A l’occasion de la venue du pape Léon XIV en France du 25 au 28 septembre 2026, Monsieur Guillaume de Thieulloy recevait l’Abbé Guy Pagès dans l’émission Terres de Mission de TVLibertés.
Voici quelques notes à ce sujet.
Le Pape Léon XIV a adressé un essage officiel aux participants du 8e Congrès des Dirigeants de religions mondiales et traditionnelles qui s’est tenu les 17-18 septembre 2025 à Astana (Kazakhstan), sur le thème « Dialogue des religions : synergie pour l’avenir ». En voici quelques extraits :
« Synergie » signifie avant tout œuvrer ensemble — tant les uns avec les autres qu’avec le Divin. »
Qu’est-ce qui distingue ce projet de celui de la Tour de Babel ?
Quant au « divin » des non-chrétiens, pour saint Paul, il est celui « des démons (1 Co 10.20) » … et il ne voulait pas que les chrétiens soient en communion avec les démons. «
« La solidarité est la synergie en action : l’expression vécue d’aimer notre prochain comme nous-mêmes à l’échelle mondiale. Une telle collaboration n’est pas un appel à éliminer les différences, mais plutôt une invitation à embrasser la diversité comme source d’enrichissement mutuel. »
Quel enrichissement représente, par exemple, l’islam, qui n’existe que pour détruire la foi chrétienne et l’Église ? « Les chrétiens ne sont qu’impureté ! (…) Qu’Allah extermine les chrétiens ! (…) Allah a envoyé l’islam pour triompher sur toute religion, quelque répulsion qu’en aient les chrétiens ! (Coran 9.28-33) » Quel enrichissement apporte l’Antichrist ? Qui peut en effet venir APRÈS le Christ, sinon l’Antichrist ?
Jusqu’au milieu du siècle dernier, le Magistère faisait encore sien ce commandement de saint Jean, l’Apôtre de l’Amour : « Si quelqu’un vient à vous sans apporter l’Évangile [ce que fait expressément tout musulman ou tout juif qui le rejette en tant que tel], ne le recevez pas chez vous et abstenez-vous de le saluer. Celui qui le salue participe à ses œuvres mauvaises. (2 Jn 1.10-11) » L’Eglise ne rougissait pas de saint Paul qui ordonne : Ne formez pas d’attelage disparate avec des infidèles. Quel rapport en effet entre la justice et l’impiété ? Quelle union entre la lumière et les ténèbres ? Quelle entente entre le Christ et Béliar ? Quelle association entre le fidèle et l’infidèle ? Quel accord entre le temple de Dieu et les idoles ? Or c’est nous qui sommes le temple du Dieu vivant, ainsi que Dieu l’a dit : J’habiterai au milieu d’eux et j’y marcherai ; je serai leur Dieu et ils seront mon peuple. Sortez donc du milieu de ces gens-là et tenez-vous à l’écart, dit le Seigneur. Ne touchez rien d’impur, et moi, je vous accueillerai. Je serai pour vous un père, et vous serez pour moi des fils et des filles, dit le Seigneur tout-puissant. (2 Co 6.14-18) » On était donc loin de trouver dans la diversité un enrichissement ! Comment se fait-il que ces paroles apostoliques aient disparues des discours du Magistère ? Saint Jean, saint Paul, saint Jude, ne sont-ils plus les Apôtres du Seigneur ? Faut-il rougir de la Parole de Dieu jusqu’à la falsifier par omission (2 Co 2.17) ?
