Dieu existe-t-Il ?


Dieu existe t-Il ? Est-il possible de le savoir avec certitude ? Pour découvrir l’existence de Dieu, il faut un raisonnement logique qui aboutisse à une conclusion irréfutable.

Ce raisonnement n’appartient pas à l’ordre des sciences expérimentales qui s’occupent des phénomènes étudiés, car Dieu n’est pas un phénomène. Il n’est pas non plus un rapport de quantité ou le produit d’un calcul. C’est pourquoi le deuxième niveau d’abstraction de notre intelligence qui s’occupe de la science mathématique ne peut pas non plus le trouver. Il faut le troisième degré d’abstraction, auquel notre intelligence peut parvenir et qui s’occupe du fait même de l’existence. Alors comment savoir que Dieu existe ? En partant du constat qu’aucun être n’a pas lui même l’existence. L’univers lui-même, à cause de l’évolution de la matière, nous rend possible de remonter dans le temps et d’arriver au moment appelé « Big bang » où il a commencé à exister. Avant il n’existait pas. Et ce n’est pas en rajoutant des wagons au train que cela lui permet de rouler ; ce n’est pas en disant en effet  » Si moi je n’ai pas toujours existé, j’existe parce que mes parents ont existé « , eux même ayant existé grâce à l’existence de me grands parents… Ce raisonnement ne fait que reporter le problème mais ne rend pas compte du fait que j’existe. Si j’existe, ce n’est pas seulement parce que mes parents m’ont donné la vie, car eux-mêmes l’ont reçue. Il faut bien donc remonter à un commencement sans quoi rien n’existerait aujourd’hui. Encore une fois, ce n’est pas en rajoutant des wagons au train qu’on le fait rouler. Pour qu’il roule, il lui faut une locomotive. Si donc nous pouvons affirmer en toute certitude que rien n’existe par soi-même, pas même l’univers – rien n’a décidé d’exister et tout a donc reçu l’existence d’un autre – donc tout existe par un autre et cet autre existe par lui-même sinon il ferait parti lui aussi de l’ensemble des êtres qui existent par un autre. Cet être qui existe par lui-même et qui donne à tous d’être, on l’appelle DIEU.

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– Croyez-vous en Dieu ?
– NON.
– Croyez-vous en la science?
– OUI.
– Non, impossible !
– Pourquoi ?
– Ne pas croire n Dieu, c’est croire au Hasard, mais la science ne croit pas au Hasard. Vous ne pouvez croire en la science.
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– Etes-vous optimiste ?
– OUI.
– Vous croyez donc en Dieu ?
– Pourquoi ?
– L’optimiste croit que le Bien triomphera du Mal.
– OUI.
– Sans Dieu, tout se fait par hasard ?
– OUI.
– Mais pour le hasard, il n’y a ni Bien ni Mal…
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Rien après l'accouchement

 HAUTE SCOLASTIQUE

Thomas d’Aquin

1273

Texte fondateur

L’existence de Dieu

SOMMAIRE

Cinq preuves de l’existence de Dieu

1. Dieu, premier moteur immobile

2. Dieu est la cause efficiente première

3. Dieu est nécessaire en soi, c’est la première nécessité

4. Dieu est le modèle parfait

5. Dieu est le guide intelligent de toutes choses

Objections et Solutions

L’existence de Dieu est-elle évidente par elle-même ?

L’existence de Dieu est-elle démontrable ?

Dieu existe-t-il ?

Cinq preuves de l’existence de Dieu [1]

Que Dieu existe, on peut prendre cinq voies pour le prouver.

1. Dieu, premier moteur immobile

La première et la plus manifeste est celle qui se prend du mouvement. Il est évident, nos sens nous l’attestent, que dans ce monde certaines choses se meuvent. Or, tout ce qui se meut est mû par un autre. En effet, rien ne se meut qu’autant qu’il est en puissance par rapport au terme de son mouvement, tandis qu’au contraire, ce qui meut le fait pour autant qu’il est en acte ; car mouvoir, c’est faire passer de la puissance à l’acte, et rien ne peut être amené à l’acte autrement que par un être en acte, comme un corps chaud en acte, tel le feu, rend chaud en acte le bois qui était auparavant chaud en puissance, et par là il le meut et l’altère. Or il n’est pas possible que le même être, envisagé sous le même rapport, soit à la fois en acte et en puissance ; il ne le peut que sous des rapports divers ; par exemple, ce qui est chaud en acte ne peut pas être en même temps chaud en puissance ; mais il est, en même temps, froid en puissance. Il est donc impossible que sous le même rapport et de la même manière quelque chose soit à la fois mouvant et mû, c’est-à-dire qu’il se meuve lui-même. Il faut donc que tout ce qui se meut soit mû par un autre. Donc, si la chose qui meut est mue elle-même, il faut qu’elle aussi soit mue par une autre, et celle-ci par une autre encore. Or, on ne peut ainsi continuer à l’infini, car dans ce cas il n’y aurait pas de moteur premier, et il s’ensuivrait qu’il n’y aurait pas non plus d’autres moteurs, car les moteurs seconds ne meuvent que selon qu’ils sont mus par le moteur premier, comme le bâton ne meut que s’il est mû par la main. Donc il est nécessaire de parvenir à un moteur premier qui ne soit lui-même mû par aucun autre, et un tel être, tout le monde comprend que c’est Dieu.

