L’ABBÉ PAGÈS ÉVOQUE LA LÉGITIME DÉFENSE

Le paiement d’une dette légale appartient à la justice commutative; celui d’une dette morale, en réponse à un bienfait personnel, appartient à la reconnaissance. De même, le châtiment des fautes, quand il est infligé par le pouvoir social, est un acte de justice commutative; quand il est le fait d’une personne privée qui se protège contre l’offense, c’est un acte de la vertu de vengeance.” (S. Thomas d’Aquin, Somme Théologique, II-II, Q 108, a. 2, sol 1)

«Le fait est là pourtant: il n’y a plus de tradition orale de la guerre, de la nécessité de se défendre et de la légitime défense justement. En France aujourd’hui dans les classes de 6e, on a prévu une demi-journée consacrée à la prévention contre la délinquance. Le policier explique ordinairement aux enfants: quoi qu’il vous arrive, il ne faut pas vous défendre et trop souvent nous restons effectivement sans défense. Pourtant, je prétends que la nécessité de se défendre crée un droit naturel dans l’individu. La délégation de ce droit par l’individu au groupe n’a plus lieu d’être quand la police n’est jamais là et quand l’État laisse croître des zones où son autorité n’est pas présente. Il y a des actes de polices que le citoyen doit se réapproprier, à moins d’avoir à partir. Attention, la légitime défense, qui est une réaction immédiate, n’est pas la vengeance, qui implique souvent préméditation. Il y a une grande distinction: la vengeance, c’est le signe de la destruction du corps social. La légitime défense, elle, est signe de santé. Mais nos dirigeants, politiques, économiques, médiatiques, ne se sont jamais posé ces questions.» (Thibault de Montbrial, Monde et vie, 3 septembre 2015, n°912, p. 15)