« Plus récemment, la Déclaration sur la Fraternité humaine pour la paix mondiale et la coexistence commune (sic !), signé à Abou Dhabi en 2019 par mon vénérable prédécesseur le pape François et le grand imam d’Al-Azhar, Ahmad Al-Tayyeb, a offert un modèle clair de la façon dont la synergie religieuse peut promouvoir la paix et la coexistence mondiales. »
Or, :
1) Cette déclaration n’a eu aucune incidence sur les conflits en cours ;
2) Parmi les différents droits qu’elle énonce, elle ne reconnait cependant pas celui de changer de religion, car cela est contraire à la volonté d’Allah, qui punit de la peine capitale l’abandon de l’islam (Coran 4.89 ; 8.12-17). L’islam n’a rien cédé, car même l’affirmation de la pluralité de religions est revendiquée par Allah (Coran 5.48 ; 11.118 ; 22.67), cachant sous cette apparente libéralité, son incapacité à imposer l’islam « quelque répulsion qu’en aient les chrétiens (Coran 9.33 : 48.28 ; 61.9) » ;
3) Cette déclaration a été payée très cher par l’Église, au prix d’une double hérésie, car enne contient :
a) L’affirmation selon laquelle Dieu voudrait la pluralité des religions comme Il veut la pluralité « des couleurs, des sexes, des races » : « Le pluralisme et les diversités de religion, de couleur, de sexe, de race et de langue sont une sage volonté divine, par laquelle Dieu a créé les êtres humains. Cette Sagesse divine est l’origine dont découle le droit à la liberté de croyance et à la liberté d’être différents. » Or, si Dieu veut la pluralité des religions, alors évangéliser est contraire à la Volonté de Dieu, et est donc condamnable … Ainsi sont reniées l’unicité et l’universalité salvifique du mystère de Jésus-Christ et de l’Église ! Le Concile de Florence affirmait à ce sujet : « La sainte Église romaine croit fermement, professe et prêche qu’aucun de ceux qui se trouvent hors de l’Église catholique, non seulement les païens, mais aussi les juifs, les hérétiques et les schismatiques, ne peut avoir part à la vie éternelle […] à moins qu’avant la fin de sa vie il ne soit agrégé à celle-ci. […] Personne, quelles que soient ses aumônes, même s’il verse son sang pour le nom du Christ, ne peut être sauvé s’il ne demeure dans le sein et dans l’unité de l’Église catholique. (Concile de Florence, Décret Cantate Domino, 1442) » La Déclaration Dignitatis humanae, n°1, reprise par le CEC 2104, enseigne que « Tous les hommes sont tenus de chercher la vérité, surtout en ce qui concerne Dieu et son Église ; et quand ils l’ont connue, de l’embrasser et de lui être fidèles. » Reste que
b) La négation de l’ordre surnaturel, puisque les religions sont mises au même rang que des faits de nature, ce qui veut dire qu’aucune Révélation, Incarnation, ni Rédemption ne sont possibles … autrement dit : c’est la ruine totale du christianisme ! Au point que cela conduit logiquement, comme les conséquences sont dans la cause et les fruits dans la graine, à l’athéisme lui-même, ainsi que le Pape Pie XI l’avait prévu en dénonçant non pas même les rassemblements de différentes religions, mais déjà les simples rassemblements de chrétiens divisés : « Le Siège Apostolique ne peut, d’aucune manière, participer à de tels congrès, ni les catholiques apporter leurs suffrages à de telles entreprises ou y collaborer ; s’ils le faisaient, ils accorderaient une autorité à de fausses religions, entièrement étrangères à l’unique Eglise du Christ. Pouvons-nous souffrir – ce serait le comble de l’iniquité – que soit mise en parité la vérité, et la vérité divinement révélée ? (…) De telles entreprises ne peuvent, en aucune manière, être approuvées par les catholiques, puisqu’elles s’appuient sur la théorie erronée que les religions sont toutes plus ou moins bonnes et louables, en ce sens que toutes également, bien que de manières différentes, manifestent et signifient le sentiment naturel et inné qui nous porte vers Dieu et nous pousse à reconnaître avec respect sa puissance. En vérité, les partisans de cette théorie s’égarent en pleine erreur, mais de plus, en pervertissant la notion de la vraie religion ils la répudient, et ils versent, par étapes, dans le naturalisme et l’athéisme. La conclusion est claire : se solidariser des partisans et des propagateurs de pareilles doctrines, c’est s’éloigner complètement de la religion divinement révélée. (Pie XI, Mortalium animos, 6 janvier 1928) »
Nous comprenons que le reniement de la Foi chrétienne, d’ordre surnaturel, soit nécessaire pour fonder le dialogue interreligieux (DIR) sur une base qui soit commune, naturelle, et idéale pour tous ses participants … Il faut bien se rappeler cela lorsque l’on entend, par exemple, Léon XIV lors de la rencontre interreligieuse à Metz le 28 septembre, parler « de l’unité dans la diversité », la formule jouant sur l’amalgame entre l’ordre naturel – en lequel les chrétiens reconnaissent une légitime diversité -, et l’ordre surnaturel dont seule l’Église catholique est le témoin en ce monde. Le brouillage de cette différence efface la Révélation, réduite au sentiment du divin, et la recherche du consensus devient la fin de la religion, l’expression de la vérité … Et de là l’importance que prend dans l’Église la pratique de la synodalité, qui gomme la différence spécifique entre le sacrement de l’ordre et celui du baptême … De sorte que, comme le prévoyait Pie XI, on verse « par étapes, dans le naturalisme et l’athéisme ».
