Un décret interdit désormais le mariage des mineures dans l’État pakistanais du Penjab. Une modeste victoire pour les défenseurs des droits des femmes.
Naeem Yousaf Gill, directeur de la Commission nationale Justice et Paix (NCJP) a salué le décret du mercredi 11 février, élevant la date de l’âge légal de mariage des femmes à dix-huit ans dans l’État du Penjab. Tout Pakistanais qui épouserait une mineure sera désormais passible d’une peine d’emprisonnement qui pourra s’élever à sept ans de prison. Mais M. Gill reste réaliste sur la portée effective de cette loi. En raison de sa fonction, il est régulièrement confronté au témoignage de familles chrétiennes éplorées, dont la fille a été enlevée, épousée et convertie de force à l’islam. Les ravisseurs prétendent généralement que leurs victimes sont consentantes et leur interdisent de communiquer avec leurs proches. La NCJP estime qu’un millier de jeunes filles sont enlevées de la sorte chaque année. Elles ont généralement entre douze et quatorze ans, parfois encore plus jeunes et le cas d’une fillette de six ans a déjà été référencé par la commission.
De telles pratiques sont théoriquement interdites par la loi constitutionnelle pakistanaise. Le pays est en effet signataire de divers engagements, comme l’Association asiatique pour la coopération régionale (SAARC) ou encore l’Appel à l’action pour en finir avec le mariage des enfants de Katmandu de 2014. Certains politiques, comme le gouverneur du Penjab cette année, ou celui du Sindh auparavant, imposent des décrets qui permettent d’aller dans ce sens.

Manifestation pour la défense de la jeune chrétienne Arzoo Raja
La Commission des opprimés
Fondée en 1985 par l’Église catholique, la Commission nationale Justice et Paix a pour vocation de défendre les minorités religieuses. Elle a une mission d’information à l’égard des injustices commises contre ces communautés vulnérables. Cette Commission prend aussi la défense des personnes qui sont injustement accusées. Elle s’est illustrée dans son soutien aux innocents condamnés pour blasphème, comme Asia Bibi. Son travail comprend aussi un volet politique, avec un encouragement à réformer le système éducatif, en particulier en supprimant les contenus haineux des manuels scolaires.
Mais ces décrets risquent d’être insuffisants, regrette Naeem Yousaf Gill. Car au Pakistan, la loi officielle, décidée par des représentants démocratiquement élus, cohabite avec la charia. Le Pakistan, littéralement «pays des purs», fondé en 1947, assemble des ethnies et des cultures diverses, qui n’avaient en commun que l’islam, si bien que cette religion fait partie de l’ADN de la nation. Par conséquent, si un religieux s’appuie sur le Coran pour réfuter une loi votée démocratiquement, il est difficile de le contredire. Lui parle au nom de lois supposées écrites par Dieu lui-même, alors que les représentants du peuple pakistanais ne sont que des hommes.
Ainsi, le député et clerc de haut rang Maulana Fazlur Rehman a publiquement protesté contre le décret interdisant le mariage des enfants. Il a assuré qu’il allait lui-même épouser des fillettes de dix ans pour s’opposer à la nouvelle loi, qu’il juge anti-islamique et contraire à la charia. Il n’a pas été condamné pour ses propos provocateurs. L’hybridation contre-nature d’un État moderne, sur le modèle de l’ancien colonisateur britannique, avec la charia, engendre des situations impossibles. Elle a donné naissance à un organisme comme le Conseil de l’idéologie islamique. Il s’agit d’un organe dont l’existence est gravée dans la Constitution et qui apporte une expertise juridique au gouvernement et au Parlement. Ses avis doivent être en accord avec les principes et concepts islamiques tels qu’énoncés dans le Coran et la Sunna». Or, les représentants de cet organisme ont assuré que la jurisprudence islamique ne prévoit pas l’interdiction du mariage des mineures. Leur avis est consultatif, il peut être ignoré théoriquement, mais les juges et les policiers qui seront amenés à appliquer les lois pakistanaises peuvent être tentés de mettre la fidélité aux chefs religieux au-dessus de celle qu’ils doivent à leur gouvernement.
Naeem Yousaf Gill le constate dans son travail pour la NCJP. Les ravisseurs de jeunes filles chrétiennes peuvent obtenir des certificats de mariage auprès de religieux. Quand les familles viennent déposer plainte pour sauver leurs filles, les kidnappeurs peuvent se défendre en produisant ce genre de document. « La police se retrouve coincée et préfère souvent faire pression sur les familles pour qu’elles retirent leurs plaintes», regrette-t-il.
Naeem Yousaf Gill et Sylvain Dorient



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