2. Dieu est la cause efficiente première

La seconde voie part de la notion de cause efficiente. Nous constatons, à observer les choses sensibles, qu’il y a un ordre entre les causes efficientes ; mais ce qui ne se trouve pas et qui n’est pas possible, c’est qu’une chose soit la cause efficiente d’elle-même, ce qui la supposerait antérieure à elle-même, chose impossible. Or, il n’est pas possible non plus qu’on remonte à l’infini dans les causes efficientes ; car, parmi toutes les causes efficientes ordonnées entre elles, la première est cause des intermédiaires et les intermédiaires sont causes du dernier terme, que ces intermédiaires soient nombreux ou qu’il n’y en ait qu’un seul. D’autre part, supprimez la cause, vous supprimez aussi l’effet. Donc, s’il n’y a pas de premier, dans l’ordre des causes efficientes, il n’y aura ni dernier ni intermédiaire. Mais si l’on devait monter à l’infini dans la série des causes efficientes, il n’y aurait pas de cause première ; en conséquence, il n’y aurait ni effet dernier, ni cause efficiente intermédiaire, ce qui est évidemment faux. Il faut donc nécessairement affirmer qu’il existe une cause efficiente première, que tous appellent Dieu.

3. Dieu est nécessaire en soi, c’est la première nécessité

La troisième voie se prend du possible et du nécessaire, et la voici. Parmi les choses, nous en trouvons qui peuvent être et ne pas être : la preuve, c’est que certaines choses naissent et disparaissent, et par conséquent ont la possibilité d’exister et de ne pas exister. Mais il est impossible que tout ce qui est de telle nature existe toujours ; car ce qui peut ne pas exister n’existe pas à un certain moment. Si donc tout peut ne pas exister, à un moment donné, rien n’a existé. Or, si c’était vrai, maintenant encore rien n’existerait ; car ce qui n’existe pas ne commence à exister que par quelque chose qui existe. Donc, s’il n’y a eu aucun être, il a été impossible que rien commençât d’exister, et ainsi, aujourd’hui, il n’y aurait rien, ce qu’on voit être faux. Donc, tous les êtres ne sont pas seulement possibles, et il y a du nécessaire dans les choses. Or, tout ce qui est nécessaire, ou bien tire sa nécessité d’ailleurs, ou bien non. Et il n’est pas possible d’aller à l’infini dans la série des nécessaires ayant une cause de leur nécessité, pas plus que pour les causes efficientes, comme on vient de le prouver. On est donc contraint d’affirmer l’existence d’un Être nécessaire par lui-même, qui ne tire pas d’ailleurs sa nécessité, mais qui est cause de la nécessité que l’on trouve hors de lui, et que tous appellent Dieu.

4. Dieu est le modèle parfait

La quatrième voie procède des degrés que l’on trouve dans les choses. On voit en effet dans les choses du plus ou moins bon, du plus ou moins vrai, du plus ou moins noble, etc. Or, une qualité est attribuée en plus ou en moins à des choses diverses selon leur proximité différente à l’égard de la chose en laquelle cette qualité est réalisée au suprême degré ; par exemple, on dira plus chaud ce qui se rapproche davantage de ce qui est superlativement chaud. Il y a donc quelque chose qui est souverainement vrai, souverainement bon, souverainement noble, et par conséquent aussi souverainement être, car, comme le fait voir Aristote dans la Métaphysique, le plus haut degré du vrai coïncide avec le plus haut degré de l’être. D’autre part, ce qui est au sommet de la perfection dans un genre donné, est cause de cette même perfection en tous ceux qui appartiennent à ce genre : ainsi le feu, qui est superlativement chaud, est cause de la chaleur de tout ce qui est chaud, comme il est dit au même livre. Il y a donc un être qui est, pour tous les êtres, cause d’être, de bonté et de toute perfection. C’est lui que nous appelons Dieu.