« Lorsque les responsables religieux s’unissent en défense des plus vulnérables de la société, plantent ensemble des arbres pour prendre soin de notre maison commune, ou élèvent une voix unie en défense de la dignité humaine, ils témoignent de la vérité selon laquelle la foi unit davantage qu’elle ne divise. »
Mais quelle est cette foi commune aux responsables des différentes religions ? La noble intention d’œuvrer à la paix ou au reboisement des déserts conduit le Pape à être condamné par la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, qui, dans le document Dominus Iesus, sur l’unicité et l’universalité salvifique de Jésus-Christ et de l’Église, publié en l’an 2000, au n°7, commande explicitement : « ON DOIT TENIR FERMEMENT LA DISTINCTION ENTRE LA FOI THÉOLOGALE ET LA CROYANCE DES AUTRES RELIGIONS. Alors que la foi est l’accueil dans la grâce de la vérité révélée, qui »permet de pénétrer le mystère, dont elle favorise une compréhension cohérente », la croyance, dans les autres religions, est cet ensemble d’expériences et de réflexions, trésors humains de sagesse et de religiosité, que l’homme dans sa recherche de la vérité a pensé et vécu, pour ses relations avec le Divin et l’Absolu. »
De même, un peu plus loin, Léon XIV écrit :
« De cette façon, la synergie devient un signe puissant d’espérance pour l’humanité tout entière, en révélant que la religion, fondamentalement, n’est pas une source de conflit mais une source de guérison et de réconciliation. »
Mais quelle est cette religion à laquelle appartiendraient les membres de toutes les religions ? Si donc chrétiens et musulmans appartiennent à cette même religion, alors nous sommes tous musulmans, comme l’islam le proclame (Coran 30.30), et le Christ n’est plus le Christ, Celui qui peut dire : « Qui n’est pas avec Moi est contre Moi (Mt 12.30) », venu apporter non la paix, mais la division (Lc 12.51), au point qu’il faille préférer se séparer de tout amour nous détournant de Lui, y compris celui de son père, de sa mère, de son épouse ou de son époux, de ses enfants, et même de sa propre vie (Lc 14.26) …
Une des difficultés et des malheurs liés à la critique du dialogue interreligieux est de rendre celui qui s’y livre, coupable, ipso facto, de « repli identitaire », porteur d’une « logique de l’agressivité ». Comme si la paix sur terre, toute désirable qu’elle soit, méritait de renier le Christ, venu non seulement pour que les aveugles voient, mais aussi pour que ceux qui voient deviennent aveugles (Jn 9.39) !
En vérité, puisque tous prétendent être réunis dans une recherche sincère et commune de la vérité, le choix entre la conversion au Christ ou l’arrêt du dialogue devrait vite s’imposer … En effet, saint Paul demande : « Les folles recherches, les généalogies, les disputes, les polémiques (…) évite-les. Elles sont sans profit. Quant à l’homme de parti, après un premier et un second avertissement, romps avec lui. Un tel individu, tu le sais, est un dévoyé et un pécheur qui se condamne lui-même. (Tt 3.9-11) » Malheureusement, selon les différents et successifs Présidents du Conseil pontifical pour le Dialogue interreligieux (cardinaux Arinze, Tauran …), le dialogue interreligieux doit exclure, par principe, le désir de conversion de l’interlocuteur … Or, si la fin de l’Église est le salut des âmes, est-il possible à un chrétien de renoncer à l’idée de convertir ? Si Dieu veut le salut de tous (1 Tm 2.4), et si un chrétien se caractérise par sa communion avec Dieu, un chrétien peut-il alors ne pas avoir toujours le souci du salut de son prochain ? Est-il possible à la lumière mise sur le lampadaire de ne pas éclairer tous ceux qui la voient ? (Mt 5.15) « Malheur à moi si je n’évangélise pas ! (1 Co 9.16 ; 2.2 ; Lc 12.3) » disait le grand saint Paul ! Dès lors, le DIR peut-il apparaître autrement que comme antichrétien ou hypocrite ? Comment ne pas avoir compris que ce refus public d’évangéliser allait finir par gangrener tout le corps ?
