Dans un entretien fleuve accordé à The European Conservative, Juliana Taimoorazy, fondatrice de l’Iraqi Christian Relief Council et deux fois nominée au prix Nobel de la Paix, livre un témoignage accablant sur le génocide lent des chrétiens d’Irak.
Et lance un avertissement à l’Europe sur les dangers de l’immigration massive sans intégration.
Juliana Taimoorazy est assyrienne, née en Iran, héritière de l’une des plus anciennes communautés chrétiennes au monde. Celle qui parle encore une forme d’araméen, la langue du Christ. Depuis 2007, elle dirige l’Iraqi Christian Relief Council, organisation qui a secouru des centaines de milliers de personnes dans 13 pays.
Son constat est sans appel : les chrétiens assyro-chaldéens d’Irak sont en voie d’extinction programmée.
De 1,4 million à 100 000 en trois décennies
Les chiffres glacent le sang. En 1990, l’Irak comptait 1,4 million de chrétiens, soit 8% de la population totale. Aujourd’hui, il n’en reste qu’environ 100 000, concentrés dans le nord du pays. Leur part dans la population est tombée entre 0,3% et 0,5%.
« Après l’invasion américaine de l’Irak, près d’un million et demi d’Assyriens encore présents sont tombés sous l’épée. Nos églises ont été bombardées. Nos femmes ont été enlevées et violées. Nos hommes ont été assassinés. Nos enfants ont été enlevés. Notre clergé et nos religieuses ont été décapités », témoigne-t-elle. Mais contrairement à ce que beaucoup croient, la persécution n’a pas commencé avec ISIS. « Avant ISIS, il y avait Al-Qaïda ; avant cela, Saddam Hussein ; et bien avant les régimes modernes, notre persécution a commencé avec notre conversion au christianisme, il y a près de 2000 ans. »
« Vous êtes dispensables »
Le moment le plus révélateur de l’interview survient lorsqu’elle raconte une conversation avec un ancien membre du Congrès américain en novembre 2015, alors qu’ils se trouvaient sur le plateau du Golan en Israël.
Interrogé sur la situation dramatique des Assyriens en Irak, le parlementaire lui répond, visiblement peiné, que les Assyriens sont considérés comme « dispensables » pour la politique étrangère américaine, qu’ils ne servent pas d’intérêts stratégiques et ne figurent donc même pas à l’ordre du jour.
« Ce moment fut profondément révélateur », commente-t-elle. « Cela nous dit que les vies assyriennes n’ont pas été considérées comme suffisamment précieuses, non seulement par les États-Unis, mais par l’Europe et d’autres acteurs puissants, parce qu’on nous voit comme n’offrant aucun bénéfice politique. Quand un peuple est jugé stratégiquement non pertinent, sa dignité humaine, sa sécurité et sa survie sont facilement ignorées. »
Un génocide qui ne dit pas son nom
Pour Juliana Taimoorazy, il s’agit bien d’un génocide, même s’il prend des formes différentes des massacres de masse. « Le génocide des chrétiens du Moyen-Orient peut être retracé jusqu’au milieu du 19e siècle », explique-t-elle, rappelant le rôle des milices kurdes utilisées comme forces supplétives par l’Empire ottoman dans le massacre des Arméniens et des Assyriens.
« Le génocide n’est pas seulement l’acte de tuer un peuple ; c’est aussi la destruction de sa continuité, de sa culture et de sa présence sur ses terres ancestrales. Ce qui rend ce génocide particulièrement dangereux, c’est qu’il est lent, fragmenté et souvent nié. Il se déroule à travers le déplacement, la discrimination légale, l’effacement culturel et la migration forcée, ce qui rend plus facile pour le monde de l’ignorer. »
L’effacement identitaire systématique
La discrimination prend des formes insidieuses. La Constitution irakienne, basée sur la charia, stipule que si un parent se convertit à l’islam, ses enfants sont automatiquement considérés comme musulmans. Les sièges parlementaires réservés aux chrétiens peuvent être votés par n’importe qui, y compris des groupes islamistes ou pro-iraniens, sapant toute représentation authentique.
Dans le nord de l’Irak, les Assyriens sont systématiquement appelés « chrétiens kurdes », un effacement identitaire délibéré. « Notre histoire, notre patrimoine et notre identité assyrienne indigène sont appropriés ou réécrits comme faisant partie de l’histoire kurde. Cet effacement systématique de l’identité assyrienne est extrêmement grave et rarement discuté au niveau international. »
Des besoins humanitaires criants
Sur le terrain, la situation est catastrophique. Des veuves vivent dans une pauvreté extrême après avoir perdu leurs maris. D’innombrables orphelins ont besoin de soins, d’éducation et de soutien. Le système médical est effondré pour tous les Irakiens, mais les chrétiens assyriens souffrent de manière disproportionnée car ils sont toujours traités comme des citoyens de seconde ou troisième classe.
Les jeunes diplômés universitaires, souvent avec mention, ne trouvent pas d’emploi en raison de l’économie effondrée et de la discrimination. « Cela conduit à la démoralisation et, finalement, à l’exil. »
Parmi les réfugiés, certaines femmes, par désespoir, ont été contraintes de se prostituer pour nourrir leurs enfants après que leurs maris ont été assassinés. Les taux de cancer sont alarmants. « Ce sont des gens qui menaient autrefois des vies honorables. Ils étaient médecins, avocats, commerçants, agriculteurs, des membres autosuffisants et dignes de la société. Aujourd’hui, beaucoup sont piégés dans le désespoir et la misère sans qu’ils y soient pour rien. »
Le réveil après ISIS
Paradoxalement, la destruction par ISIS des portes antiques de Ninive et de la cité de Nimrod en 2015 a provoqué un réveil identitaire. « ISIS a réveillé par inadvertance un géant appelé Assyrie », affirme Juliana Taimoorazy.

