Sermon pour le trente-deuxième Dimanche du Temps ordinaire (annéeC)

(Liturgie de la Parole:2M71…14;Ps16;2Th216 –35;Lc2027-38)

La foi en la résurrection s’exprime à travers tous les textes que nous venons d’entendre. Ainsi de ces sept frères qui, tous, dans l’attente de la résurrection promise par Dieu, préfèrent mourir dans les tortures les plus raffinées plutôt que de se couper de Lui en lui désobéissant (2M71-14). Ainsi du psalmiste qui espère, après la nuit de sa mort, se rassasier de la beauté de Dieu (Ps1615) –car nul ne peut voir Dieu sans mourir. Ainsi de saint Paul qui prie pour que les Chrétiens de Thessalonique persévèrent dans l’attente du Christ (2Th35); ou encore de Jésus affirmant avec force la réalité de la Résurrection (Lc2027-38).

L’argumentation de Jésus en faveur de la légitimité de la foi en la Résurrection s’appuie sur le fait que Dieu S’est présenté à Moïse comme le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob (Lc2037). Autrement dit, comme dans un mariage où l’on porte le même nom, les noms d’Abraham, d’Isaac et de Jacob suffisent à désigner qui est Dieu. Mais être ainsi en rapport avec Dieu au point de Le faire connaître, c’est participer soi-même de l’identité de Dieu… Or Dieu est Le Vivant, Celui par Qui tous existent; à combien plus forte raison donc sont vivants ceux qui sont le Nom de Dieu! «[Dieu] n’est pas le Dieu des morts, mais des vivants (Lc2038)»! Si Dieu les nomme, c’est qu’ils sont vivants! «Il parle et cela est. (Ps 33.9)».

Les hommes ont cherché de tout temps à triompher de la mort, soit en entourant leur nom de gloire pour qu’il subsiste dans la mémoire collective, soit en se perpétuant dans leur descendance, et telle est le but de cette loi évoquée par les Sadducéens (Lc2028). Mais outre qu’une telle survie n’est pas personnelle, elle est appelée elle-aussi à disparaître. Comment donc vaincre la mort? En étant «jugés dignes d’avoir part au monde à venir (Lc2035)», répond Jésus…

Que veut dire «être jugés dignes d’avoir part au monde à venir»? Une mauvaise traduction et une lecture superficielle laisseraient entendre que Jésus méprise, voire condamne, le mariage, puisqu’Il paraît opposer «les enfants de ce monde [qui] se marient (Lc2034)», à ceux qui auront été «jugés dignes d’avoir part au monde à venir [et qui] ne se marient pas (Lc2035)». L’opposition, en réalité, n’est pas entre ceux qui se marient et ceux qui ne se marient pas, mais entre la vie de ce monde et celle du Ciel. Au Ciel, répond Jésus aux Sadducéens qui n’arrivent pas à croire à la Résurrection et à la Vie éternelle, le mode d’existence est radicalement différent de celui que nous connaissons sur la terre; aussi ne faut-il pas chercher à l’imaginer semblable à celui que nous connaissons. Sur la terre, le mariage et la génération sont voulus par Dieu pour le bonheur et la multiplication des vivants. Merveille donnée à l’homme et à la femme que de coopérer ainsi à la Création de Dieu! À cette vocation s’est ajoutée l’impérieuse nécessité, à cause du péché, de parer à la mortalité. Que l’on songe, pour autrefois, à l’énorme mortalité infantile, et pour aujourd’hui au péril mortel que la dénatalité fait courir à l’Europe… De plus, Dieu a fait de la génération le principe du Salut, puisque Lui-même est né de la Vierge Marie… Mais au Ciel, où tout est éternel, il n’y a pas plus de naissance possible qu’il n’y a de mort, non plus que de nécessité de s’unir à une autre créature pour s’accomplir soi-même dans l’amour, car chacun est devenu parfait…

Le fondement de cette joyeuse espérance en une vie éternelle, où nous serons «semblables aux anges (Lc2036)», «fils de Dieu (Lc2036)» mêmes, nous est révélé par saint Paul qui écrit: «Dieu notre Père […] nous a aimés et […], dans Sa grâce, nous a pour toujours donné réconfort et joyeuse espérance (2Th216).». La raison de l’espérance de saint Paul repose sur l’Amour de Dieu qui, étant éternel et immuable, répond à l’aspiration de tout amour d’être infini, indestructible. Personne en effet ne veut être aimé et aimer pour un quart d’heure, six mois ou dix ans! L’amour est un appel à vivre éternellement… Or l’homme est mortel, et avec lui disparaît son amour… La mort est l’ennemi de l’amour. Mais Dieu, qui nous a créés pour que nous L’aimions de tout notre être, est le premier intéressé à ce que notre amour vive pour toujours… Aussi nous a-t-Il aimés, afin que nous trouvions dans Son Amour le principe de l’éternité de notre amour… Il nous a envoyé Jésus, «la Résurrection et la Vie (Jn1125)», pour que par Lui, avec Lui et en Lui, victoire soit donnée à notre amour sur la mort… Mais «Aimez-Moi!», dit Dieu, Lui qui nous a donné ce commandement: «Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme, de toute ton intelligence et de toutes tes forces. (Dt65)». Or, «mystère d’impiété» (2 Th 27), ce monde ne veut pas aimer Dieu… C’est pourquoi sur la Croix Jésus S’écrie: «J’ai soif (Jn1928)». «J’ai soif de votre amour. Parce que Je veux le conduire au bonheur éternel.» C’est seulement en aimant Jésus que l’on se rend «dignes d’avoir part au monde à venir (Lc2035)», aussi vrai que Jésus, étant Dieu, l’Amour incarné, est Lui-même le monde à venir. Il est la Joie et la Vie éternelles des Saints! Il est «la Résurrection et la Vie (Jn1125)»…

