(Liturgie de la Parole : Ac 1 1-11 ; Ps 46 ; Ep 1 17-23 ; Mt 28 16-20)

Aujourd’hui, aux cœurs qui aiment Jésus, la joie parfaite est donnée !

En effet, si nous aimons vraiment Jésus comme Il est aimable et comme nous devons en conséquence L’aimer, de Le voir entrer, Lui, réellement, corporellement, dans la Demeure de Dieu, pour y jouir de la Gloire divine, établi désormais au-dessus de toutes les puissances et de tous les êtres qui nous dominent ; Lui, à Qui donc tout est soumis (« J’ai reçu tout pouvoir au Ciel et sur la terre. ») ; Lui, qui a tant souffert en Son Humanité à cause de nous, de Le voir ainsi libéré à jamais de toute tristesse et de toute peine, et participant de la Joie éternelle qui est Dieu même, alors, dans la mesure où nous Lui sommes unis, Sa Joie est la nôtre, et elle est donc parfaite ! Si vraiment j’aime Jésus comme je dois L’aimer, c’est-à-dire si je n’aime que Lui, et en Lui tous ceux qu’Il aime, comme Il les aime et parce qu’Il les aime, comment pourrais-je ne pas partager Sa joie et donc être moi-même parfaitement heureux ?! La source de la joie inaltérable et parfaite que Jésus a promise à ses amis est là, dans la communion à Jésus au Paradis ! Si j’aime Jésus, alors je suis heureux qu’Il soit heureux ! Et parce que rien ne pourra jamais faire que Jésus ne soit pas heureux, personne ni rien ne peut m’enlever ma joie ! Que Jésus soit dans la Béatitude céleste suffit à celui qui aime Jésus, ou alors il n’est pas vraiment chrétien !

Aujourd’hui s’accomplit quelque chose qui dépasse totalement ce à quoi nous aurions jamais osé prétendre. Aujourd’hui le Verbe de Dieu introduit en Dieu l’Humanité qu’Il est venu sauver en Se faisant Chair dans le sein de la Vierge Marie ! C’est quelque chose d’inimaginable et la cause d’un émerveillement sans fin : comment Dieu qui est parfait en Lui-même, dans l’éternelle circumincession des Personnes divines, dans l’absolue et indivisible unité de Sa Nature, comment peut-Il accueillir quelque chose qui n’était pas Lui ?! 

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Quelle grâce et quelle joie de voir aujourd’hui la réalisation du désir le plus fou, qui l’emporte sur tout désir : l’entrée de l’Homme au Paradis ! L’entrée au Paradis de l’Homme tout entier, pas seulement avec son âme, mais aussi avec son corps ! Il n’y a que dans le christianisme que le corps humain est appelé à une telle gloire. Depuis que le Verbe S’est fait Chair, le corps humain est devenu le Temple de l’Esprit-Saint. Il lui est dès lors reconnu une dignité sacrée, inviolable, qui condamne toutes les PMA et GPA, et autres instrumentalisations du corps humain, et donc de l’homme lui-même.

Ceux qui veulent croire en la réincarnation renient eux-aussi cette dignité du corps humain, puisqu’ils le considèrent comme une prison de laquelle l’âme devrait s’échapper, moyennant une série de réincarnations successives censées expier la malédiction de son incarnation. Il est évident que cette doctrine est absolument incompatible avec la Foi en la Résurrection. On ne peut pas être catholique et croire à la réincarnation. Et pourtant, il y a quelque temps, avec 24 % des Français, 34 % des catholiques pratiquants interrogés disaient croire à la réincarnation ! C’est dire que nous sommes encore moins nombreux que nous le pensions !!…

D’où vient cette théorie de la réincarnation, et pourquoi est-elle fausse ?

