Les contradictions des différentes et antiques biographies musulmanes sur les données les plus élémentaires de la vie Mahomet sont telles que, selon Mohammad Ali Amir-Moezzi, « ce que l’on peut dire à son sujet n’excède peut-être pas deux pages ». Il serait né vers l’an 570 en Arabie et mort en 632, à Médine. Citant un texte d’Ibn Ishâq daté de la fin du VIIIe siècle, le plus ancien document que nous possédons au sujet de la vie de Mahomet – et en un seul exemplaire -, appelé Sira, écrit sur ordre califal, a pour auteur Ibn Hicham, mort en 834, c’est-à-dire deux cents ans après la mort de Mahomet … Et Ibn Hicham commence son livre en précisant qu’il a retiré à la biographie de Ibn Ishâq trois sortes de choses : 1) Ce qui lui paraissait honteux à rapporter ; 2) Ce qui restait de heurter la sensibilité religieuse ; 3) Ce qui n’était pas attesté par le Coran … qui Lui-même ne dit rien à son sujet. Car ce qui lui est attribué pourrait l’être de quelqu’un d’autre : MHMD, en effet, n’était pas alors un nom, mais un titre, se traduisant par Le Très Loué, ou Le Béni, utilisé par des tribus arabes chrétiennes pour désigner Jésus, ainsi que le montrent des pièces de monnaies frappées entre 660 et 680 sous les califats de Mu’awia et d’Abd al-Malik dans les régions de Palestine et de Syrie. Elles portent l’inscription MHMD associée à une figure barbue tenant une croix, et prouvent que l’Islam a mis du temps à se constituer en rejetant le christianisme, tant la croix est un non-sens total pour l’islam (Coran 4.157). Les références coraniques de la racine hmd (Coran 2.101,143,151 …) n’indiquent donc pas nécessairement le prophète islamique. La racine, largement attestée dans le langage sémitique, signifie désirer. Elle était présente dans la Bible (Dn 9.23 ; 10.11,19 ; Ag 2.7 ; Cant 5.16) où elle se réfère au Messie, le Désiré. Après que l’attente de son retour imminent eut été déçue, le rasm mhmd, arabisé en Muhammad, devint l’épithète messianique désignant l’envoyé d’Allah chargé d’instaurer l’islam. Le changement du nom de Jésus, Yeshou en syriaque, à celui de Issa en arabe, s’explique par la volonté de détacher MHMD de Jésus. Jean-Jacques Walter, par les techniques de la Théorie des codes, a montré que MHMD, Mahomet, évoqué quatre fois seulement dans le Coran, y a été introduit tardivement et par un auteur différent de ceux qui ont écrit le reste du Coran, qui n’en donne aucune indication bibliographique. Selon les sources musulmanes elles-mêmes, il n’y a pas de témoignage direct le concernant. Mais le caractère problématique de ce que l’on peut savoir au sujet du fondateur de l’islam redouble du fait que les traces historiques non musulmanes contemporaines ou quasi contemporaines de Mahomet sont très rares et souvent fragmentaires. C’est ainsi qu’à l’instar du Coran lui-même qui ignore Mahomet dans sa présentation de l’islam (Coran 3.114), Sophrone, évêque de Jérusalem à l’époque de la première expansion de l’islam, ne parle pas plus de Mahomet, de prophète, de Coran que d’islam dans ses récits de la prise de Jérusalem (Bibliothèque nationale, Cabinet des titres, Mss. latin n°3282, ch. xvi, folio 26-27). Les célèbres controverses du patriarche jacobite de Syrie, Jean 1er, avec l’émir Saïd ibn Amir en 644, se référent seulement au Pentateuque et à l’Évangile. Maxime le Confesseur identifie, entre 634 et 640, la nation barbare du désert … aux juifs … La Doctrina Jacobi, écrite au VIIe siècle par un Juif à qui Dieu a révélé en songe que Jésus est vraiment le Messie, et qui en conséquence s’emploie à convaincre d’autres Juifs, rapporte : « Que me dis-tu du prophète qui est apparu avec les Saracènes ? Il me répondit en gémissant profondément : ‘C’est un faux prophète : les prophètes viennent-ils armés de pied en cap ? (…) Je crains que le premier Christ qui est venu, celui qu’adorent les chrétiens, ne soit bien l’envoyé de Dieu, tandis que nous nous apprêtions à recevoir Hermolaos à la place. Isaïe disait en effet que les juifs auraient un cœur perverti et endurci jusqu’à ce que toute la Terre soit dévastée. Mais Abraamès, renseigne-toi sur ce prophète qui est apparu. Et moi, Abraamès, ayant poussé l’enquête, j’appris de ceux qui l’avaient rencontré qu’on ne trouve rien d’authentique dans ce prétendu prophète : il n’est question que de massacres. Il dit aussi qu’il détient les clés du paradis, ce qui est incroyable. » Ce texte peut très bien s’appliquer à Mahomet, comme à n’importe quel autre faux-Messie de l’époque. Faux-Messies qui tenaient absolument à se rattacher au vrai. Ainsi, selon la Chronique maronite, en AG 971 (660 ap. J. C.), de nombreux Arabes se rassemblèrent à Jérusalem pour proclamer roi Muawiya, le premier calife omeyyade, qui se rendit alors sur le Golgotha pour prier, puis visita Gethsémani et le tombeau de la Vierge Marie, puis fit frapper des pièces d’or et d’argent, mais qui ne furent pas acceptées, car elles ne portaient pas de croix … Ce texte met en lumière les tensions religieuses et politiques de l’époque, notamment en ce qui concerne la légitimité du pouvoir et les symboles religieux sur la monnaie. Muawiya refusa de s’installer sur le trône de MHMD et établit son trône à Damas. L’absence de documents relatifs aux origines d’un État, et ce à une époque et dans une région de si brillantes civilisations (Babylone, Byzance) , constitue un cas unique dans l’Histoire. Comment ces faits ne désigneraient-ils pas une manipulation de l’histoire des origines de l’islam ?


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