« Chercher à plaire aux hommes, c’est ne plus être disciple du Christ. (Ga 1.10) »
—————– ♣ —————–
Plus récemment, le 22 juin 2026, à l’occasion du soixantième anniversaire de la Déclaration conciliaire Nostra aetate, sous l’autorité de Léon XIV, a été publiée une note intitulée « Un chemin d’espérance », dont voici quelques citations et commentaires :
La note commence par avouer que la Déclaration Nostra aetate a introduit « un changement profond dans la compréhension et l’expression du rapport de l’Église avec les croyants d’autres religions » La mention de Mortalium animos faite ci-avant en témoigne en effet …
Il est rappelé que l’Église « ne rejette rien de ce qui est vrai et saint dans ces religions ». Or, cette formule applique aux religions ce que les premiers Pères de l’Église disaient au sujet, non des religions, mais de la philosophie – ce qui n’est pas la même chose ! – mais permet au gré de cette confusion de nier l’enseignement du Christ selon lequel aucun arbre mauvais ne donne de bons fruits (Mt 7.18) …

—————– ♣ —————–
Dans son discours à Metz pour la rencontre interreligieuse du 28 septembre 2026, Léon XIV cite son « vénéré prédécesseur », le Pape François, selon lequel : « Le dialogue entre personnes de religions différentes ne se réalise pas par simple diplomatie, amabilité ou tolérance … II s’agit d’établir l’amitié, la paix. (Lett. Enc. Fratelli tutti, n. 271) » Or, je trouve que ce ne serait déjà pas si mal de pouvoir s’entretenir avec amabilité ou tolérance, car pour ce qui en est de le faire dans l’amitié et la paix, sinon à ne plus vouloir connaître, avec saint Paul, que Jésus-Christ et Jésus-Christ crucifié (1 Co 2.2) ?
Léon XIV affirme : « Les religions sont gardiennes de la vie : elles en affirment la valeur sacrée. »
C’est faux ! Certaines religions placent au centre le sacrifice animal, d’autres le sacrifice humain, d’autres la guerre sainte, la mise à mort de l’apostat, de l’hérétique …
De même, les responsables de culte français de l’Appel de Metz disent : « … nos traditions religieuses nous appellent à être des veilleurs, attentifs à la dignité de chacun et au soin de l’autre. »
C’est faux ! Il est des religions qui organisent le monde entre purs et en impurs … Il existe des éthiques incompatibles.
Les responsables de culte français de l’Appel de Metz soutiennent que : « nos traditions religieuses nous invitent à ne pas nous résigner à la violence, à l’injustice ou à l’indifférence, mais à agir ensemble au service de la paix, de la fraternité et de la réconciliation » et « pour préserver l’humain dans ces transformations. »
Or, il est des courants religieux qui sacralisent la violence (le jihad armé, la vendetta rituelle, etc.), ou qui justifient des hiérarchies d’injustice (esclavage, castes, statut inférieur de l’étranger ou de la femme), d’autres qui valorisent le détachement du monde au point de rendre l’indifférence sociale acceptable, voire spirituelle. Les réduire toutes à un même appel à la paix et à la fraternité universelle est peut-être un vœu pieux, mais pas un constat.
De même, lorsqu’ils affirment que « la recherche de la paix, la non-violence et le souci de l’autre sont profondément inscrits (…) dans chacune de nos traditions religieuses. »
C’est faux ! Si c’était le cas, paix, non-violence et souci universel de l’autre seraient le cœur effectif de chaque tradition comme elle l’est de l’Évangile, et les guerres de religion, le jihad, les persécutions et les justifications sacrées de la violence seraient des accidents marginaux. Ce n’est pas le cas.
Et encore : « Nous estimons que les religions sont une voie privilégiée vers cette “paix désarmée et désarmante” à laquelle nous appelle Sa Sainteté le pape Léon XIV. »
Or, rien n’établit que les « religions » soient le chemin le plus sûr vers une paix sans armes : elles ont souvent été le contraire. Il suffit de voir ce qui se passe au Nigéria, ou en d’autres contrées islamiques, par exemple, pour s’en rendre compte. La paix du Christ « sans défense », que souhaite Léon XIV, est une interprétation particulière, pas le dénominateur commun des religions. D’autres voies existent : Traités, institutions, désarmement négocié, éducation, interdépendance économique, mémoire des guerres, ne sont pas des faits religieux par essence, et sont parfois bien plus efficaces. Dire que les religions sont privilégiées revient à leur accorder un statut que les faits n’imposent pas. Bref, un tissu de vœux pieux. S’il est malheureux et mensonger de prendre ses désirs pour des réalités, c’est aussi dangereux !
—————– ♣ —————–


Derniers commentaires