Elle vient du fond des âges, du fond du cœur humain qui sait inconsciemment qu’il n’a pas été créé pour la mort, et qui aspire à la vaincre pour retrouver la vie bienheureuse dans la Communion avec Dieu. Mais après le péché originel, coupée de Dieu, l’humanité est enfermée en elle-même, livrée à son néant. Sans le secours de la Révélation judéo-chrétienne, elle est le jouet de son ignorance. Aussi a-t-elle imaginé cette théorie de la réincarnation, afin de satisfaire, d’une part son désir de vivre, et d’autre part celui d’échapper au pouvoir du mal. Chaque nouvelle vie est en effet considérée comme une occasion supplémentaire de se purifier des fautes d’une vie passée qui ont voué l’âme à se réincarner et à subir la malédiction de cette alors nouvelle vie temporelle, douloureuse et mortelle. Ce qui est espéré, c’est qu’un jour l’âme arrive à la perfection pour n’avoir plus besoin de connaître l’imperfection de cette vie. Contrairement à ce que pensent les occidentaux, la réincarnation n’est pas une bonne nouvelle, une chance de vivre de nouveau, mais une punition, une malédiction qui condamne à devoir à nouveau souffrir et mourir.

La théorie de la réincarnation est fausse parce qu’elle nie que chacun d’entre nous est une seule et même personne avec une seule âme et un seul corps, une seule histoire et une seule destinée, éternelle. Elle n’a pas reconnu que la nature d’une âme est précisément d’animer un corps. C’est de son corps, particulier, avec son hérédité, sa constitution physique, et son histoire, que l’âme tire son individualité qui la distingue de toute autre âme. Elle ne peut être immortelle qu’en restant l’âme du même corps. Jamais elle ne pourra être l’âme d’un autre corps, puisque celui-ci a déjà nécessairement une autre âme pour être ce qu’il est, l’âme étant par définition le principe organisateur et animateur de la matière. Ou alors il faudrait reconnaître qu’il n’y a finalement qu’une seule âme, et que personne n’est quelqu’un de particulier, d’unique, de personnel. Si tout est un, alors tout est Dieu, et je ne vaux pas plus que mon chat. C’est le chaos, le magma indifférencié, vers lequel nous ramènent à la foi le New-Age, pour qui les animaux ont une dignité semblable à celle des hommes, mais aussi l’islam, incapable de penser l’altérité à cause de son refus de la foi trinitaire…

Dans les deux cas, le prix à payer pour échapper à la souffrance est l’extinction de soi. Le nirvana est en effet cet état où l’âme, à force d’ascèse, parvient après s’être détachée définitivement de tout, jusqu’à y perdre son identité et sa propre personnalité, en sorte qu’il ne reste plus pour elle que Brahma, l’âme du monde, le grand tout avec quoi elle se confond. Et dans l’islam, le salut consiste à renoncer à notre vocation de fils de Dieu pour s’écraser devant l’omnipotence d’un dieu seul à être, puisqu’il est et qu’il est unique. Dans le christianisme, nous tendons nous aussi à ne faire qu’un avec Dieu, mais non pas en disparaissant, mais en aimant. Notre Dieu n’est pas un magma indifférencié, qu’il soit bouddhiste, hindouiste ou musulman, mais Il est Communion de Personnes. Telle est la connaissance de Dieu propre à la Révélation chrétienne : Dieu est Un en Sa nature et Trine en ses personnes… Mystère qui seul conjugue l’unité de l’essence et la diversité des relations. Réalité qui seule explique que nous existions, sans être ni Dieu ni rien… Le but de notre vie n’est donc pas la mort, l’extinction de soi, mais la communion avec Dieu, qui est Lui-même Communion de Personnes, Trinité, Amour… C’est autrement plus désirable et motivant !

De plus, dans l’islam, le destin éternel est déterminé à l’avance par Allah, en sorte qu’il n’y a pas de liberté (Coran 7.179,186 ; 26.68), et dans la théorie de la réincarnation, l’impossibilité de changer son sort, que l’expérience d’une vie suffit souvent à montrer, est exprimée par le nombre infini de réincarnations nécessaires… dont le temps est mesuré en kalpas. Un kalpa est le temps qu’il faudrait pour faire disparaitre l’Himalaya (faire disparaître l’Himalaya !) si, une fois tous les trois siècles (trois siècles !), on l’effleurait avec un tissu extrêmement fin (avec un tissu extrêmement fin !)… Et il y a autant de kalpas que ce qu’il y a de grains de sables dans le Gange… Je sais que la patience obtient tout, mais quand même, il y a de quoi désespérer ! Pour un chrétien, le salut n’est ni le résultat de ses seuls efforts, ni l’imposition d’un destin divin, mais le fruit d’une coopération. Le don de l’Amour miséricordieux et sauveur, manifesté en Jésus mort pour expier nos péchés et ressuscité pour nous ouvrir les portes de la vie éternelle, demande simplement à être reçu et… vécu !