5. Dieu est le guide intelligent de toutes choses

La cinquième voie est tirée du gouvernement des choses. Nous voyons que des êtres privés de connaissance, comme les corps naturels, agissent en vue d’une fin, ce qui nous est manifesté par le fait que, toujours ou le plus souvent, ils agissent de la même manière, de façon à réaliser le meilleur ; il est donc clair que ce n’est pas par hasard, mais en vertu d’une intention qu’ils parviennent à leur fin. Or, ce qui est privé de connaissance ne peut tendre à une fin que dirigé par un être connaissant et intelligent, comme la flèche par l’archer. Il y a donc un être intelligent par lequel toutes choses naturelles sont ordonnées à leur fin, et cet être, c’est lui que nous appelons Dieu.

L’existence de Dieu est-elle évidente par elle-même ? [2]

Objection 1 : Nous disons évident ce dont la connaissance est en nous naturellement [spontanément] comme c’est le cas des premiers principes. Or, dit Jean Damascène au début de son livre, « la connaissance de l’existence de Dieu est naturellement infuse dans tout être ». Il y a donc là une évidence.
Solution : Nous avons naturellement quelque connaissance générale et confuse de l’existence de Dieu, à savoir en tant que Dieu est la béatitude de l’homme ; car l’homme désire naturellement la béatitude, et ce que naturellement il désire, naturellement aussi il le connaît. Mais ce n’est pas là vraiment connaître que Dieu existe, pas plus que connaître que quelqu’un vient n’est connaître Pierre, même si c’est Pierre qui vient. En effet, beaucoup estiment que la béatitude, ce bien parfait de l’homme, consiste dans les richesses, d’autres dans les plaisirs, d’autres dans quelque autre chose.

Objection 2 : On déclare encore évidentes les propositions dont la vérité apparaît dès que les termes en sont connus, comme le Philosophe [Aristote] le dit des premiers principes de la démonstration dans ses Derniers Analytiques. Dès qu’on sait, par exemple, ce que sont le tout et la partie, on sait que le tout est toujours plus grand que sa partie. Or, dès qu’on a compris ce que signifie ce mot : Dieu, aussitôt on sait que Dieu existe. En effet, ce mot signifie un être tel qu’on ne peut en concevoir de plus grand ; or, ce qui existe à la fois dans la réalité et dans l’esprit est plus grand que ce qui existe uniquement dans l’esprit. Donc, puisque, le mot étant compris, Dieu est dans l’esprit, on sait du même coup qu’il est dans la réalité. L’existence de Dieu est donc évidente. [Voir la Preuve ontologique d’Anselme de Canterbury.]
Solution : Il n’est pas sûr que tout homme qui entend prononcer ce mot : Dieu, l’entende d’un être tel qu’on ne puisse pas en concevoir de plus grand, puisque certains ont cru que Dieu est un corps. Mais admettons que tous donnent au mot Dieu la signification qu’on prétend, à savoir celle d’un être tel qu’on n’en puisse concevoir de plus grand : il s’ensuit que chacun pense nécessairement qu’un tel être est dans l’esprit comme appréhendé, mais nullement qu’il existe dans la réalité. Pour pouvoir tirer de là que l’être en question existe réellement, il faudrait supposer qu’il existe en réalité un être tel qu’on ne puisse pas en concevoir de plus grand, ce que refusent précisément ceux qui nient l’existence de Dieu.

Objection 3 : Il est évident que la vérité existe, car celui qui nie que la vérité existe concède par le fait même qu’elle existe ; car si la vérité n’existe pas, ceci du moins est vrai : que la vérité n’existe pas. Or, si quelque chose est vrai, la vérité existe. Or Dieu est la vérité même, selon ce que dit Jésus en Jean (14, 6) : « Je suis la voie, la vérité et la vie. » Donc l’existence de Dieu est évidente.
Solution : Que la vérité soit, en général, cela est évident ; mais que la vérité première soit, c’est ce qui n’est pas évident pour nous.

