc, d’une manière mesurée et analogique, la dignité royale de son Fils.
Mais Pie XII va plus loin : Marie est Reine aussi parce qu’elle a été associée d’une manière unique à l’œuvre de la Rédemption. « Le Christ est notre Roi non seulement par droit de naissance, mais aussi par un droit acquis, c’est-à-dire par la Rédemption ; de même, la bienheureuse Vierge participe à la dignité royale… parce qu’elle est la mère du Christ-Dieu et qu’elle est associée à l’œuvre du divin Rédempteur dans sa lutte contre les ennemis et au triomphe qu’il a obtenu sur eux tous. »
Ainsi, sa royauté découle de sa maternité et de sa coopération au salut. Elle règne avec une sollicitude maternelle sur tout l’univers, non par force, mais par amour et intercession.
Association de Marie à la Rédemption
Cette association, les Pères et les saints l’ont contemplée dès les premiers siècles sous la figure de la Nouvelle Ève. Saint Irénée de Lyon († v. 202) enseigne : « De même qu’Ève, ayant désobéi, est devenue cause de mort pour elle-même et pour tout le genre humain, de même Marie, ayant obéi, est devenue cause de salut pour elle-même et pour tout le genre humain. »
Au pied de la Croix, Marie n’est pas spectatrice passive. Elle offre son Fils, elle unit ses souffrances aux siennes. Saint Pie X, dans l’encyclique Ad diem illum (2 février 1904), l’exprime avec force : « La conséquence de cette communauté de sentiments et de souffrances entre Marie et Jésus, c’est que Marie “mérita très légitimement de devenir la réparatrice de l’humanité déchue”… et, partant, la dispensatrice de tous les trésors que Jésus nous a acquis par sa mort et par son sang. » Parce qu’elle a été associée par Jésus-Christ à l’œuvre de la Rédemption, « elle nous mérite de congruo (de convenance) ce que Jésus-Christ nous a mérité de condigno (en justice), et elle est le ministre suprême de la dispensation des grâces. »
Benoît XV, dans la lettre apostolique Inter sodalicia (1918), affirme que, en raison de cette union dans la Passion, « on peut dire à juste titre qu’elle a racheté le genre humain avec le Christ ». Pie XI a employé explicitement le titre de Corédemptrice : « Le Rédempteur ne pouvait pas, de façon convenable, ne pas associer sa Mère à son œuvre. C’est pour cela que nous l’invoquons sous le titre de Corédemptrice. »
Des saints innombrables ont chanté cette vérité. Saint Alphonse de Liguori, docteur de l’Église, écrit que Marie, en offrant son Fils et en consentant à sa Passion, mérite le titre de Corédemptrice. Saint Louis-Marie Grignion de Montfort la nomme « réparatrice du genre humain » et « médiatrice des hommes ». Saint Maximilien Kolbe proclame : « Ainsi, Marie devient une avec le Christ ; elle est la Corédemptrice du genre humain. »
Cette coopération est toujours subordonnée, dépendante et relative à celle du Christ, unique Médiateur et unique Rédempteur. Elle n’ajoute rien à l’efficacité infinie du sacrifice du Calvaire ; elle en est le fruit le plus parfait et l’instrument voulu par Dieu.
Médiatrice de toutes les grâces
De cette association à l’acquisition des grâces découle son rôle dans leur distribution. Léon XIII, dans Octobri mense (1891), enseigne : « Par la volonté de Dieu, rien de cet immense trésor de toutes les grâces… n’est accordé à nous sinon par Marie… de même que nul ne peut aller au Père si ce n’est par le Fils, de même, en général, nul ne peut aller au Christ si ce n’est par sa Mère. »
Pie IX avait déjà affirmé dans Ubi primum (1849) : « Dieu a placé en elle la plénitude de tout bien, de telle sorte que… s’il y a quelque salut, nous sachions que c’est d’elle que nous le recevons, parce que telle est la volonté de Celui qui a voulu que nous eussions tout par Marie. »
Benoît XV résume : « Toutes les sortes de grâces que nous puisons dans le trésor de la Rédemption viennent à nous, pour ainsi dire, des mains de la Vierge douloureuse. » Pie XI l’appelle « Médiatrice de toutes les grâces ». Saint Bernardin de Sienne enseigne que « toute grâce communiquée à ce monde suit un triple ordre : de Dieu au Christ, du Christ à la Vierge, de la Vierge à nous ».
Cette médiation est participative et inclusive : elle ne concurrence pas l’unique médiation du Christ (1 Tm 2, 5), mais la manifeste et la glorifie. Marie est le canal choisi par Dieu, le trésorier des grâces de son Fils.
Frères et sœurs, la Royauté de Marie n’est pas un titre lointain. Elle est un appel. Reine parce que Mère, Reine parce qu’associée à la Croix, Reine parce que dispensatrice des grâces, elle règne pour nous conduire à Jésus. « À Jésus par Marie » : telle est la voie sûre que les saints nous ont indiquée.
Recourons à elle avec confiance. Couronnons-la de nos prières, de notre chapelet, de notre consécration. Qu’elle règne dans nos cœurs, dans nos familles, dans l’Église et dans le monde. Qu’elle nous obtienne la grâce de la fidélité, la paix des nations et le triomphe de son Cœur Immaculé.
Ô Marie, Reine du Ciel et de la terre, priez pour nous, maintenant et à l’heure de notre mort. Ainsi soit-il.
Abbé Guy Pagès

Le Couronnement de la Vierge, par Diego Vélasquez, 1648, Musée du Prado.


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