Aimer Jésus se vérifie par l’accomplissement de Sa Volonté, de Ses commandements. «Vous êtes Mes amis, si vous faites ce que Je vous commande (Jn1514)», disait Jésus. Et tant pis pour ceux qui se disent «croyants mais non pratiquants»! «À ceci nous savons que nous connaissons Dieu: si nous gardons Ses commandements. Qui dit: “Je Le connais”, alors qu’il ne garde pas Ses commandements est un menteur, et la vérité n’est pas en lui (1Jn23-4).»

D’ailleurs, si nous n’aimons pas Dieu, qui est la Source et de ce que nous sommes et de notre capacité même d’aimer, Lui qui nous a aimés jusqu’à en mourir, et à en mourir sur une croix, qu’aimerons-nous?! Si quelqu’un n’aime pas Jésus, qui est l’Amour en Personne, l’Amour qui Se livre pour nous à chaque Messe, celui-là donne la preuve que son amour n’en est pas un, puisque son prétendu amour ne veut pas de la vie éternelle! Aussi s’entendra-t-il dire: «Toi, tu ne connaîtras pas la résurrection pour la vie éternelle. (2 Mc 714)»

Quand on aime vraiment Jésus, quand on attend la résurrection promise, on préfère mourir martyr plutôt que de faire quoi que ce soit de contraire à l’Amour de Dieu et de son semblable. Le martyre des sept frères (2M71-14), comme tout martyre, et a fortiori celui de Jésus, proclame qu’il n’est pas juste de faire ce que la Loi de Dieu condamne, fut-ce pour sauver un bien aussi précieux que sa propre vie… Cette vérité doit être rappelée aujourd’hui où l’iniquité ayant force de loi, l’amour en conséquence se refroidit chez «chez le grand nombre(Mt 24 12)», tant il devient difficile, héroïque, de rester honnête. Comment dénoncer la haine si vous êtes condamné pour incitation à la haine ou à la discrimination? Comment porter assistance à personne en danger d’être avortée lorsque la loi civile vous condamne pour délit d’entrave à l’IVG? Comment exercer votre responsabilité de premier éducateur de vos enfants en refusant, par exemple, que votre enfant soit perverti par l’enseignement du gender, ou désinformé au sujet de l’histoire de son pays, lorsque le Ministre de l’Éducation nationale veut «arracher l’élève à tous les déterminismes, familial,ethnique, social, intellectuel», parce que «Les enfants n’appartiennent pas à leurs parents, mais à l’État»? Comment l’Église peut-elle vivre lorsque l’État veut lui imposer ses propres critères de discernement? Comment des pharmaciens, médecins et infirmières peuvent-ils refuser de coopérer à l’avortement, s’ils deviennent passibles du droit pénal pour cela? Idem pour les salariés, fonctionnaires, agents civils refusant de cautionner les actes contre-nature?

A tous ceux-là, non seulement «L’Église propose l’exemple de nombreuxsaints et saintesqui ont rendu témoignage à la vérité morale et l’ont défendue jusqu’au martyre, préférant la mort à un seul péché mortel.» [1] parce que «L’amour de Dieu implique obligatoirement le respect de Ses commandements, même dans les circonstances les plus graves, et le refus de les transgresser, même dans l’intention de sauver sa propre vie [2]», mais encore, elle leur donne, par la communion au Christ mort et ressuscité, l’assurance de vivre déjà avec Lui de la vie éternelle: «Quiconque vit et croit en Moi, dit Jésus, ne mourra jamais.» (Jn 11.26)… Le croyons-nous ?

Je crois que malheureusement, au vu des progrès de l’apostasie s’installant de plus en plus massivement, le temps des Martyrs revient. C’est maintenant qu’il faut nous préparer pour résister et ne pas perdre nos âmes au service de la Bête. C’est maintenant qu’il nous faut comprendre, avec le cardinal Ratzinger que «Là où quelqu’un est prêt à faire passer la vie après l’amour, à la mettre en jeu à cause de l’amour, là seulement l’amour est aussi plus, et plus fort que la mort. Pour devenir plus fort que la mort, l’amour doit d’abord être plus que la vie [3]».

«Que sert [en effet] à l’homme de gagner le monde entier, s’il ruine sa propre vie (Mt1626;Mc836)?»

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  1. Jean-PaulII, lettre encycliqueVeritatis Splendor, 6août 1993, n.91.
  2. Idem.
  3. ‍Ratzinger(Joseph),La foi chrétienne hier et aujourd’hui, Paris, Cerf, 1996, p.215.

 

Ci-dessous un enterrement au Ghana … ou comment la mort a été vaincue pour laisser place à la joie de la vie éternelle avec la Sainte Trinité !