L’existence de Dieu est-elle démontrable ? [3]

Objection 1 : L’existence de Dieu est un article de foi ; mais les articles de foi ne se démontrent pas ; car la démonstration engendre la science, mais l’objet de la foi est ce dont la vérité n’apparaît pas, selon l’épître aux Hébreux (11, 1).
Solution : L’existence de Dieu et les autres vérités concernant Dieu, que la raison naturelle peut connaître, comme dit l’Apôtre (Rm 1, 19), ne sont pas des articles de foi, mais des vérités préliminaires qui nous y acheminent. En effet, la foi présuppose la connaissance naturelle, comme la grâce présuppose la nature, et la perfection le perfectible. Toutefois, rien n’empêche que ce qui est, de soi, objet de démonstration et de science ne soit reçu comme objet de foi par celui qui ne peut saisir la démonstration.

Objection 2 : Le moyen terme d’une démonstration est la définition du sujet, qui fait connaître ce qu’il est. Or, ce Dieu, nous ne pouvons pas savoir ce qu’il est, mais seulement ce qu’il n’est pas, dit le Damascène (De Fide Orth. I, 4. PG 94, 800). Donc nous ne pouvons pas démontrer Dieu.
Solution : Quand on démontre une cause par son effet, il est nécessaire d’employer l’effet, au lieu de la définition de la cause, pour prouver l’existence de celle-ci. Et cela se vérifie principalement lorsqu’il s’agit de Dieu. En effet, pour prouver qu’une chose existe, on doit prendre comme moyen non sa définition, mais la signification qu’on lui donne car, avant de se demander ce qu’est une chose, on doit se demander si elle existe. Or, les noms de Dieu lui sont donnés d’après ses effets, comme nous le montrerons (Q. 13, a. 1.) ; donc, ayant à démontrer Dieu par ses effets, nous pouvons prendre comme moyen terme ce que signifie ce nom : Dieu.

Objection 3 : Si l’on pouvait démontrer Dieu, ce ne pourrait être que par ses oeuvres ; or les oeuvres de Dieu ne lui sont pas proportionnelles. Elles sont finies, lui-même est infini ; et il n’y a pas de proportion entre le fini et l’infini. En conséquence, comme on ne peut démontrer une cause par un effet hors de proportion avec elle, il semble qu’on ne puisse pas démontrer l’existence de Dieu.
Solution : Par des effets disproportionnés à leur cause, on ne peut obtenir de cette cause une connaissance parfaite ; mais, comme nous l’avons dit, il suffit d’un effet quelconque pour démontrer manifestement que cette cause existe. Ainsi, en partant des oeuvres de Dieu, on peut démontrer l’existence de Dieu, bien que par elles nous ne puissions pas le connaître parfaitement quant à son essence.

Dieu existe-t-il ? [4]

Objection 1 : De deux contraires, si l’un est infini, l’autre est totalement aboli. Or, quand on prononce le mot Dieu, on l’entend d’un bien infini. Donc, si Dieu existait, il n’y aurait plus de mal. Or l’on trouve du mal dans le monde. Donc Dieu n’existe pas.
Solution : À l’objection du mal, S. Augustin répond : « Dieu, souverainement bon, ne permettrait aucunement que quelque mal s’introduise dans ses oeuvres, s’il n’était tellement puissant et bon que du mal même il puisse faire du bien. » (Enchir. 11 PL 40, 236. BA 9, 119.) C’est donc à l’infinie bonté de Dieu que se rattache sa volonté de permettre des maux pour en tirer des biens.

Objection 2 : Ce qui peut être accompli par des principes en petit nombre ne se fait pas par des principes plus nombreux. Or, il semble bien que tous les phénomènes observés dans le monde puissent s’accomplir par d’autres principes, si l’on suppose que Dieu n’existe pas ; car ce qui est naturel a pour principe la nature, et ce qui est libre a pour principe la raison humaine ou la volonté. Il n’y a donc nulle nécessité de supposer que Dieu existe.[Principe d’économie]
Solution : Puisque la nature ne peut agir en vue d’une fin déterminée que si elle est dirigée par un agent supérieur, on doit nécessairement faire remonter jusqu’à Dieu, première cause, cela même que la nature réalise. Et de la même manière, les effets d’une libre décision humaine doivent être rapportés au-delà de la raison ou de la volonté humaine, à une cause plus élevée ; car ils sont variables et faillibles, et tout ce qui est variable, tout ce qui peut faillir, doit dépendre d’un principe immobile et nécessaire par lui-même, comme on vient de le montrer.

[1] Thomas d’Aquin, Somme théologique, Tome 1, Éditions du Cerf © 1984, pp. 172-173,
Traduction Aimon-Marie Roguet.

[2] Ibid, pp. 169-170.

[3] Ibid, pp. 170-171.

[4] Ibid, pp. 171-173.

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