« Nous voyons maintenant un renouveau parmi la jeune génération. De jeunes hommes et femmes assyriens choisissent de se marier au sein de la communauté pour préserver la culture et la continuité. Beaucoup apprennent activement la langue. »
Elle raconte avoir assisté à une célébration du Nouvel An assyrien fin 2025 : « J’ai été profondément émue de voir tant de jeunes danser des danses traditionnelles assyriennes et chanter en néo-araméen. Je ne peux décrire à quel point j’ai été encouragée de constater ce changement. »
Le message à l’Europe : l’immigration sans intégration mène au chaos
L’interview prend une tournure particulièrement actuelle lorsque Juliana Taimoorazy est interrogée sur les leçons que l’Europe devrait tirer de la quasi-disparition de ses communautés sœurs au Moyen-Orient.
Sa réponse est sans détour : « L’idéologie islamiste a pris racine dans la plupart des pays européens et est de plus en plus visible aux États-Unis. Lorsqu’une migration illégale à grande échelle se produit, elle crée des communautés parallèles plutôt que cohésives. Cette fragmentation engendre l’instabilité, la radicalisation et le ressentiment, tant au sein des populations migrantes que dans la société au sens large. »
Elle poursuit : « L’échec à insister sur l’intégration, les valeurs civiques partagées et l’État de droit sape la confiance sociale et affaiblit les institutions démocratiques. Ce que l’Europe vit aujourd’hui devrait être compris comme un avertissement : le multiculturalisme sans intégration ne produit pas l’harmonie ; il produit la tension, l’insécurité et la division. »
Un constat qui résonne douloureusement avec la situation actuelle de nombreux pays européens.
L’appel aux gouvernements occidentaux

Juliana Taimoorazy ne se contente pas de témoigner, elle interpelle directement les gouvernements occidentaux avec des propositions concrètes :
- Reconnaître les chrétiens persécutés comme peuples indigènes du Moyen-Orient, pas simplement comme minorités religieuses.
- Conditionner l’aide à la reconstruction à des garanties réelles de sécurité et d’égalité pour les chrétiens.
- Réformer les politiques d’asile pour qu’elles ne remplacent pas le droit au retour.
- Affronter directement la discrimination légale et structurelle dans les pays partenaires.
- Collaborer avec des organisations enracinées dans les communautés elles-mêmes.
« L’Occident ne peut pas défendre les droits de l’homme tout en ignorant la destruction lente de l’une des plus anciennes communautés chrétiennes du monde. Protéger ce peuple ancien n’est pas une faveur ; c’est une responsabilité. »
« Mon cœur bat pour mon peuple »
À la question de savoir quel serait son espoir pour les 10 à 20 prochaines années, Juliana Taimoorazy répond : « Mon espoir est que les Assyriens d’Irak soient toujours là, menant des vies prospères, non seulement survivant mais s’épanouissant, reconstruisant notre nation sur notre terre ancestrale. »
Elle conclut : « C’est la mission à laquelle j’ai dédié ma vie. Mon cœur bat pour mon peuple et je donnerai ma vie pour l’Assyrie. »
Un témoignage poignant qui rappelle que pendant que l’Occident débat de questions secondaires, les derniers héritiers de la civilisation mésopotamienne, ceux qui parlent encore la langue du Christ, disparaissent en silence de leurs terres ancestrales…
—————–
“Entre nous et vous, c’est l’inimitié et la haine A JAMAIS jusqu’à ce que vous soyez musulmans ! (Coran 60.4)”
Qui peut venir APRES le Christ, sinon l’Antichrist ?




Derniers commentaires