L’expert en chef d’un programme de réhabilitation des femmes captives de Daech basé en Allemagne fait part des histoires choquantes d’esclaves des terroristes, souvent devenues suicidaires. Les expériences inhumaines infligées par Daech résultent d’un nouveau fascisme islamique.

Le professeur Jan Ilhan Kizilhan âgé de 49 ans, expert dans le domaine du traumatisme psychique, a travaillé avec des victimes des guerres de Yougoslavie et du génocide des Tutsis au Rwanda. Actuellement, il est consultant en chef du programme spécial du Bade-Wurtemberg, en Allemagne.  Grâce à ce programme, près de 800 femmes et 300 enfants tombés entre les mains de Daech  sont emmenés en Allemagne. Elles y trouvent un refuge, reçoivent un suivi psychologique et des soins médicaux.

Les spécialistes du centre examinent, sélectionnent et emmènent des femmes et des enfants ayant été retenus en otage par Daech qui sont à tel point traumatisés physiquement et psychiquement qu’ils mourront s’ils ne sont pas aidés.

“L’Etat islamique est un phénomène nouveau incomparable avec les groupe terroristes précédents, Al-Qaïda ou le Front al-Nosra. Nous sommes confrontés à une autre idéologie et à un autre comportement qui font une croix sur la conception précédente”, souligne le psychiatre.

“C’est un nouveau type de fascisme islamique idéologique, selon lequel seuls les gens qui ont rapport à l’islam ont le droit à la vie. Les hétérodoxes sont perçus comme des sous-hommes, il s’agit d’une deshumanisation de l’homme. C’est pourquoi ils +n’ont pas de problèmes+ à tuer les gens de tous les âges et sexes”, explique Jan Ilhan Kizilhan dans un entretien à Sputnik.

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Près de 96 % de participants de notre programme sont des femmes  violées plusieurs fois dans des camps de Daech, plus de dix fois. La dernière femme que j’ai examinée en décembre avait été vendue environ 40 fois. Des chrétiennes, des chiites, des feilis kurdes participent au programme de réhabilitation, mais la majorité écrasante de ses femmes sont des jeunes yazidies, constate le spécialiste.

“Je veux que vous compreniez: il ne s’agit pas d’une simple organisation terroriste… Pour Daech tous, les yazidis, les feilis, les senshis, toutes les minorités religieuses se trouvant sur leurs territoires, ne sont pas des hommes. Et si quelqu’un n’est pas un humain, ont peu faire n’importe quoi avec lui. Il s’agit d’un génocide systématique et pas de cas où un combattant de Daech veut violer une femme et satisfaire ainsi ses instincts sexuels. Ils le font systématiquement. Ils ont des règles, indiquant comment violer les femmes”, souligne le psychiatre.

Les soldats de Daech reçoivent souvent des femmes en cadeau ou peuvent en acheter pour un prix symbolique en cas de victoires à la guerre. Un combattant viole une femme deux ou trois semaines consécutives et ensuite lui dit: “j’en ai marre de toi” et la revend, explique le docteur. La plupart des femmes ont été revendues de 10 à 12 fois. Ensuite, les combattants de Daech ont compris que les proches de ces femmes étaient prêts à les racheter.

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C’est ainsi que le marché des rançons a pris naissance. Des intermédiaires entre des familles yazidis et les femmes yazidies sont apparus, l’argent affluant dans les caisses de Daech.

“Mais ce n’est pas simplement un business”, fait remarquer le docteuraux journalistes. Par le biais de ces viols systématiques, ils veulent anéantir la société, insulter l’honneur de ces gens, les rendre passifs”.

Daech est l’ennemi de l’humanité, constate Jan Ilhan Kizilhan. “Avez-vous vu comment ils détruisent les monuments de Palmyre? Ils détruisent l’identité collective de l’humanité. Pour eux, l’histoire avant l’islam n’existe pas”.

Bien que sauvées, les femmes ayant un jour vécu cet enfer ont du mal à retourner à une vie normale. Plusieurs concubines tombent enceintes et ne veulent pas de ces enfants: elles provoquent des fausses couches en se faisant mal ou en portant des objets lourds jusqu’à ce qu’elles aient des hémorragies. Quant à celles qui mettent au monde des enfants, elles les abandonnent dans des orphelinats et ne viennent jamais les voir, déplore le docteur.

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A Stuttgart, le psychiatre a traité une jeune fille qui s’est retrouvée en captivité de Daech à l’âge de 16 ans. Elle a été violée mais a pu fuir avec sa sœur. Une fois arrivée dans un camp après s’être sauvée, elle a eu une psychose. Elle avait tellement peur de se trouver entre les mains des combattants de Daech, qu’elle les voyait partout. Elle s’est arrosée de pétrole et s’est brûlée pour ne pas être capturée. Résultat, elle a eu des brûlures couvrant 98% de la surface du corps. Elle a été opérée 10 fois et maintenant elle peut de nouveau desserrer les doigts.

Les anciennes captives ont souvent un comportement suicidaire. Le docteur lui-même a constaté 20 suicides parmi les réfugiées à Dahuk. D’autres ont peur de se laver et ne se lavent plus depuis des mois. Elles ne supportent même plus le son de l’eau qui coule. Quand les soldats de Daech disaient à une captive “va dans la douche pour te laver” cela signifiait qu’elle serait bientôt violée, l’islam exigeant qu’une femme soit lavée juste avant un rapport sexuel.

Le spécialiste confie avoir rencontré des combattants de Daech  capturés en Irak. Et si d’après lui les jeunes ont des chances de retourner à la vie normales, des combattants âgés croient en cette idéologie et n’ont plus peur de la mort, persuadés qu’ils entreront au Paradis. Il est impossible de dialoguer ou de faire la paix avec eux. Pour eux, la vie n’est plus précieuse.

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“Il ne s’agit pas d’une maladie. C’est difficile à imaginer, mais un combattant de l’EI se lève chaque matin pour tuer des gens, décapiter des enfants, violer des femmes et ensuite, le soir il revient à la maison ou sa femme et ses enfant l’attendent. Il embrasse sa fille, sa femme, il a les mêmes sentiments paternels que moi. Comme je l’ai déjà dit, il s’agit d’un phénomène de déshumanisation”, souligne le psychiatre.

Il rappelle qu’Hitler a tué 6 millions de juifs et pratiquement tous les Allemands y ont pris part. “Ils ont brûlés vifs des Juifs, prenaient leur peau, leurs os, mais ils étaient sains”, conclut Jan Ilhan Kizilhan.

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ZohraGuidere4