Remarquons encore que si, selon la théorie de la réincarnation, nous pouvons recommencer une nouvelle vie, alors celle-ci perd nécessairement de sa valeur et de son intérêt, et de même, si Allah a déjà décidé que je serai sauvé ou pas, alors rien de ce que je peux faire n’est grave ou vraiment personnel… Pour un chrétien la vie est autrement plus sérieuse !

Mais revenons à l’Ascension de Notre Seigneur.

L’entrée corporelle de Jésus au Ciel préfigure, annonce et inaugure celle de tous ceux qui, à l’heure de leur mort, Lui seront unis dans la foi et par l’amour. Jésus et l’Église sont unis par la même nature humaine et le même Esprit-Saint. En vertu de cette union, Jésus est « la Tête [ou le Chef] de l’Église qui est Son Corps, et l’Église est l’accomplissement total du Christ, Lui que Dieu comble totalement de Sa plénitude (Ep 1 22-23) ». En vertu de cette union, l’Église reçoit la mission de continuer l’Œuvre du Christ :

« Allez donc ! De toutes les nations faites des disciples, baptisez-les au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit ; et apprenez-leur à observer tous les commandements que Je vous ai donnés (Mt 28 19-20). »

En vertu de cette union, l’Église est assurée de la Présence continuelle et de l’Assistance indéfectible de Celui à Qui tout pouvoir au Ciel et sur la terre a été donné (Cf. Mt 28 18) : « Et Moi, Je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde (Mt 28 20). »

Les Apôtres ne devaient pas vivre jusqu’à la fin du monde, aussi Jésus ne pensait-Il pas que à eux lorsqu’Il S’adressait, mais à travers eux aussi à leurs successeurs… C’est dire que l’Église n’est pas démocratique, venue de la terre, d’une volonté d’homme, mais qu’elle est hiérarchique, parce qu’elle vient du Ciel (Cf. Ap 21 2). Les Apôtres et leurs dignes successeurs sont les médiateurs légitimes entre Jésus et le peuple de Dieu, et cela pour tous les temps et tous les lieux. Cette divine assistance dont l’Église est assurée est la raison de l’infaillibilité de sa doctrine concernant la foi et les mœurs. L’Église, c’est le Christ continué, « répandu et communiqué », disait Bossuet (Lettre sur le mystère de l’unité de l’Église, et les merveilles qu’il renferme, xxviii, Œuvres complètes, t. XI, Paris, Lefèvre/Ledentu, 1836, p. 294.).

C’est notre grâce à nous, chrétiens, de croire que Dieu nous a créés par amour, qu’Il nous aime tels que nous sommes, corps et âme, qu’Il nous a arrachés par la Mort et la Résurrection du Christ à l’abîme de la mort où le péché de l’humanité nous avait entrainés, qu’Il nous a donné de partager en Lui Sa Gloire éternelle, de vivre de Sa Vie et de jouir de Sa Béatitude, libres et uniques, à Son image et à Sa ressemblance (Cf. Gn 1 26), comme des Fils bien-aimés.

« Frères, que le Dieu de Notre Seigneur Jésus Christ, le Père dans Sa Gloire, vous donne un esprit de sagesse pour Le découvrir et Le connaître vraiment. Qu’Il ouvre votre cœur à Sa Lumière, pour vous faire comprendre l’espérance que donne Son appel, la gloire sans prix de l’héritage que vous partagez avec les fidèles, et la puissance infinie qu’Il déploie pour nous, les croyants (Ep 1 17-19) ! »

Amen !

La neuvaine au Saint-Esprit en préparation à la fête de la Pentecôte, à commencer demain…

Ascencion Giotto (1)