(Liturgie de la Parole : Ac 21-11 ; Ps 103 ; 1 Co 12 3. 13; Jn 20.19-23)

 

La fête que nous célébrons aujourd’hui a des racines qui remontent à plus de trois mille ans d’âge. Elle a été instituée par Moïse pour commémorer après la fête de Pâque, qui célèbre la libération de l’esclavage de l’Égypte, l’entrée des Hébreux dans la Terre Promise. Après quarante années passées dans l’aridité du désert, l’entrée dans ce qui allait devenir Israël était synonyme d’abondance, de sécurité et de vie. Aussi, en signe de reconnaissance pour les biens accordés par Dieu, offrait-on chaque année, à la Pentecôte, les premiers fruits de la terre et les premiers-nés du troupeau, les « prémices (Ex 23.16) ». Puis, à cette fête, a été rattachée la commémoration du don de l’Alliance et de ses Dix Commandements. Par cette Alliance, moyennant l’accomplissement de ces commandements, le peuple hébreu devenait le peuple de Dieu. Et aujourd’hui encore, le peuple juif, en célébrant la fête de la Pentecôte, célèbre l’anniversaire de sa naissance en tant que peuple ; peuple choisi par Dieu pour porter témoignage de la Vérité et de la Sainteté divine auprès des autres nations.

Cette circonstance nous aide à comprendre pourquoi Jésus choisit le jour de Pentecôte pour envoyer Son Esprit : de même qu’Il avait choisi la fête de Pâque pour accomplir par Sa Mort et Sa Résurrection ce que cette fête préfigurait : le Passage de la mort à la vie, de même, aujourd’hui, Jésus choisit la fête de Pentecôte pour constituer le nouveau Peuple de Dieu, qui est cette fois relié à Dieu non plus par une pratique extérieure de ses commandements, mais par l’Esprit même de Dieu, par la Connaissance que Dieu a de Lui-même, par l’Amour dont Dieu S’aime Lui-même… Aujourd’hui s’accomplit cette prophétie d’Ezéchiel : 

« Je vous donnerai un cœur nouveau, Je mettrai en vous un esprit nouveau. Je mettrai Mon Esprit en vous et Je ferai que vous marchiez selon Mes lois et que vous observiez Mes coutumes. (Ez 36.26-27) »

La Pentecôte est le jour de naissance de ce peuple annoncé à Israël, l’Église. De même que Dieu modela l’homme avec la glaise du sol puis insuffla dans ses narines une haleine de vie, et l’homme devint un être vivant (Gn 2.7), chargé de transmettre à son tour la vie reçue, de même, en ce jour, Dieu recrée l’humanité en envoyant Son Esprit à cette portion d’humanité rassemblée en Son Nom, avec mission de Le communiquer à son tour en proclamant dans toutes les langues de la terre les merveilles de la Miséricorde de Dieu.

C’est ce même Esprit que Jésus donne à Ses Apôtres en soufflant sur eux pour leur communiquer Son pouvoir proprement divin de remettre les péchés (Jn 20.22-23), car c’est pour cela que le Fils de Dieu est apparu : “pour ôter les péchés (1 Jn 3.5)“, et délivrer ainsi la Création de ce qui la séparait à jamais de Dieu, son Créateur. Avez-vous remarqué comment Jésus confie l’absolution des péchés au jugement des confesseurs : « Ceux à qui vous remettrez les péchés ils leur seront remis. Ceux à qui vous les retiendrez, ils leur seront retenus (Jn 20.23)” ? L’absolution n’est donc pas automatique ; et il est possible de ne pas être pardonné. C’est là une mauvaise nouvelle pour les gens qui se laissent aller à penser que Dieu est si bon que tout le monde sera nécessairement sauvé. en conséquence de quoi ils n’ont pas besoin de se confesser. faisant de Jésus un idiot qui invente un sacrement inutile ! En fait, plusieurs conditions doivent être remplies pour que le pardon puisse être donné et reçu, et c’est sur leurs réalités que doit s’exercer le jugement des confesseurs.

La première condition consiste évidemment à se reconnaître pécheur et à croire à l’efficacité infinie de la Croix de Jésus. Ce n’est cependant pas si évident au vu du petit nombre de personnes qui demandent ce sacrement. Pourtant, tous les saints ont eu recours à la confession fréquente, et l’Église fait obligation aux chrétiens de se confesser au moins une fois l’an, avant Pâques. Sans ce sacrement, comment avoir véritablement souci de la beauté, de la vitalité et de la sainteté de son âme, pour le salut de laquelle Jésus a versé tout Son Sang ? Comment dire même que l’on aime Jésus ? Qu’est-ce qui nous empêche d’avancer sur le chemin de la Sainteté sinon ces liens que nous contractons avec le Diable chaque fois que nous acceptons de succomber à ses suggestions ? Ne lave-t-on pas régulièrement son corps ? Notre âme ne se salirait-elle donc jamais au contact de toute cette boue qui enlise le monde dans une misère sans nom ? Ou bien faut-il reconnaître que cette boue nous aveugle au point que nous ne discernons plus l’état réel de notre âme ? Il faut regretter ses fautes. S’il est vrai que regretter nos péchés par amour de Dieu seul, nous rétablit immédiatement en grâce avec Dieu (un acte de charité est en effet incompatible avec le péché), cela n’enlève rien à la nécessité de recevoir l’absolution sacramentelle, car nul ne peut jamais avoir la certitude qu’il a vraiment agi par amour de Dieu seul. Celui qui regrette son péché par crainte de l’Enfer qu’il a mérité, agit pour un motif intéressé, qui ne peut donc pas le rétablir en communion avec Dieu, Amour désintéressé. Mais ce regret, bien qu’imparfait, est cependant suffisant pour que le Saint-Esprit, par le moyen de la grâce sacramentelle, puisse parachever dans l’âme le recouvrement de la Grâce. Le regret des fautes, sans un minimum d’amour de Dieu, ne peut suffire pour recevoir le pardon de Dieu.

