Les deux traditions partagent beaucoup : les sept premiers conciles œcuméniques, la présence réelle dans l’Eucharistie, la vénération des saints et des images, la succession apostolique et le refus du sola scriptura.
1. L’autorité du Pape
Catholiques : Le Pape (évêque de Rome), successeur de saint Pierre (Mt 16.18-19 ; Lc 22.32 ; Jn 21.15-17), possède une primauté de juridiction universelle sur toute l’Église, et peut, dans certaines conditions précises, enseigner de façon infaillible sur la foi et les mœurs (dogme défini au concile Vatican I, en 1870).
Orthodoxes : Le Pape est reconnu comme « premier parmi les égaux » (primus inter pares), mais sans juridiction universelle ni infaillibilité personnelle (Comme si Jésus, qui a fustigé le culte des apparences et des mondanités (Jn 5.44), avait voulu affubler son Église d’un simple titre honorifique !). L’autorité est collégiale et conciliaire (synodes d’évêques), c’est à dire que, comme un monstre, elle a plusieurs têtes, or l’Eglise a un seul pasteur, vicaire du Christ, signe et l’instrument de l’unité de tout le corps (Jn 10.16).
2. Le Filioque
Les catholiques confessent que l’Esprit Saint « procède du Père et du Fils », affirmant ainsi l’unité de nature entre le Père et le Fils, en qui tout est commun (Jn 10.30 ; 17.10) à l’exception de leur origine qui les constitue tels, en sorte que le Père seul n’a pas d’origine ; le Fils seul a pour origine le Père ; et l’Esprit-Saint seul a pour origine le Père ET le Fils (Filioque).
Les orthodoxes refusent ce progrès dans la formulation de la Foi (comme le Credo de Nicée a approfondi celui des Apôtres) au motif qu’elle a été décidée sans eux (Comme si l’autorité du Pape ne suffisait pas en cette matière). Ils affirment donc que l’Esprit procède du Père seul, tout en étant envoyé par le Fils pour le salut des hommes. Ce qui revient à dire que le Père a deux fils …
3. Péché originel / péché ancestral
Les deux traditions affirment que le péché d’Adam a eu des conséquences graves pour toute l’humanité et que le baptême est nécessaire pour en être délivré. Elles divergent surtout sur la nature exacte de ce qui est transmis et sur le langage pour le décrire. La différence porte moins sur le fait que nous naissions tous dans une humanité déchue, que sur la façon de décrire cette déchéance (privation de grâce + culpabilité analogique vs héritage de la mort et de la corruption sans culpabilité personnelle) et sur les conséquences dogmatiques qui en découlent, notamment pour Marie.
4. Purgatoire et destin des âmes
Catholiques : Dès la mort l’âme reçoit son destin éternel, qui peut être le Paradis, le Purgatoire ou l’Enfer.
Orthodoxes : Rien n’est encore joué après la mort, il faut attendre le Jugement dernier pour être fixé sur son sort.
5. Marie
Catholiques : Dogme de l’Immaculée Conception (1854) : Marie a été préservée du péché originel dès sa conception, en raison des mérites à venir du Christ. Dogme de l’Assomption (1950).
Orthodoxes : Les orthodoxes rejettent l’Immaculée Conception. Marie aurait été pleinement purifiée au moment de l’Annonciation, en vertu des mérites de son oui.
6. Mariage et divorce
Catholiques : Un mariage sacramentel valide et consommé est indissoluble (cf. Mt 19.6).
Orthodoxes : L’indissolubilité est l’idéal, mais le divorce et le remariage sont possibles dans certains cas (adultère, etc.).
7. Célibat du clergé
Catholiques (rite latin) : Les prêtres sont voués à la continence perpétuelle et pour cela généralement célibataires.
Orthodoxes : Les prêtres peuvent vivre mariés s’ils l’étaient avant l’ordination, mais les évêques sont presque toujours choisis parmi les moines (célibataires).
8. Liturgie et pratiques
Le sacrement de confirmation est donné par les orthodoxes immédiatement après le baptême, à la différence des catholiques latins.
Pain eucharistique : Les catholiques latins, comme Jésus ayant institué l’Eucharistie avec le pain azyme (sans levain) utilisé par le rite juif, célèbrent la messe avec du pain non-levé, à la différence des orthodoxes.
Calendrier : beaucoup d’orthodoxes utilisent encore le calendrier julien (dates différentes pour Noël et parfois Pâques).
Les catholiques devraient certainement imiter les orthodoxes en insistant davantage sur la théosis (déification / participation à la nature divine).
Contexte historique
Le schisme s’est cristallisé en 1054 (excommunications mutuelles entre le légat papal et le patriarche de Constantinople), préparé par les tensions survenues à la suite des conquêtes barbares et la chute de l’Empire Romain d’Occident (375-568), tandis que subsistait l’Empire Romain d’Orient (envahi en 1456 par les Ottomans), en sorte que les chrétiens des deux éres géographiques sont devenus peu à peu politiquement, culturellement, linguistiquement, étrangers les uns aux autres … Les excommunications de 1054 ont été levées en 1965, et un dialogue œcuménique officiel existe depuis des décennies, sans que la pleine communion soit rétablie.
Les sentences d’excommunication de 1054 ont été explicitement levées (retirées de la mémoire et du milieu de l’Église) en 1965, et non en 1439.
En 1054 les excommunications furent personnelles et limitées : Le cardinal Humbert et les légats de Rome excommunièrent le patriarche Michel Cérulaire et deux autres personnes. Ce à quoi le patriarche et le synode de Constantinople répondirent en excommuniant les légats. Mais ces excommunications ne visaient pas formellement les Églises entières, toutefois leur souvenir resta un obstacle symbolique majeur à la réconciliation.
Le concile de Florence (1439), par le décret d’union Laetentur Caeli (6 juillet 1439) fut une tentative de réunion, mais n’a pas levé les anathèmes de 1054. Il fut d’ailleurs rejeté par la grande majorité des orthodoxes (notamment sous l’influence de Marc d’Éphèse), jamais largement reçu en Orient, et s’effondra définitivement après la chute de Constantinople (1453). Ce fut une union temporaire et avortée, non une résolution durable des sentences de 1054.
Le 7 décembre 1965, à la veille de la clôture de Vatican II, le pape Paul VI et le patriarche œcuménique Athénagoras Ier publièrent une Déclaration commune lue simultanément à Rome et au Phanar, dans laquelle ils déclarèrent expressément :
- regretter les paroles offensantes et gestes condamnables de part et d’autre ;
- enlever de la mémoire et du milieu de l’Église les sentences d’excommunication de 1054 et les vouer à l’oubli.
Ce geste ne rétablit pas la pleine communion (des divergences doctrinales subsistent), mais il supprime formellement et mutuellement l’obstacle des anathèmes de 1054. C’est l’acte reconnu historiquement et ecclésialement comme la levée de ces sentences. Florence n’a pas levé les excommunications de 1054 ; c’est précisément Paul VI et Athénagoras qui l’ont fait de façon formelle et réciproque le 7 décembre 1965.
Voir : Où en est la question de la procession du Saint-Esprit dans l’Église gréco-russe ?


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