Deuxième condition : le péché étant une offense faite à Dieu, Dieu seul peut la pardonner. Il faut donc en demander le pardon à Celui-là seul qui peut pardonner les péchés, c’est-à-dire à Jésus, car Dieu Lui a confié le Jugement en raison de ce qu’Il est aussi un homme (Jn 5.22). En effet, Dieu ne nous a pas sauvés du haut du Ciel d’un coup de baguette magique, mais Il S’est incarné. Et parce que le Salut nous est venu par un homme, Dieu veut que le salut continue à nous être donné par un homme, au Nom de Jésus-Christ. Jésus a donné aux prêtres Son pouvoir proprement divin de remettre les péchés. Croire que l’on peut obtenir le pardon de nos péchés sans passer par la médiation d’un prêtre, revient à dire : “Moi, je n’ai pas besoin d’un médiateur entre Dieu et moi.” Autrement dit : “Je n’ai pas besoin de Jésus-Christ.” Refuser la Médiation que Dieu a Lui-même instituée (et que l’Évangile nous le relate aujourd’hui), c’est finalement refuser les mystère de l’Incarnation et de la Rédemption.
Au prêtre en qui Dieu est présent d’une façon tout spéciale, il faut donc confesser tous les péchés mortels, tous et chacun, avec leur nombre et les circonstances qui les ont aggravés.

Troisième condition : il faut avoir la ferme volonté de ne pas recommencer.

Quatrième condition : il faut réparer autant que faire se peut, en menant une vie de pénitence qui peu à peu nous délivre des mauvaises habitudes et nous rende aisée une vie digne du Christ.

Cinquième condition : Il faut enfin accomplir la pénitence que le prêtre donne au titre de la satisfaction rendue à la Justice divine.

Il est bon pour vous que Je M’en aille, disait Jésus, car si Je ne M’en vais pas, le Saint-Esprit ne viendra pas à vous. Mais si Je M’en vais, Je vous L’enverrai. […] Je ne vous laisserai pas orphelins, Je reviendrai vers vous (Jn 16.7, 14.18)“. C’est par l’habitation en nous du Saint-Esprit, qui est “la rémission des péchés“, avec Qui Jésus ne fait qu’Un, que Jésus passe de l’extérieur à l’intérieur de nous, en sorte que nous ne faisons plus qu’un avec Lui, saint comme Il est Saint, vivant d’une nouvelle vie, celle du Christ. En vertu de cette unité de vie, nous Lui devenons « une humanité de surcroît ». Le mystère de l’Incarnation se poursuit alors par la présence de l’Esprit-Saint en chaque baptisé. Dès lors, qu’est ce qu’un chrétien ? Un chrétien est celui qui a en soi l’Esprit du Christ et Lui obéit pour vivre intérieurement et extérieurement comme Jésus-Christ. Sans le Saint-Esprit personne n’est capable de dire: “Jésus est le Seigneur (1 Co 12.3)”, c’est-à-dire personne n’est capable de connaître la vraie personnalité de Jésus -qui est Dieu le Fils- ni par conséquent de recevoir Sa Vie. Seul l’Esprit-Saint qui est en Dieu le Principe de connaissance et d’amour unissant le Père et le Fils, révèle Qui est Dieu, et donc Qui est Jésus. Le Lien qui unit le Père et le Fils devient Celui qui unit les chrétiens entre eux. C’est pourquoi l’église ne peut être connue que comme objet de foi. Elle se distingue de toutes les autres sociétés d’ici-bas qui ne peuvent offrir à leurs membres une unité affectant leur être même. Seule l’église a le pouvoir de transformer intérieurement les hommes en leur communiquant, avec le pardon des péchés, la vie surnaturelle de la Grâce.

L’Église est ce peuple nouveau, constitué de pécheurs pardonnés, sauvés, joyeux de proclamer les merveilles de Celui qui les a tant aimés ! Sommes-nous fidèles à proclamer les merveilles de Dieu ?

Ô Marie, Épouse de l’Esprit et Mère de l’Église, nous offrons au Dieu trois fois saint les gémissements de ton cœur immaculé pour implorer avec toi la conversion des pauvres pécheurs. Que vienne l’Esprit-Saint, ce feu qui doit éclairer les intelligences, réchauffer les cœurs, et consumer tout mal, ce feu pour la venue duquel Jésus a souffert la Passion (Lc 12.49 ; 22.15) !

Viens, Esprit-Saint ! Viens en nous, Père des pauvres ! Viens, dispensateur des dons ! Viens, Lumière de nos cœurs ! Viens et embrase-nous du Feu divin de la Charité ! Consume-nous et transforme-nous en vives flammes d’amour pour que nous puissions aller répandre partout la Bonne Nouvelle de Jésus-Christ, mort et ressuscité ! Amen ! Alléluia !